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Zeineb Messaoud: "Les start-up tunisiennes ont besoin de savoir-faire et de capitaux"


Rédigé par Propos recueillis par Frédéric Dubessy, le Vendredi 17 Décembre 2021 - Lu 1043 fois

Dans l'entretien exclusif accordé à econostrum.info lors de l'évènement Emerging Valley (Marseille, le 14 décembre 2021), Zeineb Messaoud, directrice exécutive de The Dot, hub d'innovation digitale à Tunis, évoque l'historique récent du développement des start-up en Tunisie et souligne l'ambition de sa structure nouvellement créée. English version


Zeineb Messaoud veut aider à développer l'écosystème de l'innovation et ses start-up en Tunisie (photo : F.Dubessy)
Zeineb Messaoud veut aider à développer l'écosystème de l'innovation et ses start-up en Tunisie (photo : F.Dubessy)
econostrum.info: Les start-up sont un phénomène assez récent en Tunisie, mais leur nombre ne cesse d'augmenter. D'où vient cet engouement pour l'entrepreneuriat dans votre pays ?

Zeineb Messaoud: La Tunisie est un pays extraordinaire. Sa jeunesse l'est aussi. Il existe beaucoup de jeunes talents, le peuple est éduqué et, au bout d'un moment, et bien ça crée ! Un premier espace de travail s'est lancé à Tunis voici huit ou neuf ans et autour de ce lieu ses acteurs ont commencé à parler innovation, de start-up. Avant, nous parlions d'entreprise technologique, c'était à peu près identique mais le mot start-up est devenu à la mode. Une communauté de jeunes a cru en cela et a voulu améliorer les choses. Pour eux déjà, afin de mieux développer leur start-up, et aussi afin que les générations futures puissent trouver un cadre réglementaire pour les encourager à entreprendre dans l'innovation.

D'où le Start-up Act ?

Z.M.: Oui ! Il est né d'un dialogue entre le ministère des Technologies et de l'Information et cette communauté de jeunes. Je travaillais à l'époque pour le réseau Entreprendre au sein d'une association d'accompagnement d'entrepreneurs et ce ministre avait appelé tout l'écosystème à venir discuter de cette problématique. Ceci a donc abouti à une loi: le Start-up Act. Elle n'est pas révolutionnaire en soi en fait. Elle contourne juste les autres textes existants et qui constituent aujourd'hui un frein au développement des structures agiles.

Lancé officiellement en 2019, le Start-up Act a permis de créer un collège de start-up qui donne des labels et des facilités aux nouvelles entreprises innovantes. Il a offert un coup de pouce pour lancer, en même temps, la stratégie Start-up Tunisia comprenant tout un programme d'accompagnement et de financement à différents stades d'avancement ainsi que le financement des structures de conseil et d'accompagnement. Un Fonds de fonds Anava doté de 200 M€ a été lancé en mars 2021 pour financer les besoins financiers nécessaires à la croissance des start-up.

Donc, une très belle dynamique s'est mise en place en Tunisie et nous commençons aujourd'hui à en récolter les fruits. Avec déjà des champions comme le franco-tunisien Expensya (NDLR : gestion automatisée des notes de frais) qui vient de faire une levée de fonds de 20 M€ ou InstaDeep (NDLR : Intelligence artificielle). Ceci est très inspirant pour les plus jeunes.

"Quinze start-up hébergées à The Dot"

Combien existe-t-il de start-up en Tunisie ?:

Z.M.: Plus de 600 start-up sont labellisées aujourd'hui dont 70% dirigées par des Bac+5 et plus, 9% par des doctorants, 28% d'équipes mixtes donc cofondées par des femmes et des hommes, mais seulement 4% de femmes portent leur propre start-up.

Comment The Dot apporte-t-il sa pierre à l'édifice dans l'écosystème ? Quelles sont vos ambitions ?

Z.M.: The Dot est porté par le ministère des Technologies de l'Information et de la Communication et a été cofondé et cofinancé par l'Union européenne via le programme Innov'i (NDLR : Accompagnement du renforcement de l'écosystème de l'innovation et de l'entrepreneuriat en Tunisie) géré par Expertise France, la Fondation Tunisie pour le Développement et la GIZ (NDLR : coopération allemande).

Chez The Dot nous croyons fermement que tous les grands écosystèmes sont nés autour de lieux. Nous arrivons huit ans après ce premier espace de travail lancé à Tunis pour créer une dynamique plus importante. Depuis juin 2021 et son lancement, The Dot est le lieu de rencontre de tous les acteurs situé sur 2 900 m² aux Berges du Lac, un quartier d'affaires de Tunis.

Nous disposons d'installations événementielles mises à la disposition gratuitement de l'écosystème entrepreneurial et d'un corner des services publics pour l'information et la formation. Nous hébergeons aussi gratuitement, pour une durée d'un an, quinze start-up innovantes suite à un appel à projets. Elles constituent une communauté bénéficiant d'un accompagnement sur-mesure. Mais aussi vingt structures de support: pré-incubateur, incubateur, accélérateur, associations de start-up...

The Dot met à la disposition de tout entrepreneur en Tunisie, pas seulement ceux hébergés, des experts juridiques, fiscalistes, financiers, des spécialistes en accès au financement et nous développerons l'année prochaine l'expertise technique.

"Participer au développement de la transformation digitale des acteurs publics et privés"

Zeineb Messaoud est intervenue lors de la cinquiième édition d'Emerging Valley pour présenter The Dot (photo : F.Dubessy)
Zeineb Messaoud est intervenue lors de la cinquiième édition d'Emerging Valley pour présenter The Dot (photo : F.Dubessy)
C'est un second souffle après le Start-up Act ?

Z.M.: Absolument ! The Dot vient continuer cette stratégie nationale en offrant un lieu permettant aux jeunes, aux moins jeunes, aux universitaires, au gouvernement de se rencontrer pour co-construire des programmes en ayant accès à la même qualité d'information et de services. Il participe au développement de la transformation digitale des acteurs publics et privés. Nous travaillons ensemble essentiellement sur trois axes: entrepreneuriat innovant (start-up);  entrepreneuriat des régions appuyé sur le programme ELIFE mené avec la Fondation Tunisie pour le Développement qui vise à construire dix centres technologiques dans dix régions à l'intérieur du pays; et un axe transformation digitale, co-construit avec la GIZ. 

The Dot accueille un centre de transformation digitale avec le premier hub d'intelligence artificielle ainsi qu'une Digital Academy, un démonstrateur d'industrie 4.0 et un programme de soft-landing (NDLR: Atterrissage en douceur) pour accompagner l'installation des entreprises internationales souhaitant étudier le marché tunisien ou de la région. Car nous sommes ouverts sur la Libye, l'Algérie, le Maroc.

Quelle voix avez-vous envie de porter lors du Sommet UE-Afrique confirmé par Emmanuel Macron ?  De quoi ont besoin les start-up tunisienne pour mieux se développer ?

Z.M.: Savoir-faire et capitaux ! En Tunisie, nous avons du mal à financer la recherche et les incubateurs en très "early stage" (NDLR: Au tout début de la création). L'État n'a pas les moyens de financer les idées naissantes. Mais derrière nous avons les talents et une jeunesse prometteuse. Et ça, ce n'est que pour la Tunisie.

Alors imaginez au niveau de toute l'Afrique qui aujourd'hui compte 1,5 milliard d'individus avec 60% de la population de moins de trente ans. L'Afrique c'est le futur. Elle dispose de ressources naturelles, de ressources humaines. Elle fait de la croissance, elle a engagé une révolution digitale et arrive à créer des champions. Ce continent compte aujourd'hui huit licornes (NDLR: start-up valorisée à plus d'1 mrd$, non cotée en bourse et non filiale d'un grand groupe), mais une seule est francophone.




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