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Vingt ans sonnants et trébuchants pour l'euro


Rédigé par , le Lundi 3 Janvier 2022 - Lu 561 fois


Le kit euro vendu en 2001 et destiné à habituer les Français aux pièces en euro (photo: F.Dubessy)
Le kit euro vendu en 2001 et destiné à habituer les Français aux pièces en euro (photo: F.Dubessy)
UE. En juin 1988, l'Union européenne (UE) décidait de mettre en place une Union économique et monétaire (UEM) basée sur le principe de la liberté de circulation des capitaux en Europe et la création d'une autorité monétaire commune appliquant une politique monétaire unique (la future Banque centrale européenne - BCE- qui verra le jour en 1994).

La grande étape fut, le 1er janvier 1999, la naissance de l'euro, fruit d'un accord entre onze pays de l'Union européenne (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Portugal), sur les quinze qu'elle comptait à l'époque. Son nom n'a été décidé qu'en décembre 1995 alors que, depuis 1979, le Système monétaire européen (SME) utilisait pour désigner cette monnaie commune (et non pas unique puisqu'il s'agissait d'un panier de valeurs réunissant les devises des pays de l'UE donc seulement une unité comptable) l'appellation ECU, acronyme pour European Currency Unit (Unité de Compte Européenne). L'ECU figurait aussi dans le fameux traité de Maastricht comme vocable pour la future monnaie commune.

Mais il faudra attendre le 1er janvier 2002, véritable baptême, pour que 300 millions d'Européens de quinze pays troquent physiquement Francs, Lires, Pesetas, Escudos, Drachmes, Deutsche Marks, Schillings, Florins, Livres, Couronnes,  Lats, Litas, Tolars, pour adopter l'euro dans leur quotidien. Pour réussir cet exploit, la BCE a imprimé quelque quinze milliards de billets en euro (communs pour tous) et les pays ont frappé environ 52 milliards de pièces (une face commune et une autre nationale).

L'euro représente 21% des réserves de change mondiales

Vingt ans après, les habitants de dix-neuf États membres sur les vingt-sept que compte l'Union européenne disposent de cette devise commune. Le dernier a l'avoir adopté est la Lituanie le 1er janvier 2015. Il faut également y ajouter ceux d'Andorre, de Monaco, de Saint-Marin et de la Cité du Vatican, non membres de l'UE, qui frappent à leurs couleurs l'euro grâce à un accord formel conclu avec l'UE. Mais aussi les Monténégrins et les Kosovars qui utilisent cette monnaie sans aucune convention monétaire.

En tout les euros se trouvent donc dans plus de 340 millions de porte-monnaies. Ce nombre pourrait encore grossir dans les prochaines années puisque tous les États membres - à l'exception du Danemark qui a signé une clause de non-participation et gardera sa couronne -, ont vocation à rejoindre cette zone euro. La Croatie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, la République tchèque, la Pologne et la Suède, vont donc convertir leurs respectifs Kuna, Forint, Leu, Lev, Couronne tchèque, Zloty et Couronne suédoise en monnaie commune.

En 2021, 60% des exportations de marchandises issues de la zone européenne étaient libellées en euro et cette devise commune représente plus de 21% des réserves de change mondiales. Ce qui en fait la seconde monnaie la plus importante du système monétaire international derrière le dollar (59% des réserves de change mondiales).

Près de 30 milliards de billets en euro en circulation

De 2013 à 2019, une nouvelle série de billets baptisée "Europe", "plus sûrs et plus résistants à l'usure" précisait la BCE, est venue petit à petit remplacer l'ensemble des coupures en euro. A l'exception de celui de 500€ qui demeure en usage mais ne bénéficiera pas d'un renouvellement. Il n'a d'ailleurs pas connu de réimpressions depuis 2014 (26 avril 2019 pour l'exception de la Banque d'Autriche) et est donc appelé à disparaître. Tout comme les pièces de 1 et 2 cents dont la production est déficitaire ainsi que le constatait en 2018 la Commission européenne précisant que "les seuls coûts d'acquisition dépassent déjà la valeur faciale de la pièce".

La France, qui assume depuis le 1er janvier 2022, et pour six mois, la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne, a mis en circulation deux pièces (1 et 2 euros) symbolisant cet anniversaire.

Aujourd'hui, à fin novembre 2021 selon les chiffres édités par la BCE, 27,64 milliards de billets (dont 48,6% de 50€, 16,4% de 20€, 13,1% de 100€, 10,2% de 10€, 7,3% de 5€, 3,1% de 200€ et 1,4% de 500€) et 140,88 milliards de pièces (27,0% de 1 cents, 21% de 2 cents, 16,3% de 5 cents, 11,5% de 10 cents, 9% de 20 cents, 5,5% de 1 euros, 4,9% de 2 euros et 4,8% de 50 cents) circulent dans le monde. Pour une valeur respective de 1 519,3 mrds€ et 31,15 mrds€.

Pas de flambée des prix à cause de l'euro

Ces deux décennies n'ont pas été un long fleuve tranquille pour l'euro. La crise financière de 2008 à 2010 et son cortège de déficits publics a bien failli faire exploser la zone euro lors de ses dix ans passés inaperçus. Pour rassurer les marchés financiers, il a notamment été évoqué la sortie de plusieurs pays, et notamment de la Grèce. Avant d'y renoncer.
La vertu d'une monnaie unique, après une révision du SME a permis de sauver l'économie. Les conséquences économiques de l'arrivée de la Covid-19 ont également pu être amorties grâce aux politiques monétaires de soutien rendues possibles par l'existence de la BCE et le programme d'assistance financière SURE ainsi que le plan de relance Next Generation EU. Selon Paschal Donohoe, président de l'Eurogroupe, "l'euro a fait ses preuves en relevant de grands défis économiques. En particulier, notre réaction à la pandémie de Covid-19 a montré qu'en ayant l'euro comme monnaie commune, nous sommes bien plus forts collectivement que chacun dans son coin."

Comme le rappelait, lundi 3 janvier 2022, Charles Michel, président du Conseil européen, "Malgré les crises, l'euro s'est montré résilient - un symbole de l'unité et de la stabilité européennes. Et cela n'a jamais été plus vrai que pendant la pandémie de COVID-19. L'euro a été le socle de la stabilité. Il est un atout stable pour l'Union. L'euro alimente également notre reprise. Il libère tout le potentiel du développement durable, des emplois de qualité et de l'innovation."  Pour Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, "les euros que nous avons dans notre porte-monnaie sont devenus un exemple de stabilité et de solidité dans le monde entier."

Dans un communiqué commun publié le 31 décembre 2021, les ministres des Finances de tous les pays de la zone euro notaient d'ailleurs que "ces crises précoces ont permis à l'euro de mûrir et de renforcer son rôle international. Nous avons également tiré des enseignements précieux qui se sont avérés utiles lors de la pandémie actuelle: sa nature transfrontière a mis en évidence à la fois l'importance de notre interdépendance et la force de notre unité".

Les critiques demeurent aussi sur le passage du franc à l'euro qui aurait fait flambé les prix. Selon une étude de l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) de mai 2017 pour les quinze ans de l'euro, les prix à la consommation ont augmenté de 1,4% en moyenne par an de 2002 à 2016 (voir tableau ci-dessous). Les quinze années précédentes (1986 à 2001), ils avaient progressé de 2,1%. "Dans cette perspective historique, l’inflation des années qui ont suivi le choc du passage à l’euro au 1er janvier 2002 n’a pas été atypique. La conversion en euros des prix en francs a certes entraîné une hausse des prix, via notamment le basculement vers de nouvelles grilles tarifaires psychologiques en euros. Mais les évaluations menées à partir des données microéconomiques de prix ont conclu à un impact modéré du passage à l’euro, de l’ordre de + 0,1 % à + 0,2 % sur les prix", poursuivait l'Institut. L'enquête précisait même que "cette hausse de prix depuis 2002 est proche de l'inflation mesurée en moyenne dans la zone euro", soit 1,7% en moyenne par an.
Vingt ans sonnants et trébuchants pour l'euro

L'euro peut mleux faire

"S'appuyant sur l'extension du marché unique, l'euro est devenu l'une des réalisations les plus concrètes de l'intégration européenne, au même titre que la libre circulation des personnes, le programme Erasmus d'échange d'étudiants ou la suppression des frais d'itinérance au sein de l'UE", se félicitaient les ministres des Finances de la zone euro dans le texte déjà cité.

Ils restent cependant clairvoyants sur l'avenir de la monnaie unique et égrènent les challenges à venir des vingt prochaines années. La feuille de route comprend la promotion du "rôle international de l'euro", son adaptation à l'ère du numérique, le renforcement de la zone euro pour "ouvrir de nouvelles possibilités de relance et de croissance économiques" ainsi que la consolidation des marchés de capitaux. "Nous devons prendre des mesures décisives pour améliorer les moyens par lesquels les investissements et l'épargne privés circulent dans le marché unique pour fournir aux entreprises, y compris à nos PME, un financement dont elles ont grandement besoin et, par voie de conséquence, créer de nouvelles perspectives d'emploi".

Les signataires de ce communiqué estiment en effet que "les niveaux d'investissement sont trop faibles depuis trop longtemps : nous devons investir massivement et durablement dans nos citoyens, nos infrastructures et nos institutions. Associé à des politiques budgétaires responsables et à la contribution du secteur privé, l'instrument Next Generation EU jouera un rôle capital pour mener à bien nombre de réformes et d'investissements nécessaires. Il représente la meilleure voie qui s'offre à nous pour dynamiser notre potentiel de croissance, améliorer nos niveaux de vie et relever les défis cruciaux auxquels l'humanité est confrontée".

Ils souhaitent aussi "garantir la viabilité des finances publiques dans un contexte de vieillissement de la population. Dans le cadre de la révision de nos règles budgétaires communes, nous devons garantir que les politiques budgétaires et économiques de la zone euro soient adaptées à leur finalité dans un environnement en mutation et permettent de relever les futurs défis".




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