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Vers un meilleur soutien de l'agriculture familiale au Maghreb


Dans le cadre du salon de l'agriculture de Paris, la table ronde organisée par l'Ipemed et le Centre national des expositions et concours agricoles, a permis de pointer les défis de l'agriculture familiale au Maghreb mais aussi son rôle indispensable dans le développement rural comme dans la sécurité alimentaire et l'emploi.



Mohamed Elloumi de l'INRAT veut "mettre l'agriculture au centre du modèle de développement agricole" (photo F.Dubessy)
Mohamed Elloumi de l'INRAT veut "mettre l'agriculture au centre du modèle de développement agricole" (photo F.Dubessy)
MAGHREB. L'origine rurale des révoltes dans les pays arabes reste indéniable. Conséquence, l'agriculture semble revenir au premier plan dans les agendas politiques après des décennies d'oubli. Mais le chemin reste long...

La table ronde organisée par l'Ipemed (Institut de prospective économique du monde méditerranéen) et le Centre national des expositions et concours agricoles (Ceneca) dans le cadre des conférences internationales du Salon de l'agriculture à Paris, mettait en avant l'agriculture familiale comme atout pour la Méditerranée. Un thème vite complété par les intervenants par un point d'interrogation final. "Il n'est pas acquis que l'agriculture familiale puisse être un atout pour la Méditerranée" souligne ainsi Mohamed Elloumi, agro-économiste à L'institut national de recherche agronomique de Tunis (INRAT). 

L'agriculture familiale se qualifie par une forte articulation entre l'unité de production (exploitation) et l'unité domestique (ou ménage) avec des flux et surtout une dialectique dans la prise de décision. "Le fonctionnement de la famille est pilote dans la gestion de l'activité agricole" précise Mohamed Elloumi.

Au Maghreb, 66% des exploitations agricoles disposeraient d'une surface n'excédant pas les 5 hectares. "Les plus dynamiques restent celles de 5 à 50 hectares. Elles s'orientent vers le marché intérieur. Ces exploitations contribuent directement à la sécurité alimentaire, mais aussi à l'emploi. On ne peut pas parler de stabilité politique sans évoquer la stabilité de l'agriculture qui représente 30 à 40% des emplois dans les pays du sud de la Méditerranée" commente l'agro-économiste de l'INRAT. L'Assemblée générale des Nations Unies a d'ailleurs proclamé 2014 année internationale de l'agriculture familiale justement pour que soit prise en compte la contribution significative de ce secteur dans l'amélioration de la sécurité alimentaire. 

"Quand nous parlons d'agriculture familiale, nous parlons de développement rural et pas que d'agriculture" résume Pascal Bergeret. Le directeur du CIHEAM-IAM de Montpellier veut pousser dans trois directions : la planification inclusive - "il faut faire entendre la voix des petits agriculteurs aux politiques et nous en sommes loin !"-, la protection sociale - "les zones rurales demeurent défavoriser en terme d'investissements publics alors que ce sont les plus pauvres" - et le développement de l'agriculture et de l'agro-industrie -"il faut créer du foncier et favoriser l'accès à l'eau". 

Stabilité politique des territoires ruraux, réduction des fractures entre littoral et intérieur et entre rural et urbain, adaptation au changement climatique, création d'emplois... Les défis restent énormes. Autant que les attentes : Valoriser l'ancrage territorial de l'agriculture familiale, renforcer la différenciation des produits et les filières courtes, mettre en place une décentralisation effective et efficiente.

Pour que l'agriculture familiale devienne un atout pour la Méditerranée, des préalables demeurent cependant nécessaires comme le détaille Mohamed Elloumi. "Il faut sécuriser l'accès aux ressources naturelles, améliorer l'infrastructure et l'accès au marché, diversifier l'économie rurale locale, améliorer le financement sans pour autant aggraver l'endettement des agriculteurs, améliorer le cadre institutionnel et renforcer les organisations professionnelles, mettre l'agriculture au centre du modèle de développement agricole."

L'Europe montrée du doigt

L'agriculture familale alimente le développement des zones rurales au sud comme au nord de la Méditerranée (photo F.Dubessy)
L'agriculture familale alimente le développement des zones rurales au sud comme au nord de la Méditerranée (photo F.Dubessy)
"La PAC a tourné le dos au sud !" Le constat virulent émane des intervenants de la rive sud de cette table ronde. Une mise en cause de la coopération régionale qui a étonné Pierre Bascou, chef d'unité "Analyse de la politique agricole et perspectives" à la Direction générale de l'Agriculture et du développement durable de la Commission européenne. Selon lui, "si la réforme de la Politique agricole commune de l'Union européenne est influencée par des considérations internes, il n'existe aucune velléité envers le sud !" Et de rappeler qu'en Europe, 97 à 98% des exploitations agricoles répondent aux critères de l'agriculture familiale. "Même si elles atteignent parfois les 200 voire les 300 hectares, 70% d'entre elles disposent de moins de 5 hectares" commente Pierre Bascou.

Pour Benoit Horemans, coordonnateur sous-régional de la FAO pour l'Afrique du nord à Tunis, "les économies agricoles du sud ont la responsabilité de s'adapter, de s'ajuster à l'environnement international." Sous-entendu, elles ne peuvent pas tout attendre de l'Europe et doivent aussi se prendre en main. Le représentant de la FAO souligne le gros problème de morcellement des terres, 2 ha en moyenne au Maghreb, avec une forte diminution des surfaces. Mais aussi les phénomènes conjugués de la féminisation de l'agriculture et du vieillissement de la population agricole. Près de 50% des agriculteurs ont plus de soixante ans alors que 30% des jeunes connaissent le chômage. Pour Hassan Benabderrazik, économiste, consultant et ancien secrétaire général du ministère marocain de l'agriculture, "les plus de 65 ans ne sont pas porteurs d'innovations." Leur prééminence constituerait donc "un danger pour le développement de l'agriculture."

Reste que le manque d'études et de recherches nuit à la proposition de recommandations et donc à la formalisation de politiques publiques. Pour y remédier, la FAO envisage une initiative régionale sur la petite agriculture menée avec les autorités nationales. "Elle examinerait les typologies, les opportunités d'amélioration de la productivité et l'emploi des jeunes et des femmes" dévoile Benoit Horemans.


Frédéric Dubessy, à PARIS


Mercredi 26 Février 2014



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