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"Une fois réglés la bureaucratie et le manque de visibilité fiscale, l'Algérie sera l'eldorado du bassin méditerranéen"


En marge d'une conférence, organisée par la Chambre Algérienne de Commerce et d'industrie (CACI) jeudi 11 octobre 2019 au Palais de la Bourse de la CCI Marseille-Provence, Nazim Sini, chef d'entreprise, consultant en communication et stratégie digitale, a accordé une interview exclusive à econostrum.info. Délégué adjoint de la Caci, il incite les Français, et particulièrement les Provençaux, à venir sur le marché algérien. Selon lui, les Algériens ont envie de retrouver les entreprises françaises, alors que la Chine est devenue leur premier partenaire commercial.


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Malgré un climat instable, Nazim Sini veut convaincre les entreprises françaises que des opportunités existent sur le marché algérien (photo : F.Dubessy)
Malgré un climat instable, Nazim Sini veut convaincre les entreprises françaises que des opportunités existent sur le marché algérien (photo : F.Dubessy)
econostrum.info : Comment analysez-vous la situation en économique en Algérie ?

Nazim Sini : La situation n'est pas aussi dramatique que ce que peuvent relayer les médias. Effectivement, nous avons subi une sorte de désinvestissement, ceci est certain, avec un gel de plusieurs grands projets structurants. Nous constatons un reflux d'IDE (NDLR : Investissements directs de l'étranger), principalement d'Europe. Mais, dans ce climat, pouvant paraître instable, des opportunités se créent, surtout pour les entreprises marseillaises et de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, grâce à la proximité géographique et l'absence de barrière de la langue. 

La certaine forme d'attentisme constatée en Algérie est liée à une échéance électorale. Celle de la Présidentielle qui aura lieu le 12 décembre. Un grand nombre d'Algériens ont envie de sortir par la grande porte de cette crise politique. Il ne faut pas que le politique l'emporte sur l'économique.

Les Algériens ont envie de retrouver les Français sur le marché algérien

Les troubles sociaux pèsent toutefois ?

N.S. : Il va y avoir des répercussions. Les Algériens ne les ressentent pas encore dans leur quotidien, mais je pense que si nous continuons ainsi, dans un an le pays va subir une très forte inflation, un reflux des échanges commerciaux. Mais en terme de volume, il n'existe pas une grosse différence. Nous sommes sur du -1 ou -2%. Même en terme de prévision du PIB, le FMI l'a dit ainsi que la Banque mondiale, nous serons à du 2% de croissance au lieu de 2,5%. Nous restons donc sur des notes assez positives. Mais, il ne faut pas que cette situation perdure.

Reste que les institutions tiennent la route. L'Etat ne va pas s'effondrer et les chambres de commerce ou le patronat algérien ne vont pas disparaître. Je le dis beaucoup aux entreprises françaises : vos interlocuteurs seront toujours là et la CACI sera toujours là pour les épauler. L'histoire va dans le bon sens, puisque l'Etat réfléchit à abroger la loi 51/49 sur les secteurs non stratégiques, prévoit le retour des véhicules de l'importation de véhicules d'occasion de moins de trois ans, ce qui va induire derrière une industrie de sous-traitance, d'entretien automobile qui sera bénéfique aux entreprises françaises, notamment les équipementiers.

Les Algériens ont envie de retrouver les Français sur le marché algérien. La Chine est devenue le premier partenaire commercial de l'Algérie. Les Algériens veulent de la qualité et de l'expertise, ce que n'offrent pas forcément les entreprises chinoises. Aujourd'hui, 7 000 entreprises françaises travaillent avec l'Algérie et 450 y sont implantées. Ceci représente 40 000 emplois directs et 100 000 indirects créés par les entreprises françaises.

"Un marché ouvert sur la Méditerranée et sur l'Afrique"

L'Algérie est un marché ouvert sur la Méditerranée et l'Afrique plaide Nazim Sini (photo : F.Dubessy)
L'Algérie est un marché ouvert sur la Méditerranée et l'Afrique plaide Nazim Sini (photo : F.Dubessy)
Quels sont les atouts du marché algérien pour les entreprises françaises ?

N.S. : Le coût et la qualité de la main d'oeuvre restent très compétitifs. Le Smic est de 170 € et le salaire moyen de base pour un employé qualifié de 250 €. Pourquoi aller dans les pays de l'Est où il est plus élevé ? 473,27 € en Pologne, 318,52 € en Roumanie et 235,20 € en Roumanie. Le coût du travail, 2,27 $ de l'heure, est dix fois moins cher qu'en France. L'Algérie combine des salaires et des coût d'électricité bas, ce qui en fait la plate-forme régionale idéale pour le développement des industries à forte intensité de main d'oeuvre et d'énergie.
Ajoutons à ces atouts la proximité géographique et le grand choix de partenaires bancaires dont quatre Français, BNP-Paribas, Société Générale, Natixis et CIC.
L'Algérie est aussi un marché ouvert sur la Méditerranée et sur l'Afrique.

Quel est le rôle de la CACI dans tout ça ?

N.S. : La CACI est un maillon de la chaîne. Nous sommes un vrai acteur économique, pas seulement avec la France mais aussi avec l'Union européenne, une porte d'entrée. Nous essayons de mettre en relation les entreprises françaises avec le marché algérien, de défricher le terrain. Nous sommes un relai entre l'offre et la demande.

Surtout, nous avons un rôle pédagogique, car nous venons casser certains mythes autour de l'Algérie. Nous ne sommes pas dans une période comme dans les années 90 avec un climat sécuritaire pesant. Le climat des affaires se trouve juste pas stable à cause de deux maladies : la bureaucratie, que nous essayons d'endiguer, et un manque de visibilité fiscale. C'est ce qui rend dingue un chef d'entreprise ! Une fois ces deux points réglés, l'Algérie sera l'eldorado du bassin méditerranéen.

Propos recueillis par Frédéric Dubessy
Mardi 15 Octobre 2019

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