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Un an après son contrat de filière, la croisière à bons ports au Sud


Marseille Provence Cruise, Var Provence Cruise Club et French Riviera Cruise Club dressent le bilan de la première année de leur contrat de filière. Les enjeux environnementaux, de diversification de l'offre touristique à terre, et la sensibilisation de tous les acteurs à ces touristes qui ne restent que quelques heures constituent les principaux axes de leur démarche commune.


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Laurence Cananzi (présidente  Var Provence Cruise Club), Jennifer Salles-Barbosa (présidente de la Commission tourisme au Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur), Anne Sophie Peyran (directrice marketing French Riviera Cruise Club), Jean-François Suhas (président Marseille Provence Cruise Club), oeuvrent pour développer la croisière dans la région (photo : F.Dubessy)
Laurence Cananzi (présidente Var Provence Cruise Club), Jennifer Salles-Barbosa (présidente de la Commission tourisme au Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur), Anne Sophie Peyran (directrice marketing French Riviera Cruise Club), Jean-François Suhas (président Marseille Provence Cruise Club), oeuvrent pour développer la croisière dans la région (photo : F.Dubessy)
FRANCE. Sous l'égide de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, trois clubs de croisières (Marseille Provence Cruise, Var Provence Cruise Club et French Riviera Cruise Club) et le réseau des CCI Provence-Alpes-Côte d'Azur signaient, en mars 2019, un contrat de filière concernant les dix-sept ports maritimes et les six ports fluviaux de leur territoire. A eux tous, et avec 2,76 millions de passagers en 2019 (dont 1,85 pour le seul port de Marseille, premier français), ils génèrent plus de la moitié du trafic croisière enregistré en France. "La croisière n'est pas une rente, d'où l'intérêt de chasser en meute", commente Anne-Sophie Peyran, directrice marketing du groupe Riviera Ports et représentante de French Riviera Cruise Club.

Un premier bilan de ce plan d'action du tourisme de croisières du Sud de la France, a été dressé, jeudi 6 février 2020, dans le cadre du salon Euromaritime (Marseille du 4 au 6 février 2020). Le travail en commun des trois clubs se focalise sur quatre grands axes : transition énergétique, renforcement de la notoriété de la région comme destination croisière, levier de développement économique, et faire du croisiériste un ambassadeur de la destination. Ce rapprochement leur permet de "mutualiser les moyens humains et financiers sur des actions de promotion et de communication, principalement auprès d'agents de voyages et de tours-opérateurs internationaux, avec l'objectif de développer la notoriété et l'attractivité de notre territoire comme destination croisière", comme le précise leurs représentants. "Le croisiériste est un touriste potentiel qui n'est là que quelques heures", commente Laurence Cananzi, présidente de Var Provence Cruise Club, marquant la nécessité d'un accueil différent. Les trois clubs ont signé des accords avec soixante-six organismes en ce sens.

"Développer une croisière responsable"

Jean-François Suhas va désormais piloter l'action des trois clubs pour un an (photo : F.Dubessy)
Jean-François Suhas va désormais piloter l'action des trois clubs pour un an (photo : F.Dubessy)
Le contrat de filière joue également sur l'augmentation des séjours d'avant ou d'après croisières, ainsi que sur le renouvellement de la diversification de l'offre touristique à terre. "Nous sommes très complémentaires, même si nous restons concurrents", souligne Jean-François Suhas, président de Marseille Provence Cruise Club.

L'environnement se trouve au coeur de la démarche du plan d'actions des acteurs de la croisière (voir encadré ci-dessous). Les trois clubs s'engagent à accompagner et renforcer la transition éco-énergétique et s'associent au plan Escale Zéro fumée développé par la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur. "Nous voulons développer une croisière responsable, exemplaire en matière d'environnement", souligne Laurence Cananzi.

Après le pilotage des projets par Var Provence Cruise Club sur la période 2017-2019, c'est Marseille Provence Cruise Club qui prend la suite (2020-2021) pour le second volet de ce plan d'actions. Les thématiques prioritaires seront le développement économique, la préservation de l'environnement, la sensibilisation du tissu sociétal local. "Les aspects promotion de la destination et amélioration de l'accueil sont toujours sur la feuille de route, laquelle intègre aussi un enjeu de structuration de la croisière fluviale", indique Jean-François Suhas.

Une étude BVA de 2017 estimait que le tourisme de croisière rapportait 430 M€ de retombées économiques à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, soit 148 M€ en impact direct et indirect et 282 M€ en impact induit. Le secteur fait vivre 2 450 salariés (850 en direct et indirect plus 1600 en induits) en équivalent temps plein.

F.D.

Marseille, premier port de croisière de France, accueille 1,85 million de passagers (photo : F.Dubessy)
Marseille, premier port de croisière de France, accueille 1,85 million de passagers (photo : F.Dubessy)
La croisière veut dépolluer son image
 
En plein boom, la croisière en Méditerranée fait face à de lourdes critiques tant sur la pollution qu’elle génère que sur le type de tourisme qu’elle promeut. Autant de défis que les professionnels veulent relever et décrivaient lors de la table ronde qui se tenait à Marseille, le 4 février 2020, à l’occasion du salon Euromaritime.

Nous accostons dans les centres-villes, à proximité des habitations, cela implique pour nous des devoirs supérieurs”, pose d’emblée Ermino Eschena. Le président du Cruise Lines International Association en France assure que les armateurs ont “largement” intégré “l’urgence” de la transition et “souhaitent mener une politique volontariste.”
Reste que, comme l’explique Stéphane Reiche, délégué général du Grand port maritime de Marseille (GPMM), “chaque port n’a pas la même acceptabilité de la croisière.” Si elle est bien affectée par les questions de pollution atmosphérique, Marseille “ne souffre pas du surtourisme ou de l’incapacité à accueillir les flux de croisiéristes.” La métropole ne connait ainsi pas les mouvements de rejet des populations observés à Venise ou Dubrovnik au cours des dernières saisons d’été.
Les critiques envers les armateurs sont les mêmes, quelle que soit leur origine et la gamme de navires concernés, mais Emmanuel Sauvé, le président de Ponant, met en avant "l’exemplarité française." La compagnie marseillaise spécialisée dans la croisière de luxe a déjà bougé les lignes pour répondre au défi du secteur : "Nous menons par exemple des opérations de ramassage de déchet par les passagers lors des escales, explique-t-il. Nos excursions sont en outre repensées pour maîtriser l’impact du tourisme sur les populations locales en réduisant les trajets et le volume des groupes qui débarquent."

Notre modèle économique impose des investissements long terme, ajoute le président de Ponant. C’est ce qui nous oblige à être précurseurs !" Si sa compagnie "anticipe" la législation pour ne pas la subir, Emmanuel Sauvé admet que "tous les acteurs n’ont pas la même marge de manœuvre."
La question du partage des efforts financiers vers cette transition se pose à demi-mot. L’industrie de la croisière se portant bien, elle a pu se moderniser et anticiper les recommandations de l’Organisation maritime internationale (OMI) : depuis le 1er janvier 2020, l'OMI impose à tous les navires de commerce l’utilisation en navigation d’un fioul désulfuré avec un taux de souffre ne dépassant pas 0,5 %. L’objectif est de réduire le volume total des émissions annuelles d'au moins 50 % d'ici à 2050, par rapport à 2008.
Pour cela, les armateurs ont proposé un levier qui fait pour l’instant consensus de par sa simplicité technique : la réduction de la vitesse. En effet, la consommation de carburant chute de 18 % lorsque les navires ralentissent de 12 à 11 noeuds.

La créativité et la volonté ne suffiront pas à stabiliser ces mesures dans le temps. Les règles de l’OMI n’ont pas encore été traduites dans le droit français, ce qui génère des difficultés pour les professionnels. Autour de la table, tous les intervenants regrettent le manque de souplesse et de cohérence dans l’application des règles entre les instances internationales, nationales ou régionales. “Les démarches administratives sont encore nouvelles et effrayantes tant, les procédures sont lourdes”, insiste le Président de Ponant.

Côté infrastructures, les ports se mettent progressivement au pli, à l’image du GPMM qui vient d’adopter un plan d'investissement de 30 M€ afin de proposer la solution du branchement à quai pour les navires et ferries d’ici 2024. Mais là encore, les professionnels se heurtent à l’administration. "Nous souhaitons accompagner l’utilisation du GNL, qui représente une innovation sans précédent", illustre Stéphane Reiche. "Mais pour faire de Marseille un hub de ravitaillement, nous avons besoin d’autorisations relatives aux zones de sécurité.", poursuit-il. Les chantiers de la transition écologique pour le transport maritime de passagers sont loin d’être bouclés.

R.G.

Frédéric Dubessy et Rania Gabel
Vendredi 7 Février 2020

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