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Trump est parti...

Par Jean-François Coustillière, président de l'association IHEDN-Euroméditerranée et membre du groupe d’analyse JFC Conseil




(photo : F.Dubessy)
(photo : F.Dubessy)
Trump est parti… Biden le remplace. Comme attendu, sur le plan international, les relations s’en trouvent bouleversées. Si la stratégie américaine ne change pas fondamentalement, la forme des rapports est cependant agréablement affectée. Mais les intérêts des États-Unis restent les mêmes et le pouvoir s’emploiera à les défendre, ce qui était attendu.
Pour autant, le président populiste et imprévisible confondant la scène internationale avec une enceinte de marché où, s’estimant le plus fort, il estimait n’être redevable d’aucune considération à l’égard des autres acteurs, à commencer par ses alliés et exception faite peut-être de Netanyahou, a perdu sa place.

Biden, son successeur, a une vraie expérience des relations internationales, des négociations multinationales, des intérêts croisés, des rapports de force, des fragilités des alliances, des faiblesses des uns et des autres et des facteurs permanents qui guident chacun des États. Il sait qu’il est peu souhaitable d’humilier les partenaires surtout lorsque ce sont des alliés.

Les plus grands ont parfois besoin des plus petits pour contrer un challenger. Il adopte une démarche d’échanges et de négociations apparentes même s’il sait que les États-Unis restent, encore aujourd’hui, les plus puissants. Il affecte d’accorder de la considération à la plupart des dossiers en discussion même si, sans doute, il n’adhère que modérément à certaines préoccupations qui doivent lui paraître fort secondaires.

"La Turquie soi-disant partenaire stratégique"

C’est ainsi que le nouveau président des États-Unis a déjà donné avec beaucoup d’engagement et de soin mais aussi de diplomatie, un tour nouveau aux dossiers qui lui paraissent probablement les plus périlleux et pour lesquels il importait de fixer des lignes rouges :
  • les relations avec la Chine : « les relations avec Pékin seraient un mélange de « compétition quand ce sera sain », « collaboration quand ce sera possible » et « antagonisme quand ce sera nécessaire ». »1
  • les relations avec l’Arabie saoudite : « Joe Biden dialoguera avec le roi Salman, et non pas avec MBS, a précisé la présidence américaine. Fini le temps où le jeune et impétueux prince héritier avait un accès direct à la Maison-Blanche »2
  • les relations avec la Russie : « Washington a annoncé, mardi 2 mars 2021, des sanctions à l'encontre de plusieurs hauts responsables russes en réponse à l'empoisonnement de l'opposant Alexeï Navalny,  …/… le 20 janvier, a adopté un ton beaucoup plus ferme à l'égard du Kremlin que son prédécesseur …/…  ces sanctions, qui visent en particulier sept hauts responsables, ont été prises «  en concertation étroite avec nos partenaires de l'UE  » et sont «  un signal clair  » envoyé à Moscou »3
  • les relations avec la Turquie : « Antony Blinken a lui séduit plusieurs sénateurs républicains lors de son audition parlementaire de nomination comme secrétaire d'État en parlant de la Turquie comme d'un "soi-disant partenaire stratégique" qui "par de nombreux aspects ne se comporte pas comme un allié" »4
  • l’OTAN : « le nouveau chef du Pentagone signait dans le Washington Post un texte titré « Les États-Unis ne peuvent assumer seuls leurs responsabilités, c’est pourquoi nous croyons en l’OTAN » 5
  • le Plan global d’action conjoint (JCPOA) sur le nucléaire avec l’Iran. : «Biden veut revenir dans l’accord. Mais il faut de la flexibilité côté iranien, …/…. L’Iran ne veut pas rouvrir l’accord, mais, en même temps, il exige des garanties que les États-Unis y adhéreront bien »6

Désengagement des États-Unis des conflits

Bien sûr d’autres questions n’ont pas été encore traitées : le devenir de la normalisation des relations EAU-Israël-Maroc, l’avenir de la guerre en Syrie, les perspectives de la crise en Irak et en Libye, les négociations en Afghanistan, le conflit israélo-palestinien, la mer de Chine et d’autres encore … Face à ces divers problèmes on ne connaît pas encore l’appréciation de ce nouveau président même si quelques orientations apparaissent comme en Libye où il semble que celui-ci veuille contribuer à l’apaisement du conflit : « les Emirats arabes unis multiplient les déclarations affirmant que cette riche monarchie du Golfe est en train de se désengager des pays où elle est militairement impliquée : le Yémen, l’Érythrée et surtout la Libye …/… ce désengagement qui résulte, selon plusieurs observateurs, de pressions américaines de l’administration Biden »7. C’est aussi le cas du conflit israélo-palestinien où la décision de la CPI a fait l’objet d’un rejet par l’administration américaine « Nous nous opposons fermement à l’annonce par les procureurs de la CPI d’une enquête sur la situation palestinienne et nous en sommes déçus »8 démontrant ainsi que l’intouchabilité d’Israël restait de rigueur.

Il est illusoire d’imaginer que les Européens, et spécifiquement l’Union européenne, y trouveront systématiquement leur compte. Un premier exemple est déjà apporté par cette information relative au projet de gazoduc Nordstream 2 qui montre que les États-Unis, alors que le président Biden a déclaré qu’il s’agissait d’un « mauvais accord » pour l’Europe, n’ont pas renoncé à appliquer les dispositions d’extraterritorialité du droit américain : «Menacées de représailles financières, dix-huit sociétés européennes chargées d’assurer le chantier, comme le français Axa ou l’allemand Munich Re, ont renoncé à apporter leurs services. ». Pour autant les vues et politiques américaines seront plus lisibles et il sera possible de s’y adapter voire de chercher la négociation dans un respect mutuel. Espérons cependant que les Européens ne cèdent pas à la facilité et poursuivent leurs efforts pour la construction d’une Union européenne autonome forte économiquement, diplomatiquement et militairement.

"L'espace méditerranéen reste une région agitée"

La Méditerranée n’est malheureusement pas épargnée par ces sombres perspectives. Au-delà des dossiers déjà cités deux questions émergent, très près de nous, comme sources de risques potentiels particulièrement préoccupants pour notre sécurité à travers leurs conséquences migratoires inéluctables : l’effondrement de la Tunisie, le naufrage du Liban et la déliquescence de l’Algérie. La situation socio-économique dans ces trois pays engendre un vrai désespoir de leur population. La volonté d’émigrer s’affirme de plus en plus fortement alors que les responsables politiques ne parviennent pas à trouver des réponses qui satisferaient les aspirations de leurs peuples. Évidemment les mouvements islamiques, au moins en Tunisie et en Algérie, profitent de la situation pour se présenter comme un recours face à des populations désemparées.

On peut redouter que ces nouveaux dossiers s’ajoutent aux autres déjà bien nombreux : Chypre, Mer Egée, Syrie, Israël/Palestine, Libye … L’espace méditerranéen reste, sur la frontière sud de l’Europe, une région agitée, dangereuse et porteuse de risques et de menaces. L’Union européenne doit prendre la pleine mesure de cette situation et en tirer les enseignements à la hauteur des enjeux. La coopération est une nécessité pour la sécurité de l’espace et non pas une option. Celle-ci doit être forte et déterminée.

 
1 Le Point – 4 mars 2021
2 Le Figaro – 23 février 2021
3 Le Point – 2 mars 2021
4 L’Obs - - 12 février 2021
5 Le Monde – 4 mars 2021
6 Le Figaro – 23 février 2021
7 RFI – 4 mars 2021
8 Le Monde – 4 mars 2021

Mardi 16 Mars 2021

Jean-François Coustillière, président de l'association IHEDN-Euroméditerranée

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