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Trois principes d’évolution du tourisme en Euro-Méditerranée. Première partie : L'écologie

Par Étienne Pauchant, président de Mediterranean Travel Association (META)



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Trois principes d’évolution du tourisme en Euro-Méditerranée. Première partie : L'écologie
En 1969, l’écologie moderne remplace soudainement l’ancien naturalisme. Pendant 40 ans, l’humanité prendra conscience d’une dégradation importante d’origine anthropique, entraînant une inquiétante production de gaz à effet de serre, susceptible de modifier le climat par un réchauffement climatique aux conséquences apocalyptiques, dont la première serait une élévation importante (quelques mètres) du niveau des mers et des océans, bouleversant toutes les installations humaines installées sur les littoraux, dès la fin de ce siècle, y compris les installations touristiques.

Pendant 40 ans, plus de 20 conférences internationales se succéderont, confirmant toutes ce risque planétaire tout en cherchant des solutions techniques permettant de contraindre le réchauffement annoncé.

Progressivement sont apparues de nouvelles techniques, des nouveaux métiers entraînant de nouvelles attitudes de consommations (surtout dans les pays occidentaux et au Japon), plus propres, plus saines, en matière de santé, de nourriture, de transport, d’énergie et de protection de l’écosystème.

On assiste maintenant, dans ces pays, à un mouvement international vers la diminution de la consommation de l’eau quotidienne dans les salles de bains (plutôt une douche qu’un bain), d’économiseurs d’eau pour les WC, de systèmes d’arrosage « goutte à goutte » dans les jardins et les cultures, parallèlement à l’augmentation de la qualité de l’eau publique fournie par de nouvelles techniques de filtrage et d’élimination des matières polluantes dans les centrales de production : dégrillage et tamisage, floculation et décantation, filtration sur sable, ozonation, filtration sur charbon actif, chloration, qui continuent à s’améliorer.

La propreté, une norme naturelle

L’optimisation de la consommation d’énergie est également partout présente, par le remplacement des éclairages incandescents par des Leds, ou des ampoules fluo compactes ou halogènes.

La production d’électricité par des parcs éoliens se développe, y compris par des éoliennes « privées », et la production individuelle d’un apport énergétique par des cellules photovoltaïques, ou par le traitement de la biomasse, qui peut être revendue aux réseaux nationaux si elle n’est pas directement utilisée, créant par cette revente une plus-value qui permettra à moyen/long terme un retour sur l’investissement (y compris par l’achat de « droits à polluer » via les C2E dans quelques pays : France, UK, Italie).

En Europe, la production d’énergie fossile est en nette diminution, et la production nucléaire est montrée du doigt après les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima.

Parallèlement, l'isolation des logements anciens est bien en route, mais souvent moins efficace (et plus cher) que l’isolation totale des logements neufs, utilisant le chauffage par granulé de bois ou autres systèmes non polluants (en remplacement du mazout, de l’électricité ou du gaz), organisant des flux d’air via les « puits canadiens », permettant un rafraichissement l’été sans climatisation énergivore, ou des pompes à chaleur l’hiver.

De même, les Européens ont radicalement changé leur gestion des déchets domestiques. De plus en plus souvent le tri de ceux-ci est effectué dans les villes comme dans les campagnes, dans des collecteurs de couleurs différentes. Le ramassage par type de déchet en est facilité, ainsi que leur retraitement dans les usines spécialisées. S’il existe encore quelques décharges « sauvages », celles-ci sont en nette régression, et s’attirent l’opprobre des passants, ce qui n’était pas le cas il y a 40 ans et plus. Ainsi la propreté des campagnes et celle des sites touristiques qui s’y nichent deviennent une norme naturelle.

Les produits « bio » sont les nouvelles stars de l’alimentation. Ils apparaissent dans tous les supermarchés. Le contact direct avec le producteur est à la mode, et si une tromperie est découverte l’hiver dernier : viande de cheval introduite frauduleusement dans des plats cuisinés estampillés « pur bœuf » ; les réseaux sociaux s’enflamment immédiatement et internationalisent l’annonce de la fraude en quelques jours, entrainant la mise en faillite de l’entreprise concernée.

La qualité de vie devient essentielle pour le touriste

Les rejets de carbone issus des automobiles et des autres véhicules (incluant les deux roues et les transports publics) sont également en diminution constante.
Le remplacement du parc automobile se réalise au profit de véhicules moins polluants que les précédents. Les carburants deviennent de plus en plus performants, les moteurs hybrides prennent de l’importance. La voiture électrique dépasse les 200 km d’autonomie et le temps de recharge diminue chaque année. Le moteur à hydrogène, totalement propre, fait une apparition encore timide, mais est promis, à terme, à un développement rapide, sur tous les marchés. La forte baisse des rejets de GES par l’automobile entre 2000 et 2010 en UE27, devrait encore s’accélérer au cours de cette décennie.

Les jardins en ville deviennent de plus en plus nombreux. Il ne s’agit pas seulement d’apporter un peu de verdure et de profiter du plaisir de récolter ses propres légumes ou plantes aromatiques, même si c’est déjà beaucoup ! Le jardin apparaît en fait comme un acteur à part entière de la vie en ville.
L’écologie n’est plus une revendication portée par des pionniers. Elle est devenue un mode de vie qui va croissant et qui continuera son expansion au cours des années à venir, concernant la propreté de l’eau, des sols et de l’air, une alimentation garantie saine et des villes « vertes ».

Les touristes veulent retrouver cette nouvelle qualité de la vie pendant leurs séjours de vacances, et si possible encore supérieure.
Les professions du tourisme sont en première ligne, car ils sont des professionnels de l’accueil, offrant une prestation qui va au-delà du mouvement général. Ils ont fortement progressé dans leurs équipements écologiques, s’équipant progressivement dans l’amélioration de la gestion de l’eau, de l’énergie et des déchets, ainsi que la protection de l’écosystème. Les contrôles phytosanitaires se multiplient, car une intoxication alimentaire pendant les vacances, même bénigne, ne sera plus acceptée. Les labels
européens sont de plus en plus techniques, complets et sophistiqués. Ils sont maintenant à disposition des professionnels par de nombreuses agences spécialisées, et de plus en plus recherchés par les touristes.

Le tourisme reste l'industrie qui pollue le moins

Certains accompagnent ces critères techniques par un surcroît d’accueil et par une personnalisation des chambres. C’est notamment le cas dans les boutiques-hôtels, proposant un accueil personnalisé et très proche des demandes particulières de leurs hôtes. L’adaptation aux désirs de chaque client entre dans l’évolution du « one to one » marketing, facilité par un lien électronique constant entre le client et l’hébergeur. Il est plus facile à réaliser dans les hébergements de petite taille que dans les immeubles à « grand diviseur ». Cependant, des recherches actives sur la personnalisation du choix d’une chambre et de services différenciés en fonction des souhaits de chaque client sont activement menées par les grandes chaînes hôtelières.
Les touristes chercheront également cette nouvelle qualité au cours de leurs voyages internationaux au sein de l’UE27 ou dans l’espace euro-méditerranéen. Ils trouveront une qualité environnementale plus développée dans les pays du nord que dans les pays du sud, notamment dans les exploitations indépendantes, car les chaînes rationalisent maintenant l’évolution de la qualité dans tous leurs établissements nationaux et internationaux.

En 2013, 45 ans après sa naissance, l’écologie moderne devient synonyme de qualité de la vie en U.E. Elle s’inscrit dans les éléments de gestion des offres touristiques, et tend vers la généralisation.

La participation du tourisme à l’émission de gaz à effet de serre est estimée entre 4 à 6%, du rejet des GES, transports aériens inclus. Ce n’est pas juste, car les millions de transports automobiles journaliers entre le domicile et le travail ne sont pas réaffectés aux employés, et les voyages en avion produits par le tourisme d’affaire ne sont pas non plus affectés à ceux qui les achètent : les entreprises.

Retenons simplement que la première industrie du monde, le tourisme, est celle qui pollue le moins, loin derrière l’agriculture et toutes les autres industries.
L’évolution est très rapide. En 2011, et pour la première fois, 20% des touristes européens déclarent accepter de payer un peu plus cher pour consommer un tourisme un peu plus “vert” pendant leurs séquences de vacances, incluant la qualité de la nourriture, et l’émission de rejets carbonés.

En 2013, les Européens se sentent définitivement concernés et accélèrent franchement leur adhésion aux principes écologiques, particulièrement la propreté, l’hygiène, la qualité de la nourriture et le respect de l’écosystème. Les attraits naturels, comme le paysage et les conditions climatiques (44%) sont les raisons les plus probables pour revenir dans la même destination de vacances. Trois Européens sur dix reviennent dans la même destination de vacances pour la qualité de l’hébergement (31%).

Très loin du « green washing » qui a fait florès, l’écologie moderne entre de plain-pied dans la gestion des exploitations touristique, ce qui est attendu par les touristes. La demande pour des destinations purement « écologiques », responsable, durable, éthique et équitable comme elle était formulée en 2000, est aujourd’hui inférieure à 5% des demandes enregistrées par les producteurs. Ceci au profit des destinations naturelles, intelligentes, culturelles, proches des désirs de chaque touriste, adaptées à leur temps et aux nouveaux réquisits des touristes contemporains, dans un environnement propre et sain.

Lire aussi : Trois principes d'évolution du tourisme en Euro-Méditerranée. Deuxième partie : la distribution

Trois principes d’évolution du tourisme en Euro-Méditerranée. Troisième et dernière partie : le positionnement


Lundi 6 Mai 2013