Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée


Tourisme : Le Maroc tente de résister aux effets des attentats

Tourisme en Méditerranée, bilan 2015


Le secteur touristique marocain commence à souffrir des effets des attentats en Algérie, en Tunisie, en Égypte et en France, principal pays émetteur, malgré les gros efforts de communication déployés en 2015.


            Partager Partager

L'Office National Marocain du Tourisme a lancé une campagne de promotion humouristique à l'adresse de ses principaux marchés émetteurs en février 2015. (photo: ONMT)
L'Office National Marocain du Tourisme a lancé une campagne de promotion humouristique à l'adresse de ses principaux marchés émetteurs en février 2015. (photo: ONMT)
MAROC. L’horizon se noircit pour le secteur touristique marocain suite aux attentats de Paris. Déjà gravement touché par la conjoncture régionale et les attentats contre les touristes en Égypte, en Tunisie et en Algérie, le secteur touristique marocain pourrait connaître en 2016, une année de récession. « Les activités touristiques, qui ont contribué à la croissance économique des dernières années avec des taux de 5% en moyenne durant la période 2007-2014, connaîtraient pour la première fois une baisse de leur valeur ajoutée, de l’ordre de 2,7%.  », annonçait déjà le Haut Commissariat au Plan dans son budget économique exploratoire 2016, en juin 2015.

En 2015, le secteur s’attend cependant à « une petite résilience en terme d’arrivées ; donc une légère hausse », indique Saïd Tahiri, directeur général du Confédération Nationale du Tourisme (CNT). Sur les huit premiers mois de l’année, selon les dernières statistiques disponibles, les arrivées ont tout de même baissé de 1% par rapport à la même période l’an dernier. De janvier à octobre, les recettes de voyage se sont déjà réduites de 0,9%. Elles devraient atteindre environ 60 millions de dirhams (5,55 M€)

9,2 M€ pour la promotion de la destination

Le Plan Azur voulait développer le tourisme balnéaire... C'est Marrakech qui a connu une croissance ! (photo F.Dubessy)
Le Plan Azur voulait développer le tourisme balnéaire... C'est Marrakech qui a connu une croissance ! (photo F.Dubessy)
Les derniers chiffres sont attendus avec inquiétude par les pouvoirs publics, car le secteur touristique contribue directement à 8,1% du PIB et à 17,0% du PIB de façon indirect, selon le rapport 2015 du Word Travel and Tourism Council. Il concentre 7,1% des personnes employées au Maroc « et compte trois à cinq emplois indirects par emplois directs. Imaginez le potentiel de résorption du chômage du secteur touristique », insiste Saïd Tahiri.

Autant d’emplois qui risquent de faire les frais de la conjoncture régionale. En septembre 2014, le meurtre de l’otage français Hervé Gourdel avait provoqué le classement du Maroc par la France comme un pays "à risque", faisant dire à Mohammed Hassad, ministre marocain de l’Intérieur, qu’il espérait « que le ministère français des Affaires étrangères répare cette injustice », dans une interview à l’Economiste.

Suite à l’attaque contre Charlie Hebdo, à Paris, en janvier 2015, le Maroc lance début février un plan de promotion de 9,2 M€ (100 millions de dirhams) pour lutter contre ses retombées négatives en terme d’image sur les touristes français, mais aussi pour conquérir les touristes venus des pays du Golfe et de plusieurs pays d’Europe de l’est.

32 dirhams par touristes dépensés dans la promotion

Entre 6 et 16% de l'emploi au Maroc dépend du secteur touristique/ (photo: World Travel & Tourism Council)
Entre 6 et 16% de l'emploi au Maroc dépend du secteur touristique/ (photo: World Travel & Tourism Council)
Cette opération séduction faite d’affichages et de spots publicitaires n’a pas réussi à redresser la barre pour la France qui fournit encore un tiers des contingents de touristes chaque année dans le royaume. Fin 2015, « nous constatons clairement une baisse importante du marché français [NDRL : pour la première fois sur ces cinq dernières années], particulièrement forte en terme de nuitées. Le Royaume Uni et l’Allemagne ont repris la main avec une augmentation relativement importante », souligne le directeur général de la CNT. Les arrivées des touristes en provenance d’Allemagne ont progressé de 9%, suivies du Royaume Uni avec +6%, jusqu'en août dernier. Les marchés italien, français et belge ont à l’inverse enregistré des baisses respectivement de 6%, 5% et 2%.
 
Pour le syndicaliste, l’Etat doit aller plus loin dans son action de promotion. « Aujourd’hui, nous dépensons 32 dh par touriste alors qu’il dépense lui entre 600 et 800 € au Maroc, en moyenne. Aujourd’hui, l’Organisation mondiale du tourisme nous dit que nous devrions tous dépenser 3% de nos recettes touristiques dans la promotion. Dans le cas du Maroc, cela représenterait 1,8 milliard de dirhams, bien plus que notre budget actuel », assure Saïd Tahiri.

10,3 millions de touristes en 2014

Lire aussi notre dossier spécial  Tourisme en Méditerranée, bilan 2015

De fait, le Maroc semble aujourd’hui incapable de réaliser la Vision 2020 dont l’objectif est de doubler les arrivées : passer en dix ans de dix à vingt millions de touristes étrangers par an. En réalité, en 2014, le Maroc atteint 10,3 millions de touristes, à six ans de l’échéance. La croissance explosive du secteur en 2000 et 2010 n’est plus d’actualité.

Aux causes conjoncturelles et exogènes majeures en 2015, s’ajoutent des causes plus structurelles au ralentissement du secteur. Le gouvernement peine à planifier efficacement son développement. Le Plan Azur, lancé en 2004 pour faire du Maroc une destination balnéaire a échoué. « Après la Vision 2010, nous avions le Plan Azur, mais, qui a développé le tourisme au Maroc ? Marrakech. Avec le Plan Azur, nous naviguions à vue », lance Saïd Tahiri. Pour lui, la clé se trouve dans la coordination des actions du secteur privé et de l’action publique.

Tourisme interne et golfique comme relais de croissance

Face à ce diagnostic largement partagé, de nombreuses initiatives ont été amorcées au risque d’ajouter à la confusion : une Haute autorité du tourisme devait être inaugurée cette année pour associer l’Etat, le secteur privé et les régions dans la mise en œuvre de la Vision 2020 ; le comité stratégique conjoint du tourisme, ainsi que la cellule de veille public-privé sont, eux, déjà opérationnels sans pouvoir clairement se distinguer. Le gouvernement prépare également la création d’un Conseil Supérieur du Tourisme (CST) pour coordonner la politique touristique, comme le commande la Constitution adoptée en 2011.« Le CST ne va se substituer à personne, il aura pour mission d’être le chef d’orchestre, d’assurer la gouvernance du secteur, veut croire le directeur général de la Confédération, car on ne peut plus avancer de cette façon. »

A défaut d’une bonne coordination, les opérateurs du tourisme ont identifié plusieurs gisements de croissance pour pallier le ralentissement des arrivées. Le tourisme interne pourrait devenir un relais de croissance efficace dans la mesure où il draine déjà un chiffre d'affaires d'environ 31 milliards de dirhams (2,87 mrds€), selon la dernière étude réalisée par le ministère du Tourisme, contre plus du double pour le tourisme récepteur. Le tourisme golfique a également créé la surprise cet automne : il a valu au royaume le prix de la meilleure destination de golf sur le continent en 2015 décerné par la World Golf Awards Organization.


Jeudi 10 Décembre 2015

Lu 1672 fois




Dans la même rubrique :
< >

Mercredi 17 Février 2016 - 10:10 Le Portugal bat des records en matière de tourisme


Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.

Publireportage


Le climatiseur mobile, le bien-être à portée de main


Publireportage
Publireportage Castorama




Suivez-nous
Facebook
Twitter
Rss
YouTube

RÉFLEXION

Concentration industrielle en Europe : une nécessité autant qu'une opportunité pour la Défense

Frédéric Dubois, ingénieur, diplômé en relations internationales (en disponibilité de la fonction publique)
avis d'expert


Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA




LE Guide euroméditerranéen des financements et de la coopération 2019
Guide euroméditerranéen des financements et de la coopération
 30,00 € 
  Prix Spécial | 19,00 €
FICHES FINANCEMENT - FICHES PAYS - ANNUAIRE











À propos d'Econostrum.info


Econostrum.info est un média indépendant qui traite au quotidien l'actualité économique des pays riverains de la Méditerranée. Coopération économique, actualité des entreprises par secteur (Industrie, Services, Transport, Environnement, Finances), dossiers thématiques, actualité des aéroports, compagnies aériennes et maritimes (nouvelles destinations)... sont traités et analysés par une équipe de journalistes présents dans le bassin méditerranéen.