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Tensions sociales dans une année de transition politique en Algérie


A quinze mois de la présidentielle de 2019 qui agite les esprits et aiguise les appétits, les mouvements de protestation et de revendications sociales se multiplient en Algérie dans une conjoncture internationale marquée, depuis plus de trois années, par la chute du prix des hydrocarbures.



La contestation touche tous les secteurs (photo : A.B.)
La contestation touche tous les secteurs (photo : A.B.)
 ALGÉRIE. L’année qui s’ouvre sera indubitablement celle des grandes manœuvres politiques en vue de l’élection présidentielle de 2019. Celle-ci interviendra dans un contexte marqué par la maladie du Président sortant, les divisions qui s’affirment de plus en plus au sein du régime en dépit d’une rituelle référence commune au « programme d’Abdelaziz Bouteflika » et la faiblesse et la division de forces d’opposition peu crédibles au sein de la population.
L’incertitude politique est grande. L’état de santé du Président l’empêche de s’adresser directement à la population, de représenter le pays à l’échelle internationale et, de toute évidence, d’arbitrer entre les différentes sensibilités qui traversent le régime.
Abdelaziz Bouteflika pourrait rempiler pour un nouveau mandat, le cinquième depuis son entrée en fonction en 1999 et le premier ou le second selon la lecture que l’on fait de la nouvelle Constitution adoptée en 2016.
 
A moins qu'il ne se retire de la course, ce qui obligerait le régime à présenter un nouveau « candidat du consensus ». Mais la perle rare ne sera pas facile à dénicher, les divisions du régime, illustrées l’été dernier par le limogeage du Premier ministre Abdelmadjid Tebboune, trois mois seulement après sa nomination, montrant la difficulté à calmer les luttes au sein du sérail.

Critiques et divisions

Loin de s’atténuer, les critiques fusent à l’encontre de son successeur, l’actuel Premier ministre Ahmed Ouyahia, chef du  Rassemblement national démocratique (RND).
 
Les plus virulentes ne proviennent pas de l’opposition mais de ses alliés les plus proches. Accusé de corruption, Chakib Khelil, ancien ministre de l’Energie proche de Bouteflika, ne rate pas une occasion de critiquer vertement Ouyahia et son parti.
Djamel Ould Abbes, Secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), parti majoritaire dont Bouteflika est le Président, se présente quant à lui en gardien du temple face à son allié-concurrent du RND accusé de vouloir brader le secteur économique public.

L’opposition s’avère de son côté plus divisée et atomisée que jamais. Le gouvernement fait tout pour entraver son action. La coalition forgée en 2014 à Zéralda semble avoir éclaté à l’occasion des élections législatives et locales entre partisans de la participation et abstentionnistes. Elle est atone. Les partis islamistes connaissent un recul constant aux élections alors que les partis de gauche sont désunis.

Situation financière délicate, mais pas catastrophique

L’année 2018 s’annonce d’autant plus incertaine que la situation économique reste fragile car dépendante en grande partie du prix du baril sur le marchés pétrolier international. Les hydrocarbures représentent en effet 94,54% des recettes extérieures du pays.

Tout en persistant, le déficit commercial est passé de 17,06 mrds$ (14,3 mrds€) en 2016 à 11,19 mrds$ (9 mrds€) en 2017, ce qui représente une réduction de 34,4%. Les réserves en devises du pays devraient logiquement passer sous la barre des 100 mrds$ (81 mrds€).
Cette situation a amené les différents gouvernements à réduire davantage la facture des importations en mettant en place, dans un premier temps, un système de licences avant d’interdire purement et simplement d’introduire plus de 900 produits sur le marché national.
 
Le choix gouvernemental de recourir à la planche à billets à hauteur de 1000 milliards de dinars algériens (7 mrds€) a déjà permis de régler, selon le Premier ministre, 270 milliards de dinars de créances détenues par des entreprises publiques, privées et étrangères qui ont exécuté des contrats publics. Cela devrait entretenir, voire accroître, l’investissement.
 
L’activité économique s’est donc maintenue, mais nombre d’experts affichent leur inquiétude face à un possible dérapage de l’inflation. La loi de Finances a prévu des augmentations de 17% du prix de l’essence et de 11,5% de celui du gazole. Cette hausse se répercutera en cascade sur nombre d’activités (transport, produits agricoles…).
Le tabac connaîtra également une nouvelle taxe alors que celle existante croîtra de 10%.

Le front social s'échauffe

Tout le monde s’accorde à penser que 2018 sera une année de transition où l’objectif principal du pouvoir sera d’éviter toute explosion sociale. Les grandes réformes réclamées depuis des années par le Fonds monétaire international (FMI), les partenaires étrangers, l’opposition libérale et une partie du régime devraient logiquement intervenir en 2019.
                                                                                                      
La tripartite gouvernement-organisations patronales-Union générale des travailleurs algériens (UGTA) tenue au mois de décembre 2017 n’a pu empêcher ni même freiner le déclenchement de nombreux mouvements de protestation à travers les différents secteurs et régions du pays.
 
Les plus touchés sont ceux de la santé et de l’éducation. Médecins résidents, paramédicaux, enseignants, élèves des écoles normales supérieures (ENS) ont mené des grèves longues de plusieurs semaines et massivement battu le pavé pour exiger la satisfaction de leurs revendications professionnelles et dénoncer la répression et les restrictions gouvernementales aux libertés syndicales.
Chômeurs, marins, habitants déçus de ne pas figurer sur les listes d’attribution de logements sociaux, retraités de l’armée, syndicalistes de la société nationale du gaz et de l’électricité (Sonelgaz) non reconnus… l’éventail des catégories sociales qui montent au créneau s’élargit.
 
Une grève nationale à l’appel de l’intersyndicale des organisations de la Fonction publique est prévue pour le 14 février 2018.
L’exemple des manifestations de décembre 2017 en Kabylie et dans les Aurès - qui ont amené le président Bouteflika à reculer en décrétant Yennayer, le premier de l’an agricole fêté depuis la nuit des temps par les populations du Maghreb, fête nationale chômée et payée et à demander l’installation de l’Académie berbère - a encouragé toutes les contestations.
Face à cette contestation multiforme, les pouvoirs publics répondent à la fois par des concessions, mais aussi par la répression et les interdictions de manifester à Alger.
 
Le temps risque d’être assez long, d’ici avril 2019.


Acia Kaci, à ALGER


Mercredi 24 Janvier 2018



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