
Mais l’abstention reste toutefois largement majoritaire et confirme le manque d’engouement des électeurs pour un système électoral généralement jugé peu crédible.
Ce manque d’enthousiasme est confirmé par le nombre record de votes blancs ou nuls qui ont bondi de 493 000 aux législatives de 1997 à 1 704 047 aux législatives de 2012. Ces bulletins blancs ou nuls ont presque quadruplé en quinze ans pour représenter aujourd’hui 22% du total des suffrages exprimés.
Le scrutin a sanctionné la victoire éclatante de l’ancien parti unique du Front de libération nationale (FLN) qui domine la vie politique du pays depuis 1962. Le parti d’Abdelaziz Belkhadem dont le président d’honneur n’est autre que le président de la République Abdelaziz Bouteflika a remporté 221 des 462 sièges de la future APN. Il frôle ainsi, à 12 sièges près, la majorité absolue.
Si l’on ajoute au score du FLN, les 70 sièges conquis par le Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre Ahmed Ouyahia, l’Alliance présidentielle (FLN-RND) remporte 291 sièges, soit plus des 3/5 de l’hémicycle.
Recul des islamistes légaux
Les islamistes sont les grands perdants du scrutin. Composée du Mouvement de la société pour la paix (MSP) et des mouvements Ennahda (la Renaissance) et El Islah (la Réforme), l’Alliance de l’Algérie verte (AAV) est arrivée en tête de cette famille politique avec 47 sièges.
Elle est suivie de deux mouvements agréés au début de cette année. Le premier est le Front pour la justice et le développement (FJD) d’Abdallah Djaballah, fondateur d’Ennahda puis d’El Islah, deux mouvements dont il a été successivement évincé. Le FJD, qui a obtenu 7 sièges, tenait un discours radical dans l’espoir de récupérer les voix qui s’étaient autrefois portées sur les candidats du Front islamique du salut (FIS) dissous en 1992. Le second est le Front du changement (FC), issu du MSP, qui n’a obtenu que 4 sièges.
Ces trois listes obtiennent un total de 58 sièges alors même que chacune d’entre elles proclamait depuis des semaines, voire des mois pour ce qui est du MSP, qu’elles remporteraient l’élection.
Portés, pensaient-ils, par la vague du « printemps arabe », les islamistes algériens considéraient que la victoire ne pouvait leur échapper. C’est donc tout naturellement qu’ils s’apprêtaient à gouverner. La déception n’en est que plus grande.
Absence d’alternative
Grande déception également du côté du Parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoune qui n’obtient que 17 sièges alors qu’elle fait partie des formations qui ont mobilisé le plus largement au cours de la campagne électorale.
Le reste des partis (20 ) obtiennent de 1 à 9 sièges. L’opposition devrait donc y être faible numériquement, divisée politiquement et atomisée en de multiples formations.
On note ainsi l’absence d’alternative politique consistante. Cette situation particulière marquée par une domination sans partage des partis du président et la faiblesse de l’opposition amène certains observateurs à parler de « système politique bloqué ».
Percée historique des femmes
Avec ce résultat (31,38%) l’Algérie se classe désormais première en Afrique du Nord, en matière de représentativité féminine au Parlement. La Tunisie, qui était plus en avance, connaît un taux de 29% alors que le Maroc n’atteint que 17%. Loin derrière, Égypte compte 2% de députées à l’Assemblée constituante.
Cette progression remarquable du nombre de femmes députées, toutes tendances confondues, met fin à une situation marquée par un déséquilibre entre la présence de plus en plus affirmée des femmes dans le monde du travail et leur faible présence dans les institutions élues de l’Etat (APN, Assemblée populaire communales, Assemblées populaires de wilaya).
Cet état de fait était d’autant plus problématique que les femmes dominent désormais dans nombre de secteurs (éducation, santé…).
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Satisfecit des partenaires étrangers
Des nuances sensibles se font jour entre l’appréciation du Qatar ou de la Tunisie et celles de l’UE ou des États-Unis qui parlent d’avancées sur la voie de réformes démocratiques encore à accomplir, ce qui suggère que le scrutin n’a pas encore atteint les standards internationaux.
Certains analystes considèrent que les grandes puissances entendent éviter de déstabiliser l’Algérie au moment où la situation dans la région s’avère des plus incertaines (Libye, Mali…).
Quelles que soient les réserves et critiques adressées aux autorités algériennes leurs partenaires étrangers font preuve de pragmatisme et de retenue, à l’image des observateurs étrangers.
La question de la crédibilité du scrutin en débat
Les partis politiques ont en effet dénoncé la fraude plus ou moins généralisée qui a vu un « FLN en pleine crise interne » rafler la quasi-majorité des sièges de l’APN. De nombreux et divers cas de dépassements et d’irrégularités ont été recensés par la Commission nationale de surveillance des élections législatives (CNSEL). Elles feront l’objet d’un rapport qui sera publié ces jours-ci.
Toutes ces plaintes ont jeté une ombre sur la régularité du scrutin et réveillé les vieux démons de la fraude.