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S&P livre son analyse de la conjoncture monétaire et financière turque


Pour l'agence de notation S&P, le risque de récession prolongée succède désormais au scénario de la "peur de la surchauffe" en Turquie.


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La politique économique et monétaire de la Turquie devient de moins en moins prévisible (photo : F.Dubessy)
La politique économique et monétaire de la Turquie devient de moins en moins prévisible (photo : F.Dubessy)
TURQUIE. Volatilité de la livre turque, affaiblissement des institutions avec une concentration des pouvoirs entre les mains du président réélu Recep Tayyip Erdogan, tensions commerciales avec les États-Unis, la politique économique et monétaire de la Turquie devient de moins en moins prévisible. La forte inflation cumulée avec l'arrêt de la poursuite de la croissance affolent les observateurs.

Dans ce cadre, S&P présente, dans un texte de dix pages publié mardi 21 août 2018, une analyse plutôt alarmiste sur la situation et l'avenir de l'économie du pays.
L'agence américaine vient d'ailleurs, vendredi 18 août 2018, de baisser la note de crédit du pays de B+ à BB- tout comme, le même jour sa consoeur Moody's de Ba2 à Ba3. Cette dernière assortit sa note d'une perspective négative alors que S&P maintient toutefois une perspective stable.

"Dans une économie aussi dollarisée que la Turquie, les crises monétaires deviennent des crises de solvabilité", indique S&P alors que la livre turque a perdu plus de 20% de sa valeur par rapport au dollar depuis le début de l'année 2018. "La Turquie dépend de longue date de la dette extérieure pour financer sa croissance interne; une sur-stimulation procyclique de l’économie par les décideurs politiques dans la perspective des élections parlementaires et élections présidentielles; et la politique monétaire assouplie de la Banque centrale de Turquie ont joué leur rôle. En effet, nous pensons maintenant que le scénario de la "peur de la surchauffe " a déjà été dépassé par les événements. Le risque pour l'économie turque est désormais le contraire. C'est le risque de récession prolongée", prédit l'agence.

Selon cette analyse, la croissance, de plus de 5% au cours des trois dernières années, va se contracter à 0,5% en 2019 à cause d'une  forte baisse de la consommation et des investissements. "Nous prévoyons que l'inflation atteigne plus de 20% et le taux de chômage 12%" en 2019.

15% de prêts à problèmes

Malgré des réserves en devises étrangères évaluées à près de 100 mrds$ (14,5% du PIB en 2018), S&P estime que "la Banque centrale de Turquie ne disposera pas des moyens pour contrer par des interventions les risques de balance des paiements". Elle ne pourra y consacrer que 28 mrds$ (4% du PIB).

S&P qualifie de "faible" la probabilité d'instauration par le gouvernement turc d'un contrôle des flux de capitaux pour les non-résidents. "L'économie de la Turquie a besoin d'entrées d'investissements externes nets pour financer ses déficits en compte courant et pour reconduire le stock de la dette extérieure existante". Ankara s'orienterait plus vers un contrôles des capitaux sur le marché intérieur, "à cause des pressions sur le financement de nombreuses banques commerciales turques".

"La forte dépréciation de la livre entrave de plus en plus les emprunteurs du secteur privé dans leur capacité à rembourser leur dette, dont une grande partie se trouve en devise et détenue par les banques turques", constatent les rédacteurs de cette note. Plusieurs conglomérats locaux ont déjà du restructurer leurs prêts au cours du premier semestre 2018, d'autres discutent actuellement avec leurs banques un rééchelonnement de leurs emprunts. "Nous pensons que que le pourcentage de prêts à problèmes (prêts non performants et prêts douteux restructurés) est à deux chiffres et pourrait atteindre les 15% dans les vingt-quatre prochains mois, sauf choc supplémentaire ou dépréciation de la livre plus importante que prévue. Dans le cas d'une situation plus défavorable, le nombre pourrait être plus élevé".

Le FMI à la rescousse ?

Les banques restent particulièrement exposées dans le secteur de l'énergie (à hauteur de 50 mrds$ au 30 juin 2018) et celui de la construction (10% des prêts bancaires en mars 2018).

Quant aux banques étrangères (192 mrds$ de risque total au 31 mars 2018), S&P cite parmi les plus exposées Al Baraka Banking Group (ABG) - qui dispose d'une importante filiale en Turquie - mais aussi Banco Bilbao Vizcaya Argentaria, S.A. (BBVA), UniCredit S.p.A, BNP Paribas S.A., ING Bank NV et HSBC Holdings plc.

Revenant sur une possible négociation d'un programme de soutien avec le Fonds monétaire international (FMI), l'agence américaine souligne que ceci marquerait "une expression claire de la détermination des autorités à s'attaquer aux causes profondes des problèmes en cours".



Mardi 21 Août 2018

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