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Rym Ayadi : "Il faut impliquer les jeunes économistes dans les défis économiques méditerranéens"


Coordinatrice scientifique de l'Emnes, Euro-Mediterranean network for economic studies, et présidente de l'EMEA (Euro-Mediterranean Economists Associations) basée à Barcelone, Rym Ayadi veut donner la priorité aux jeunes méditerranéens dans ses travaux comme dans son réseau. Rencontrées lors de de la conférence annuelle du Forum euro-méditerranéen des instituts de sciences économiques (Femise du 7 au 9 février 2018 à Malte), elle évoque les pistes de réflexion des études menées par l'Emnes. La prochaine conférence de l'Emnes se déroulera les 9 et 10 mai en Jordanie toujours sur la thématique de la recherche de nouveaux modèles de développement socio-économiques inclusifs et durables.



Rym Ayadi concentre ses travaux sur les jeunes et notamment l'emploi des jeunes (photo : F.Dubessy)
Rym Ayadi concentre ses travaux sur les jeunes et notamment l'emploi des jeunes (photo : F.Dubessy)
econostrum.info : Quelles sont les activités de l'Emnes ?

Rym Ayadi : L'Emnes, Euro-Mediterranean Network for Economic Studies, est un réseau méditerranéen d'instituts de recherche en sciences économiques et économie politique qui existe depuis 2015. L'idée est de développer une nouvelle philosophie pour permettre aux jeunes économistes de s'impliquer davantage dans les défis économique de notre société - surtout après le printemps arabe - et dans les décisions économiques dans leurs pays. Nous effectuons cela en forte connexion avec ce que fait l'Union européenne dans ces pays là pour pousser les réformes économiques dans le cadre de la transition en marche.

Nous nous assurons que ces chercheurs, ces économistes, collaborent entre eux. Nous travaillons désormais avec plusieurs pays, Tunisie, Maroc, Égypte, Jordanie, Algérie et Palestine, sur les piliers d'un modèle socio-économique inclusif et durable. Nous avons une approche totalement ouverte avec une philosophie de copropriété et de codéveloppement. Tous nos partenaires travaillent non seulement au sein de l'équipe sur les quatre années de développement de la programmation de l'Emnes mais aussi en étroite collaboration avec les autres membres sous ma coordination scientifique ainsi qu'avec les autres équipes des pays européens.

"Définir le rôle des institutions pour un modèle plus inclusif et durable"

Combien êtes-vous de membres et comment êtes-vous financés ?

R.A. : Nous sommes maintenant soixante-dix chercheurs et nous sommes financés à 80% par la Commission européenne grâce à une subvention obtenue en 2015. Les 20% restants sont apportés en partie par l'Association des économistes européens et les membres qui financent en nature.

Comment se concrétise votre travail ?

R.A. : Nous produisons des papiers de recherche sur le rôle des institutions et les réformes institutionnelles. Sans gouvernance, il est compliqué de pousser vers un modèle ou un autre. Nous explorons, évaluons et proposons de nouvelles idées pour définir le rôle des institutions dans la mise en place d'un modèle plus inclusif et durable qui vise l'emploi et surtout l'emploi des jeunes. Dans notre action, le rôle des jeunes est essentiel. Nous cherchons à savoir comment améliorer la situation des jeunes qui se trouvent au chômage. Malgré leur forte éducation, ils n'arrivent pas à en profiter et ne peuvent pas espérer un avenir dans leur pays.
Nous voulons régler ce dysfonctionnement du marché du travail, du secteur privé, car la demande n'est pas là, du secteur public saturé et endetté qui ne peut plus absorber cette main d'oeuvre.
Il s'agit d'un défi commun entre les pays européens et ceux du Sud de la Méditerranée. Les solutions doivent se trouver en collaboration.

Nous réfléchissons à de nouveaux modèles empiriques ou théoriques pour intégrer les nouveaux facteurs de développement et essayer de voir comment nous pouvons aller dans la troisième phase, celle de la policy road map (NDLR : feuille de route politique), un aboutissement d'un travail de trois ans. L'Emnes a désormais des partenaires impliqués dans le gouvernement, un ministre de l'Education supérieure en Tunisie et un ministre du Plan en Égypte. Ceci est excellent pour nous. Les jeunes professeurs et les jeunes économistes doivent s'engager pour publier dans les revues scientifiques d'abord, mais aussi pour proposer des voies pertinentes aux décideurs, à la société civile et au secteur privé.

"Faire se rencontrer la demande et l'offre dans le monde du travail"

Les entreprises ont aussi leur rôle à jouer ?

R.A. : Il faut arrêter au Sud de la Méditerranée de penser que des grandes entreprises vont venir et créer énormément d'emplois car la réalité est toute autre. Les micros, petites et moyennes entreprises disposent de vraiment beaucoup de possibilités sur lesquelles nous devons nous appuyer. Il faudrait comprendre pourquoi ces Pme n'arrivent pas à augmenter leur capacité d'employabilité. Et trouver après des solutions pour qu'elles puissent absorber cette capacité de main d'oeuvre. Les Pme disent que malgré les diplômes des jeunes, elles sont encore obligée de les former. Et qu'après, une fois formés, ils partent. Et bien qu'ils partent ! Et alors il faut en former d'autres et encore d'autres. Ceci doit être une vraie dynamique.

J'enseigne à HEC Montréal. Dans cette école, les étudiants trouvent du travail car il existe des programmes avec les universités pour obtenir des stages financés par des organismes publics ou privés qui leur permettent de faire leur preuve et d'être employés dès la sortie des études. Il faut d'ailleurs aussi inculquer l'esprit entrepreneurial aux jeunes dès le système éducatif.

Et c'est là que l'importance de l'éducation prend tout son sens mais aussi son adaptation au marché du travail ?

R.A. : Prenons l'exemple de la Tunisie, les jeunes sortant d'un troisième cycle trouvent des emplois avec un salaire qui ne correspond pas à leur valeur. Ils sont surdiplômés. Ceci a un coût énorme pour eux mais aussi pour l'Etat. Et reste un vrai problème. Il faut trouver un moyen de faire se rencontrer la demande et l'offre, ce qui n'existe pas, malheureusement, dans ces pays.

Nous sommes en train d'évaluer les politiques nationales du marché de travail mais aussi la migration de l'emploi. Clairement, il faut traiter cela d'une manière collaborative entre les pays de l'Union européenne et les pays du sud de la Méditerranée.


Frédéric Dubessy, à LA VALETTE (MALTE)


Mardi 27 Février 2018



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