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Ruée sur le marché de l'électricité en Espagne


Rédigé par , le Vendredi 5 Septembre 2014 - Lu 3405 fois

La libéralisation du marché de l'électricité, entamée par le gouvernement de Mariano Rajoy, attire un nombre record d'entreprises sur ce secteur d'activité. 167 entreprises sont actuellement en compétition pour offrir essentiellement des services de commercialisation, puisque les opérateurs ne sont pas tenus d'être producteurs. Un record en Méditerranée comme en Europe.


Un secteur en mutation (photo Endesa)
Un secteur en mutation (photo Endesa)
ESPAGNE. « Aussi difficile à comprendre qu'une facture d’électricité »... La métaphore est en passe de devenir une expression courante en Espagne. Car cet exercice devient un véritable casse-tête pour les consommateurs depuis l'entrée en vigueur du nouveau système de tarification, le 1er avril 2014, avec un calcul en fonction des heures de consommation, puisque le prix de l'électricité est désormais indexé sur l'évolution du marché en temps réel... La confusion, et par voie de conséquence le mécontentement des usagers s'avère contraire aux intentions de la réforme tarifaire du gouvernement de Mariano Rajoy, qui vise à faire baisser le prix de l'électricité, particulièrement élevé en Espagne.

Ceci s'explique essentiellement par la dépendance énergétique du pays. Le coût moyen du mégawattheure (MWh) atteignait en effet en 2013 les 127,80 € (soit à peu près le double par rapport à la France). Les derniers chiffres du Réseau Électrique Espagnol donnent raison au chef du gouvernement, puisque le prix moyen de l'électricité en Espagne a diminué de 25% en 2014, pour tomber en septembre 2014 à 95,63 €/MWh. Même si les spécialistes de ce segment énergétique prévoient une nouvelle hausse au cours du dernier trimestre de l’année, à cause de la recrudescence de la demande hivernale. 

Brouillamini sur les prix (photo F. Matéo)
Brouillamini sur les prix (photo F. Matéo)

Flambée de l'offre

Tous ces changements naissent de la libéralisation du marché de l’électricité, mise en œuvre voici un an par le ministre espagnol de l’industrie, José Manuel Soria, et dont les effets commencent à peine à se faire sentir. Et pas seulement par les consommateurs, puisque la Commission Nationale des Marchés et de la Concurrence (CNMC), organisme régulateur, constate de son côté que cette ouverture à la concurrence a provoqué une grande excitation des opérateurs, avec une flambée du nombre d'entreprises présentes sur ce secteur d'activité.

167 sociétés de toutes tailles se concurrencent pour offrir des services de commercialisation d’électricité en Espagne. Une inflation de l’offre d'autant plus grande que les opérateurs ne sont pas tenus d'être producteurs. L'Espagne est devenue ainsi le plus grand marché de l’électricité, en Méditerranée comme en Europe. À titre de comparaison, quarante sociétés se partagent ce segment d'activité en Italie, contre neuf en France... et seulement six en Grèce! En ce sens, l'Espagne anticipe sans doute une tendance qui pourrait se généraliser, puisque la libéralisation des services d'électricité va dans le sens de la politique énergétique de l'Union européenne.

Opérateurs de toutes origines

La nouvelle politique de tarification espagnole, qui se veut un premier pas avant de donner davantage de latitude aux entreprises, a donc créé un puisant « appel d'air » autour des cinq grands opérateurs du marché de l’électricité en Espagne : Endesa, Iberdrola, Gas Natural Fenosa, E.ON et EDP España. Et ce n'est pas fini : une centaine de licences restent encore à distribuer parmi les nombreux candidats qui frappent à la porte de ce nouveau marché, où l'on retrouve des sociétés de diverses origines.

L'un des derniers venus n'est autre que Telefonica, opérateur national de téléphonie, qui s’attaque au segment des grands comptes : « Notre offre énergétique est complémentaire à notre activité historique, puisque nous proposons aux grandes sociétés qui font partie de notre clientèle de revoir leurs équipements et leurs organisations pour les aider à réduire sensiblement leurs dépenses », explique-t-on au service marketing du groupe de Telefonica. 

Paradoxalement, ces offres de services prolifèrent dans un contexte de réorganisation du secteur qui a mis à mal à la fois les plus gros opérateurs historiques, comme les petits producteurs d’énergies renouvelables. Pour une raison commune : la chute brutale des subventions. « Les règles du jeu ont changé en plein milieu de la partie, et cela va mettre en péril 80% des installations photovoltaïques qui ont été financées par des crédits bancaires désormais intenables », prédit Miguel Angel Martinez Aroca, président de l'AMPIER (Association Nationale des Producteurs d'Énergie Photovoltaïque).

Car, la réduction drastique des aides d’État sur ce segment a provoqué une chute de la rentabilité de l'énergie photovoltaïque à 7,5% (50% de moins qu'il y a six ans). Une préoccupation que partage aussi Eduardo Montes, président de l'association patronale Unesa, réunissant les cinq géants de ce marché de l'électricité espagnol. Du coup, la libéralisation du marché de l'électricité en Espagne risque de se faire sur le dos des énergies renouvelables. Et cela n'est pas vraiment une bonne nouvelle pour un pays qui serait alors encore plus dépendant des énergies fossiles et des approvisionnements externes.
 




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