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Redistribution des cartes de l'activité cimentière en Méditerranée

Par Sylvie Doutres, cogérante de DSG Consultants



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Redistribution des cartes de l'activité cimentière en Méditerranée
La consommation de ciment est un bon indicateur de la santé d’un pays et de son niveau de développement car, liée à l’évolution du marché de la construction, elle est fortement corrélée à la croissance des populations et de leur richesse.

La production de ciment est difficile à ajuster à la demande en temps réel. Ainsi, un surplus de production entrainera une augmentation des exportations pour conserver le tissu industriel d’un pays. Cette situation a été vécue par les pays d’Europe du Sud (Grèce, Espagne, Portugal, Italie) depuis 2008. A l’inverse, un déficit de production face au fort besoin d’un marché sera couvert, à court terme, par l’importation, avant la mise en route de nouvelles usines. C’est le cas notamment en Algérie, marché en croissance fortement importateur car de nouvelles cimenteries tardent à voir le jour.

De ces déséquilibres naissent les échanges internationaux de ciment. La Méditerranée y occupe un rôle clé. La situation économique des pays riverains a donc des répercussions importantes sur le trading du ciment, au niveau mondial. Panorama rapide des changements observés en 2015.

Reprise timide des marchés d’Europe du Sud

Plus touchés par la crise économique que les autres pays de l’UE-28, les pays d’Europe du Sud, tels la Grèce, l’Espagne ou le Portugal ont fortement diminué leur consommation de ciment depuis 2008. La demande espagnole, par exemple, a chuté de 75% passant de 42,7 millions de tonnes (Mt) en 2008 à 10,78 Mt fin 2014. Au cours de la même période, sa capacité de production a atteint 51,5 Mt par an, soit un surplus considérable, avec pour conséquence la mise en sommeil ou fermeture de plusieurs usines. L’exportation s’est alors imposée comme la solution pour limiter la casse. Entre 2012 et 2014, les cimentiers espagnols ont accru leurs ventes à l’étranger de 40%, passant de 6 à 8,5 Mt exportées à fin 2014. Une situation similaire a été enregistrée par la Grèce et le Portugal et, dans une moindre mesure, l’Italie.

Depuis 2014, on note une légère reprise dans la majorité des pays de l’UE-28 avec un taux de croissance moyen qui devrait s’établir à 1.8% en 2015 et 2% pour les deux prochaines années. Cela s’est traduit dans les pays d’Europe du Sud par une légère hausse de la demande intérieure de ciment et un ralentissement des exportations. A fin juin 2015, la Grèce, l’Espagne et le Portugal affichaient respectivement des baisses de 14%, 9%, et 6% de leurs exportations.

La situation reste toutefois fragile et conditionnée au maintien des cours du pétrole bas et d’un euro faible, facteurs favorables aux économies européennes. Le ralentissement de la croissance dans les pays émergents (notamment en Chine) pourrait toutefois précariser cette timide reprise.

Méditerranée orientale affectée par les conflits régionaux

En Turquie, principal pays exportateur de Méditerranée, les exportations de ciment chutent depuis 2012, passant de 12,5 Mt à 9,9 Mt en 2014. Ceci s’explique par la bonne tenue du marché domestique mais surtout la diminution des échanges vers ses partenaires commerciaux régionaux habituels, en conflit (Syrie, Irak, Libye), en crise (Europe du Sud) ou sous le coup de mesures protectionnistes (Russie).

En 2015, la situation se durcit pour les cimentiers turcs tant sur le marché national qu’international: la consommation de ciment dégringole de 9% à fin juin malgré une croissance du PNB qui pourrait atteindre 4% en fin d’année. Les investissements publics ont été ralentis en raison des élections présidentielles. Et, la chute des exportations se poursuit dans un contexte régional instable.

Les pays d’Afrique du Nord, notamment l’Algérie et la Libye, constituent des destinations clés pour les cimentiers méditerranéens.

En Algérie, la demande intérieure est soutenue par la commande publique depuis 2012. Elle a atteint quelque 27 Mt fin 2014, contre 23 Mt de capacité de production installée. Ce déficit, qui ne serait résorbé au mieux qu’en 2016, fait de l’Algérie, le principal pays importateur de ciment en Méditerranée (5,2 Mt importées en 2014). Au cours du premier semestre 2015, les importations de ciment stagnent par rapport à la même période en 2014. Cet essoufflement traduit la volonté du gouvernement algérien de diminuer le poids des importations face à chute des revenus du pétrole. En parallèle, on note la montée en puissance des échanges Sud-Sud en provenance de Tunisie et du Maroc (22,5% du total des importations semestrielles contre 16% en 2014), notamment au détriment des exportateurs espagnols, moins compétitifs.

En Libye, les tensions et l’insécurité n’encouragent pas les investissements ni la construction et, par conséquent, les importations de ciment. Les exportateurs européens sont peu nombreux sur ce marché où les échanges sud-sud, notamment d’Égypte ou de Tunisie, dominent.

D’une manière générale, les pays producteurs de pétrole enregistrent pour 2015 un ralentissement de leurs économies et freinent investissements et importations de ciment.

Concentration des acteurs pour une meilleure rentabilité

Les cimentiers dont l’activité était encore trop centrée sur les marchés matures, comme l’Europe, se relèvent péniblement de la crise mondiale. Malgré des coupes budgétaires drastiques, leur rentabilité n’était plus assurée. En 2015, on a donc assisté à plusieurs mouvements d’entreprises qui remodèlent le paysage cimentier européen et méditerranéen: la fusion Lafarge Holcim et le rachat de certains de leurs actifs par CRH; l’acquisition par Heidelberg Cement d’Italcementi ; la vente par Cemex de plusieurs usines en Europe…

Les synergies et le cash engendrés par ces opérations devraient permettre à ces groupes de retrouver une meilleure santé financière et de se développer sur les marchés émergents et en croissance. Pour optimiser l’utilisation de leurs actifs, les « nouveaux » groupes devraient accroître les échanges maritimes de ciment, entre marchés excédentaires et déficitaires, selon leur niveau de prix.
Dans ce contexte, le nouveau challenge des cimentiers méditerranéens pourrait être d’améliorer leurs performances logistiques et réduire leurs coûts sur l’ensemble de la chaîne de transport pour demeurer compétitifs. Une exigence indispensable à leur développement au-delà de la Méditerranée.

Vendredi 8 Janvier 2016









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