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Recep Tayyip Erdogan propose une conférence régionale sur le conflit en Méditerranée orientale




MÉDITERRANÉE. Après avoir montré leurs gros bras, s'être défoulés dans de violentes diatribes à la limite de l'injure entre chefs d'Etat, multiplié les épisodes d'intimidation et d'actes forts (le dernier étant les sanctions prononcées par le Conseil européen contre une compagnie maritime turque), l'heure semble être à l'apaisement entre la Turquie et les pays européens dans le conflit en Méditerranée orientale.

Les relations d'Ankara s'étaient distendues, particulièrement avec la Grèce, Chypre et la France, depuis août 2020. Allant jusqu'à l'organisation de manoeuvres militaires par Athènes et Nicosie et un déploiement militaire de Paris, laissant craindre un point de non-retour. Tout a commencé avec l'incursion dans des eaux litigieuses entre la Grèce et Chypre (dans ce qu'Athènes considère comme sa Zone économique exclusive - ZEE) d'un navire de prospection turc s'intéressant au fort potentiel de gisements de gaz. S'il a rejoint depuis son port, deux autres continuent leurs investigations. Malgré l'exigence des diverses instances européennes que la Turquie cesse immédiatement ces activités illégales de forage.
Dans une résolution votée le 17 septembre 2020, les députés européens demandaient aux vingt-sept chefs d'Etat de l'UE de "se tenir prêt à mettre en place de nouvelles mesures restrictives sectorielles et ciblées qui n'auraient pas d'impact négatif sur la population turque ou les réfugiés qui résident dans le pays". Ils relayaient le message de la déclaration finale du Sommet MED7 (Chypre, Espagne, France, Grèce, Italie, Malte, Portugal) du 10 septembre 2020 à Porticcio (près d'Ajaccio). Et ce, à quelques jours d'un Conseil européen extraordinaire les 24 et 25 septembre 2020 à Bruxelles avec comme thème ce conflit.
Le Parlement européen indiquait dans sa résolution : "la désescalade en Méditerranée orientale est dans notre intérêt mutuel". Dont acte.

Une rencontre turco-grecque "bientôt" à Istanbul

Recep Tayyip Erdogan s'est voulu ouvert au dialogue lors son intervention à l'Onu (photo : Onu/Eskinder Debebe)
Recep Tayyip Erdogan s'est voulu ouvert au dialogue lors son intervention à l'Onu (photo : Onu/Eskinder Debebe)
Aujourd'hui, la tension baisse donc d'un cran comme le prouvent les déclarations de ces dernières 24h. Et quoi de mieux qu'une tribune à l'Onu, à l'occasion de soixante-quinze ans de l'institution, pour débuter ces actes de contrition. Mardi 22 septembre 2020 dans un message diffusé aux Nations unies, Recep Tayyip Erdogan a donc proposé la tenue d'une conférence régionale pour régler les litiges territoriaux en Méditerranée orientale qui enveniment depuis des mois les relations entre Ankara et l'Union européenne.

Dans le même temps, le président turc annonçait, lors d'un entretien avec Angela Merkel -, la chancelière allemande se posant comme médiatrice - que son pays et la Grèce étaient "prêts pour commencer des pourparlers exploratoires" (sic) sur leurs différents. Il affirmait se préparer à rencontrer Kyriakos Mitsotakis, premier ministre grec. Une information confirmée par le ministre grec des Affaires étrangères précisant que le dialogue se déroulerait "bientôt" et en précisant même le lieu : Istanbul. Il s'agirait des premiers palabres depuis 2016 entre les deux pays, en délicatesse sur de nombreux sujets. Le point d'orgue de la discorde moderne date de la partition de facto de Chypre durant l'été 1974, après l'intervention turque en réponse à une tentative de coup d'Etat sur l'île orchestrée par la dictature des colonels d'Athènes, qui marquera d'ailleurs la fin de ce régime.

Entretien entre les présidents turc et français

Enfin, Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan se sont entretenus par téléphone, mardi 22 septembre 2020 au soir, sur ces tensions en Méditerranée occidentale. L'information issue de l'Elysée a été relayée par l'Office de communication de la présidence turque. Ce dernier précise dans un communiqué que le président français se trouvait à l'initiative de cette conversation portant "sur les relations turco-françaises, les relations Turquie-UE et les développements régionaux, dont la Méditerranée orientale".

Au cours de cet appel, le président turc a réaffirmé que la situation avait pour cause le mépris des droits de la Turquie et des Chypriotes turcs dans la région. Il avouait ne pas comprendre le soutien de la France aux "revendications maximalistes et les démarches de la Grèce et du secteur chypriote grec" qu'il accuse d'être à l'origine de l'escalade. Il a aussi indiqué à nouveau qu'il ne convoitait nullement les terres d'autrui mais continuerait de défendre ses propres droits. "Comme toujours, nous sommes pour le dialogue et la coopération pour la résolution des questions. Pour réduire la tension, il faut saisir les opportunités de diplomatie et mettre en vigueur les processus de négociations durables. Nous souhaitons discuter et résoudre toutes les questions à la table", déclarait-il à son interlocuteur. Recep Tayyip Erdogan aurait même suggéré la mise en place d'un mécanisme permanent de consultation et de communication turco-français.

"Construction indispensable d'une Pax Mediterranea"

De son côté, Emmanuel Macron, selon l'Elysée, a appelé son homologue à s'engager "sans ambiguïté dans la construction d'un nouvel espace de paix et de coopération en Méditerranée." Dans son discours vidéo, mardi 22 septembre 2020 à l'Onu, le président français insistait sur la nécessité en Méditerranée orientale de "réengager un dialogue efficace et clarifier pour éviter un nouvel espace de confrontation et de remise en cause du droit international." Emmanuel Macron soulignait également, "nous respectons la Turquie, nous sommes prêts au dialogue avec elle, mais nous attendrons qu'elle respecte la souveraineté européenne, le droit international et apporte des clarifications sur son action en Libye comme en Syrie. Les insultes sont inopérantes. Et toutes ces paroles et tous ces actes n'ont pas leur place dans des relations responsables entre Etat."
Evoquant l'"appel à la responsabilité que l'Europe a voulu lui lancer", il poursuivait par écrans interposés à la tribune new-yorkaise : "nous, Européens, sommes prêts au dialogue, à la construction indispensable d'une Pax Mediterranea, mais pas au prix de l'intimidation, pas au prix de la logique du plus fort, dans le respect du droit international, de la coopération et du respect entre alliés. Ces principes sont non négociables."

Un discours ferme, mais plus ouvert néanmoins que ses précédentes déclaration. Alors qu'il se rendait au Sommet MED7, il n'avait pas hésité à lâcher un lapidaire : "Force est de constater que la Turquie n'est plus un partenaire dans cette région ." En écho, la réponse de Recep Tayyip Erdogan avait qualifié Emmanuel Macron de "prétendu Napoléon en campagne méditerranéenne. "

Après les invectives, la diplomatie semble reprendre ses droits. La tenue d'un Conseil européen, les 24 et 25 septembre 2020 à Bruxelles, sur le sujet de l'attitude de la Turquie en Méditerranée orientale avec au menu l'étude de sanctions contre Ankara, ne doit pas être étrangère à ce retour à des propos plus amènes entre chefs d'Etat.

Mercredi 23 Septembre 2020

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Razika Adnani, philosophe et spécialiste des questions liées à l'islam, membre du Conseil d'orientation de la fondation de l'Islam de France, du Conseil scientifique du CEFR et du groupe d'analyse JFC Conseil
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