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Recep Tayyip Erdogan affirme vouloir "empêcher le sabotage des relations Turquie-Europe"


Rédigé par , le Vendredi 14 Janvier 2022 - Lu 1275 fois


Entouré par ses ministres, Recep Tayyip Erdogan a appelé les Européens à sortir de leur "myopie stratégique" (photo: Présidence de la Turquie)
Entouré par ses ministres, Recep Tayyip Erdogan a appelé les Européens à sortir de leur "myopie stratégique" (photo: Présidence de la Turquie)
TURQUIE / UE. S'exprimant jeudi 13 janvier 2022 face aux ambassadeurs des États membres de l'Union européenne (UE) en poste à Ankara, Recep Tayyip Erdogan a tenu à rappeler l'intérêt du partenariat entre la Turquie et l'Union européenne. Le président turc a indiqué que son pays "fait partie du continent européen d'un point de vue géographique, historique et social" et qu'il est "déterminé à atteindre son objectif d'adhésion à l'UE", mené depuis cinq décennies. "Malgré toutes les injustices dont nous avons été victimes, l'UE reste notre priorité stratégique. Nous poursuivons d'ailleurs nos efforts dans ce sens", souligne-t-il.

"Avec les fonds européens de 9,2 mrds€ alloués à notre pays au cours des vingt dernières années, près de 900 projets de grande envergure ont été réalisés. Tous ces projets sont à notre avantage mutuel. Il est clair que nous servirons nos intérêts communs si l'UE augmente le montant des fonds alloués à la Turquie dans le cadre de l'instrument d'aide de préadhésion dans les années à venir", assure-t-il. En septembre 2021, le Conseil de l'Union européenne donnait son feu vert définitif pour débloquer une somme de 14,2 mrds€ sur sept ans (2021-2027) à huit pays dont la Turquie pour financer leur préadhésion. L'idée était discutée depuis juin 2018. L'aide sera répartie non pas par pays, mais selon les priorités thématiques. Ceci explique sans doute pourquoi le chef d'État a tenu à préciser qu'un plan d'action national pour l'adhésion à l'UE - s'appuyant sur d'autres programmes (droits de l'homme, violence contre les femmes, réforme judiciaire, coopération financière, environnement...) - couvrant la période 2021-2023 était engagé.

"Sortir de la myopie stratégique"

Recep Tayyip Erdogan regrette le peu d'entrain de l'UE à son égard. "Outre les sommets de haut niveau, nous avons organisé des réunions de dialogue sur le climat, la sécurité, la migration et la santé. J'ai le regret de dire que nous n'avons pas obtenu la réponse que nous attendions de l'UE à toutes ces mesures que nous avons prises. Afin de ne pas actualiser cet agenda positif, notamment la mise à jour de l'Union douanière, des tactiques dilatoires ont été utilisées contre nous", s'est-il plaint.

"En tant que pays candidat à la négociation, nous sommes prêts à renforcer notre coopération et notre dialogue avec l'UE. Il est dans notre intérêt commun d'agir dans une perspective à long terme, sans préjugés ni craintes. J'attends tout particulièrement de vous que vous souteniez l'ouverture d'une nouvelle page dans les relations entre la Turquie et l'UE par vos conseils à Bruxelles et dans vos propres capitales", demande Recep Tayyip Erdogan aux ambassadeurs présents.

Il les a invité à sortir de leur "myopie stratégique" et à "agir courageusement" en faveur des relations avec la Turquie. "Malgré toutes les injustices auxquelles nous avons été confrontés, l'UE demeure notre priorité stratégique. Nos efforts vont se poursuivre dans ce sens", insiste-t-il.

"Partage équitable du fardeau et de la responsabilité" sur le dossier des migrations

Dans son discours, le président turc pointe "les dissociations politiques, géographiques et économiques au sein de l'UE devenues plus explicites" depuis la crise de la pandémie. Selon lui, "cet environnement a fait que de nombreuses questions importantes, qui sont à l'ordre du jour de l'UE, ont été laissées de côté. Malheureusement, l'UE n'a pris aucune mesure notable face à de nombreux problèmes profondément enracinés, notamment l'établissement d'une politique migratoire commune, la xénophobie et l'animosité envers l'Islam." Le chef de l'État cite notamment le rôle actif de son pays dans la crise migratoire.

"Toute personne consciencieuse reconnaîtra que la Syrie et l'Europe auraient été confrontées à une situation bien plus différente aujourd'hui sans les efforts extraordinaires de la Turquie. La crise migratoire se serait aggravée, le nombre de victimes aurait encore augmenté, la terreur se serait intensifiée et l'instabilité se serait étendue à une géographie plus vaste sans nos efforts", affirme-t-il.

Ankara a bien signé en mars 2016 un accord avec Bruxelles concernant le contrôle des flux migratoires vers l'Europe et a d'ailleurs reçu 6 mrds€ de l'UE pour l'aider à financer l'accueil des réfugiés syriens. Mais Recep Tayyip Erdogan s'en est aussi servi de moyen de pression, ouvrant volontiers les vannes pour laisser sortir les migrants quand les relations avec l'UE se tendaient. "Permettez-moi de répéter ici que tout ce que nous attendons de l'UE concernant la gestion de la migration est le partage équitable du fardeau et de la responsabilité", indique-t-il aujourd'hui.

Erdogan appelle les pays de l'UE à "une introspection sincère"

Le Chef de l'État a également évoqué d'autres points sensibles face aux ambassadeurs européens. Selon lui, "il faut empêcher le sabotage des relations entre la Turquie et l'Europe sous prétexte de solidarité au sein de l'Union. Pour y parvenir, certains États membres devraient cesser de chercher la solution à leurs problèmes avec la Turquie dans les couloirs de l'Union." Il vise clairement son conflit avec la Grèce alimenté par les manœuvres turques d'exploration dans des zones maritimes revendiquées par Athènes et Nicosi, mais aussi le statut de Chypre. 

"Vous savez tous pourquoi les processus de négociation qui se déroulent depuis plus de cinquante ans pour le règlement de la question chypriote n'ont pas abouti. Les Chypriotes grecs n'ont jamais pu se débarrasser de leur mentalité de se considérer comme les seuls propriétaires de l'île et ne tiennent pas compte des Chypriotes turcs", insiste-t-il. "Tout en se faisant le porte-parole de la partie chypriote grecque, l'Union européenne a malheureusement ignoré les droits des Chypriotes turcs, partie inséparable de la même géographie. La politique de deux poids, deux mesures a déjà démontré à chacun d'entre nous que c'est une perte de temps que d'essayer de "faire sécher le linge d'aujourd'hui sous le soleil d'hier", assène Recep Tayyip Erdogan, invitant les pays de l'UE à "se livrer à une introspection sincère" sur ce dossier.

Fin juillet 2021, face aux parlementaires de la partie turque de l'île méditerranéenne, Recep Tayyip Erdogan a plaidé à nouveau pour une solution à deux États. Le Conseil de sécurité de l'Onu a fait savoir, lors d'une réunion entre les Chypriotes grecs et les Chypriote turcs en avril 2021 à Genève, qu'elle préférait une fédération bizonale et bicommunautaire offrant aux deux communautés les pleines garanties de leur égalité politique. Autoproclamée en novembre 1983, la République turque de Chypre du Nord (RTCN) n'est reconnu que par la Turquie dont l'armée occupe 38% du territoire total de l'île.




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