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Dossier Covid-19 - 3.7 Mo - 19/06/2020

Provence-Alpes-Côte d'Azur : Un coup d’arrêt brutal, mais des moyens conjugués pour la reprise


Industrie, emploi, tourisme, BTP… La COVID-19 a infligé à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur une crise totalement inattendue alors que les prévisions laissaient entrevoir une année de croissance. Il faudra du temps pour se relever. Mais les institutions ont mis d’importants moyens pour réduire les impacts et surtout accélérer la relance.


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ArcelorMittal Méditerranée a dû éteindre un de ses deux hauts-fourneaux. Photo JC Barla
ArcelorMittal Méditerranée a dû éteindre un de ses deux hauts-fourneaux. Photo JC Barla
 DOSSIER SPECIAL COVID-19. Quand tombent les chiffres de Pôle emploi le 28 mai 2020, le constat est implacable : l’épidémie de Covid-19 n’affecte pas que les capacités respiratoires des individus. Elle étouffe aussi l’économie.

En trois mois (février, mars, avril), le nombre de demandeurs d’emplois sans activité a augmenté de 32,9% (+ 99 670 personnes), avec des pointes à + 46,7% dans les Hautes-Alpes et + 41,5% dans les Alpes-Maritimes. Les Bouches-du-Rhône restent les moins impactés, à + 20,7%.

La fin de saison tronquée dans les stations de montagne, le printemps passé à se confiner ont durement touché le tourisme, après une année 2019 record : « Nous traçons déjà un trait sur près de 5 milliards d’euros de recettes sur 20 milliards d’euros annuels », indique Renaud Muselier, le président de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans l’industrie, les usines pétrochimiques du pourtour de l’étang de Berre et du golfe de Fos ont tourné entre 50% et 65% de leurs capacités, selon les représentants patronaux (UPE 13, GMIF…) ou les associations professionnelles (Environnement Industrie). ArcelorMittal Méditerranée, dans la sidérurgie, a dû carrément éteindre un de ses deux hauts-fourneaux dès fin mars, l’usine de Fos-sur-Mer qui exporte 90% de sa production d’acier ayant constaté l’effondrement de la demande sur le bassin méditerranéen (Italie, Espagne, Turquie…) où elle expédie. « Cette crise sanitaire s’est doublée d’une crise économique profonde sans précédent », expliquait le directeur de l’unité, Bruno Ribo, pour justifier sa décision.


Perspectives bouleversées

Fin février pourtant, les perspectives pour 2020 s’annonçaient plus que prometteuses. La directrice régionale de la Banque de France en Provence-Alpes-Côte d’Azur annonçait, dans l’enquête menée auprès d’un millier d’entreprises représentatives de toutes tailles, une hausse attendue de près de 3% des chiffres d’affaires et de 8,5% des investissements dans l’industrie, après une croissance cumulée de 15% depuis 2015 ! « Les taux bas incitent les industriels à moderniser leur outil de production », notait Jeannine Roghe.

Aujourd’hui, leur objectif est plutôt d’essayer de le sauver, alors que tous les secteurs qui redémarrent après presque trois mois d’arrêt (BTP, commerce, hôtellerie-restauration, tourisme…) restent soumis à des mesures sanitaires si contraignantes qu’elles les privent de toute visibilité sur un éventuel retour à la rentabilité. Président du Club de la Croisière Marseille-Provence, Jean-François Suhas confie ainsi que les compagnies planchent plutôt sur début 2021 pour remettre une flotte de paquebots à la mer. Mais, le retour au rythme antérieur ne serait pas à attendre avant 2023-2024.

Dans le BTP, les chantiers ont repris avec des conséquences sur les calendriers et les coûts. Fleuron de la filière basé en Provence, NGE revendique donc un plan de relance après l’été pour l’ensemble du secteur.
La saison des croisières est terminée avant d'avoir commencée. Photo FD
La saison des croisières est terminée avant d'avoir commencée. Photo FD

Patriotisme économique encouragé

Pour l’heure, parallèlement aux programmes nationaux impulsés par l’Etat, les collectivités ne lésinent pas sur les moyens financiers afin de permettre aux entreprises de redynamiser leurs activités. Selon une enquête de la CPME sur la région, 86% des dirigeants s’estimaient impactés « fortement », 10% « modérément » et plus d’un sur deux, interrogé avant la fin du confinement, redoutait un risque de faillite.

Après avoir lancé, avec la Banque des Territoires, un « plan d’urgence et de solidarité » doté d'un fonds « Covid Résistance », la Région l’a inséré dans un plan global de relance d’1,4 mrd€, abondé par les intercommunalités, les départements, les métropoles… Le montant intègre sa contribution de 35 M€ au Fonds National de Solidarité de l’Etat. Ce programme de redynamisation combine pour sa seule partie « entreprises » plus de 70 M€ de prêts, garanties bancaires, subventions, avances remboursables, reports d’échéances…

Pour le futur, la Région met en place un fonds de « participation stratégique » de 17 M€ pour la relocalisation d’industries sur le territoire. Plusieurs villes ont instauré des aides, reports ou exonérations pour encourager la reprise du commerce, de la restauration…

Durant toute la crise et encore maintenant, les CCI ont fait office de « guichet unique » pour recueillir sollicitations et interrogations. Président de la CCI de Nice Côte d’Azur, Jean-Pierre Savarino souhaite un « patriotisme économique nécessaire » chez les consommateurs. « Jouer local, c’est vital », ajoute son homologue de la CCI Aix-Marseille-Provence, Jean-Luc Chauvin, en invitant les entreprises régionales à se fournir mutuellement en produits et prestations.


Favoriser la reprise des investissements

L’ampleur de la reprise dépendra aussi de la capacité des collectivités à relancer la commande publique, l’action des mairies ayant été suspendue par un long « entre deux tours » électoral. « Il va falloir des mesures d’aide au secteur industriel », insiste Thierry Chaumont, président de l’UIMM Alpes-Méditerranée. « L’état des carnets de commandes pour 2021 nous inquiète. Le rythme de reprise variera selon les filières.

Le mot « subvention » à l’investissement doit être prononcé », ose son délégué général, Serge Bornarel, soucieux d’accompagner la mutation des TPE-PME industrielles (digitalisation, robotisation, formation…). Délégué régional d’EDF Provence-Alpes-Côte d’Azur, Jacques-Thierry Monti en appelle, lui, à la simplification et l’accélération des procédures administratives pour permettre un lancement plus rapide d’investissements massifs, déjà dans les tiroirs, en particulier dans les nouvelles énergies.
 


Mardi 16 Juin 2020
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