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Premiers coups de pioche pour le Canal d'Istanbul


Rédigé par Eric Apim, le Lundi 28 Juin 2021 - Lu 4513 fois


Le Canal d'Istanbul s'étendra sur 45 km de long (carte : DR)
Le Canal d'Istanbul s'étendra sur 45 km de long (carte : DR)
TURQUIE. Recep Tayyip Erdogan a lancé officiellement, samedi 26 juin 2021, le chantier du Canal d'Istanbul (Kanal Istanbul), nouvelle voie maritime qui permettra aux navires de relier la mer Noire à la mer de Marmara. Situé à l'ouest de la capitale économique du pays, ce détroit artificiel d'une longueur de 45 km, de 275 mètres de large et de 21 mètres de profondeur sera tracé en parallèle au détroit du Bosphore. 

Les bateaux pourront ainsi bénéficier d'une alternative au passage par le détroit du Bosphore, fort embouteillé. Ils sont 41 000 chaque année (dont 10 000 pétroliers) à le franchir et les prévisions font état de 78 000 en 2050. Outre l'allègement du trafic maritime, le Canal d'Istanbul permettra "une réduction du temps d'attente des navires à l'entrée et à la sortie et la résolution des problèmes causés par les difficultés de navigation au Bosphore", insiste le président turc.

"Aujourd'hui, nous tournons une nouvelle page de l'histoire du développement de la Turquie (...) Ce projet donnera un nouveau souffle à notre commerce extérieur", soulignait le président turc à cette occasion. Le démarrage symbolique du chantier a consisté à poser la première pierre, à Sazlidere, de l'un des six ponts qui enjamberont le futur canal.

Les détracteurs du projet dénoncent son coût astronomique, estimé à 12,5 mrds€, mais aussi son impact écologique. Sur le premier point, Recep Tayyip Erdogan répond que "les contributions du canal d'Istanbul à la Turquie sont trop importantes pour être comparées au coût de ce projet." Il affirme que le projet s'autofinancera rapidement grâce aux revenus des navires qui l'emprunteront, mais aussi les recettes du port qui sera construit.

Selon Ekrem Imamoglu, opposant de Recep Tayyip Erdogan et maire d'Istanbul depuis 2019, les terrains bordant le futur canal ont été cédés à des soutiens du président turc. "Il s'agit d'un projet de BTP et d'immobilier (...) La principale raison qui motive Erdogan, c'est l'argent, l'argent et encore l'argent", résume-t-il.

Des critiques d'amiraux et de défenseurs de l'environnement

Recep Tayyip Erdogan lance le projet du Canal d'Istanbul en posant la première pierre d'un pont (photo : Présidence turque)
Recep Tayyip Erdogan lance le projet du Canal d'Istanbul en posant la première pierre d'un pont (photo : Présidence turque)
Le passage sera effectivement payant, ce que dénoncent d'ailleurs plusieurs opposants du président, brandissant la Convention de Montreux. Paraphé en juillet 1936 en Suisse par la France, l'Australie, la Bulgarie, la Grèce, la Roumanie, le Royaume-Uni (et Chypre depuis son indépendance), l'URSS (avec comme successeurs la Russie et l'Ukraine) et la Turquie, ce texte régit la navigation dans les détroits du Bosphore, des Dardanelles ainsi que de la mer Noire. Il impose, notamment, la pleine liberté de circulation des navires de commerce. Et stipule que les pays non-riverains doivent signaler à l’avance le passage de leurs navires qui ne peuvent rester que pour une durée limitée.

Sur cette question, dix amiraux turcs à la retraite avaient été placés en garde à vue début avril 2021 pour avoir signé une lettre ouverte contre le futur canal, indiquant qu'effectivement il menaçait la libre circulation prévue par la Convention. Ces derniers estimaient, avec une centaine d'autres amiraux, "inquiétant" de s'attaquer à un accord "protégeant au mieux les intérêts turcs".
Pour Binali Yildirim, Premier ministre, "ce projet ne viole en aucun cas Montreux."

Les Russes ne voient pas non plus d'un bon œil la finalité de ce chantier. Le canal va en effet permettre la projection des navires de l'Otan - dont la Turquie est pays membre - plus rapidement en mer Noire.

Sur le second argument, les défenseurs de l'environnement s'alarment des risques créées par la future voie d'eau.  Le président turc leur répond : "avec le projet de Canal Istanbul, nous visons principalement à assurer la sécurité de la vie et des biens de nos citoyens d'Istanbul et des environs du Bosphore. Nous avons besoin de ce projet pour sécuriser également le tissu historique et culturel du Bosphore." Il insiste sur le fait que "toutes les étapes du projet ont été conçues conformément à la science."

Le canal d'Istanbul avait été évoqué la première fois en avril 2011 par Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre. Il appartenait à une série d'une centaine de projets pharaoniques (dont le nouvel aéroport, le métro sous le Bosphore ou encore le troisième pont sur le même détroit). Son tracé (voir illustration ci-dessus) avait été dévoilé en janvier 2018 par le ministre des Transports, Ahmet Arslan. Le coupage de ruban était prévu initialement en 2023, pour fêter le centenaire de la République turque. Puis, début 2020, le début des travaux était annoncé dans l'année pour un achèvement en 2026. Aujourd'hui, le président turc promet de "terminer la construction du canal dans six ans."

UN CANAL DÉJÀ HISTORIQUE

Le premier projet de Canal reliant la mer Noire à la mer Marmara date du XVIe siècle avec Soliman le Magnifique.

Depuis, au fil des siècles, l'idée revenait régulièrement à la surface avec pas moins de sept tentatives. Au plus proche de nous, c'est en 1863 que des études sont commandées (sans suite) puis que le Canal est annoncé le 17 janvier 1994 dans une proposition électorale de Bülent Ecevit. Le futur premier ministre (1999 à 2002) deviendra bien député de la province d'Istanbul deux ans plus tard mais la promesse est oubliée.















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