Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

Pour la Méditerranée, le plastique n'est pas fantastique !


Dans son rapport "Pollution plastique en Méditerranée, sortons du piège !", le WWF tire la sonnette d'alarme en constatant que le plastique représente aujourd'hui 95% des déchets sur les plages et en surface de la mer Méditerranée. Le coût économique global des dix à vingt millions de tonnes de plastiques qui finissent leurs jours dans les océans est évalué à 13 mrds€.



Les déchets plastiques en mer menanent la faune (photo : WWF / Troy Mayne)
Les déchets plastiques en mer menanent la faune (photo : WWF / Troy Mayne)
MEDITERRANEE. Fin février 2018, un cachalot de dix mètres de long s'échouait sur une plage du Sud de l'Espagne à Cabos de Palos (Murcie). Au cours de son autopsie, les biologistes marins de l'El Valle Wildlife Recovery Center découvraient 29 kg de déchets plastiques dans son estomac, dont ... un jerrycan d'essence. L'animal avait été victime d'une péritonite causée par l'obstruction de son système digestif.
Les anecdotes se multiplient sur le sujet. Le plastique envahit les mers causant des dommages irrémédiables à la faune et à la flore. La fondation Elen MacArthur a calculé que 150 millions de tonnes de déchets plastiques flottent dans les océans et que ce chiffre pourrait doubler en 2050. Avec pour conséquence effarante qu'il y aurait alors, en terme de poids, plus de plastique que de poissons dans les océans !
 
A son tour, à l'occasion de la Journée mondiale de l'Océan, le WWF (World Wide Fund - Fonds mondial pour la Nature) tire la sonnette d'alarme sur la pollution de la Grande bleue avec un rapport baptisé "Pollution plastique en Méditerranée, sortons du piège !". L'ONG constate que "le plastique représente aujourd'hui 95% des déchets sur les plages et en surface de la mer Méditerranée".
Le document de vingt-cinq pages, publié vendredi 8 juin 2018, précise qu'"alors qu'elle représente seulement 1% des eaux marines à l'échelle du globe, la Méditerranée compte en revanche 7% de tous les microplastiques (fragments de moins de 5 mm) qui ont atteint des niveaux records de concentration : 1,25 million de fragments par km², soit près de quatre fois plus que dans "l'île du plastique" du Pacifique Nord."

Et ce sont bien ces microplastiques qui impactent le plus la vie marine au contraire des gros déchets plus visibles (sacs, ballons, bouteilles, pailles...). WWF évalue à 13 mrds€ le coût économique global des dix à vingt millions de tonnes de plastiques qui finissent leurs jours dans les océans. Si un mégot de cigarette ne reste que cinq ans en mer, un sac plastique y demeure pendant vingt ans, un gobelet en plastique pendant cinquante ans et une ligne de pêche jusqu'à 600 ans.
Les conséquences sur les secteurs économiques deviennent de plus en plus importantes. Ainsi, prises de poisson réduite, dommages aux navires, demandes en produits de la mer plus faibles (justifiées par l'inquiétude sur la qualité du poisson), toutes consécutives aux déchets marins, causeraient une addition de 61,7 M€ par an à la flotte de pêche de l'Union européenne.

60 MT de plastiques produites par an en Europe

Le WWF pointe du doigt la mauvaise gestion des déchets par les pays méditerranéens qui accueillent 200 millions de touristes annuellement (qui viennent rejoindre les 150 millions d'habitants du bassin) générant une augmentation de plus de 40% de la pollution marine en période estivale. L'ONG n'hésite pas à désigner les principaux coupables par ordre de nuisance : La Turquie (140 tonnes par jour de plastique évacués dans la mer), l'Espagne (126 tonnes), l'Italie (90 tonnes), l'Égypte (77 tonnes) et la France (66 tonnes). Les fleuves comme le Nil, l'Ebre, le Rhône, le Pô, le Ceyhan et le Seyhan qui se jettent dans la mer après avoir traversé de zones urbaines, joue aussi un rôle important dans l'alimentation en plastique de la Méditerranée.

A eux seuls, les Européens produisent 60 millions de tonnes de plastiques par an (second après la Chine) et s'en débarrassent en mer à raison de près de 500 000 tonnes de macroplastiques et près de 130 000 tonnes de microplastiques. Le Vieux-Continent ne recycle chaque année qu'un tiers des 27 millions de tonnes de déchets plastiques produits et la moitié des déchets plastiques en Italie, en France et en Espagne finit en décharge. “Nous produisons en Europe une quantité énorme de déchets plastiques dont la majorité est envoyée en décharge, avec pour résultat l’acheminement de millions de tonnes de plastique en Méditerranée chaque année. La conséquence de ce flot de contamination, associé à la spécificité de la Méditerranée qui est une mer semi-fermée, est le niveau de concentration record de dangereux microplastiques qui menacent à la fois les espèces marines et la santé humaine ”, commente Giuseppe Di Carlo, directeur de l’Initiative Méditerranéenne Marine du WWF.

Fort de ces constations, le WWF appelle les gouvernements, les entreprises et les citoyens à adopter une série d'action visant à réduire la pollution plastique et cite notamment "la signature d'un accord international pour mettre fin au déversement du plastique dans les océans, des interdictions nationales pour tous les plastiques à usages uniques et les ajouts de micro-plastique dans les produits d'ici 2025, un appel aux entreprises pour qu'elles investissent dans l'innovation et l'éco-conception, pour une utilisation plus durable et efficace du plastique".

Les déchets plastiques comme carburant d'un catamaran

Bien entendu, les actions existent déjà du côté des associations de protection de la nature comme des industriels de la plasturgie. Ainsi, MP Industries, basée à Gardanne (entre Aix-en-Provence et Marseille), propose depuis vingt ans aux collectivités une gamme de mobilier urbain uniquement conçue en matières premières de recyclage (MPR). "100% de nos approvisionnements sont des déchets de polyéthylène", précise son Pdg, Christophe Testa. Il met en avant "une durée de vie plus importante et un entretien quasi-existant", quand les prospects lui opposent un prix un peu plus cher que les mobiliers habituels.

Autre exemple, le catamaran Plastic Odyssey de 25 mètres de long va partir fin 2019 pendant trois ans sur les océans. Son mode de propulsion ? Des déchets plastiques non recyclables ! Récupérés lors de chaque escale (33 au total), ils seront triés à bord et convertis en carburant pour alimenter les moteurs du navire. "Nous voulons montrer que les déchets plastiques ont trop de valeur pour finir dans nos océans ", souligne Benjamin de Moliens, responsable partenariats du projet.

Quant à la fondation Pure Ocean, lancée en octobre 2017 par David Sussmann, Pdg de la Pme marseillaise Seafoodia, elle vient de recueillir près de soixante-dix candidatures de laboratoires de recherche et d'associations pour son premier appel à projets lancé en mai 2018. Grâce au mécénat et une enveloppe attendue d'1 M€, Pure Ocean envisage de financer une partie des actions proposées. Un projet scientifique et sportif de course en eaux libres, qui se déroulera à Marseille, se trouve également en cours de réflexion.

Centre d'activités régionales de l'Onu Environnement associée au Plan d'action pour la Méditerranée (PAM), Plan Bleu a porté sur les fonts baptismaux, début juin 2018, MED 2050. Cette nouvelle étude de prospective à l'horizon 2050 est "destinée à mobiliser les décideurs et les parties prenantes du Sud et du Nord en dépassant les frontières géographiques et institutionnelles. Les travaux, qui seront conduits dans les quatre années à venir, s’appuieront sur des dialogues, des partenariats et des visions partagées sur les chemins de transition et les investissements à mettre en oeuvre pour un avenir désirable du bassin méditerranéen".




Vendredi 8 Juin 2018



Lu 1620 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >

Mercredi 10 Octobre 2018 - 15:51 Suez s'ancre dans le Grand Alger

Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.







RÉflexions

Réflexion

La corruption, l’autre grand fléau oublié du monde arabo-musulman…


avis d'expert

Roland Lombardi, consultant indépendant, associé au groupe d'analyse de JFC Conseil

 









Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA