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Philippe Bernand : "L'aéroport Marseille Provence doit être relié aux grands hubs comme Casablanca"


Nouveau président du Directoire de l'aéroport Marseille Provence depuis fin décembre 2017, en provenance de l'aéroport de Lyon Saint Exupéry où il occupait les mêmes fonctions, Philippe Bernand commente pour econostrum.info l'arrivée prévisible d'une base Ryanair sur son tarmac, la relation amour-désamour de la plate-forme phocéenne avec le bassin méditerranéen et notamment l'idée d'une navette entre Marseille et Casablanca.



Philippe Bernand croit au caractère vertueux de la croissance de trafic (photo : F.Dubessy)
Philippe Bernand croit au caractère vertueux de la croissance de trafic (photo : F.Dubessy)
econostrum.info : Suite au changement de position de Michael O'Leary, PDG de Ryanair, la possibilité du retour d'une base de la compagnie low cost à Marseille devient plus que probable ?

Philippe Bernand : C'est vous qui le dîtes... Ce ne sont jamais des choix évidents car déjà Ryanair est très présente à Marseille. Créer une base signifie vouloir créer 1 million de passagers pour fixer un ordre de grandeur. Quand vous partez de rien du tout ou de 200 000 passagers, c'est plus facile d'arriver à un million de plus que quand vous partez déjà d'un million.

Mais, il est clair que Marseille est hautement candidat à héberger une base Ryanair. Nous sommes en train de beaucoup militer pour cela. Si ça se réalise, il s'agira d'une très bonne opportunité pour l'aéroport. Evidement ceci ne concerne que le segment low cost, mais je crois beaucoup au caractère vertueux de la croissance du trafic. La croissance entraîne la croissance et si le segment low cost se développe à Marseille, d'autres segments se développeront.

Le bassin méditerranéen est une destination de proximité sur laquelle l'aéroport Marseille Provence joue le chaud et le froid selon les périodes. Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Marseille-Provence, a par exemple évoqué le besoin d'une navette Marseille-Casablanca pour les chefs d'entreprises qui désirent se rendre en Afrique. Qu'en pensez-vous ?

P.B. : Marseille dans sa globalité à un rôle important à jouer en Méditerranée. Ce que je dis est vrai pour la Métropole, pour le Port et donc évidemment aussi pour l'aéroport et l'ensemble des acteurs économiques. La communauté méditerranéenne a énormément de points communs, culturels, économiques, touristiques.
 
Reste qu'avec l'aéroport de Marseille Provence, on a l'impression d'un jeu d'amour et de désamour avec la Méditerranée. Cet aéroport devrait pourtant être celui du bassin méditerranéen non ?

P.B. : Oui, mais ce sont les compagnies aériennes qui font le transport aérien. L'aéroport peut éveiller des consciences, mettre en évidence des stratégies possibles, mais il faut qu'elles soient mises en place par des acteurs économiques : les compagnies aériennes. Quand une décide d'aller sur la Méditerranée mais ne rencontre pas les objectifs fixés, elle revient en arrière. L'impuissance de l'aéroport est totale sur ce point.

Par contre, ces expériences, même avec des allers et retours comme vous le mentionnez ont eu le mérite de mettre en évidence des potentiels. Nous sommes dans une logique de long terme donc quand des tendances positives sur ces destinations méditerranéennes sont démontrées, petit à petit, avec certes des allers et des retours encore une fois, nous allons les cranter et les construire dans le temps. C'est la dynamique que je compte promouvoir. Il y a la Méditerranée, il y a l'Afrique, tout ceci est forcément générateur d'opportunités.

Il existe cependant aujourd'hui des obstacles à lever comme l'instabilité politique, en Égypte, au Liban, en Syrie, en Libye. L'Afrique du Nord a l'air de vouloir aujourd'hui se stabiliser, les effets négatifs du Printemps arabe sont derrière. Des opportunités vont donc arriver.

Le nouveau président du Directoire de l'Aéroport Marseille Provence veut relier sa plate-forme avec les hubs méditerranéens (photo : F.Dubessy)
Le nouveau président du Directoire de l'Aéroport Marseille Provence veut relier sa plate-forme avec les hubs méditerranéens (photo : F.Dubessy)
Et sur la navette Marseille Casablanca ? Ce serait une bonne chose ? C'est envisageable ?
 
P.B. : L'Afrique est un continent en devenir. Casablanca est un hub. Il faut avant tout arriver à séduire les compagnies aériennes dont la compagnie nationale (NDLR : Royal Air Maroc), et c'est l'affaire de l'aéroport, des acteurs économiques du territoire, des acteurs politiques. Nous réussirons ensemble ou nous ne réussirons pas. Il s'agit d'une œuvre collective et les retombées seront aussi collectives. Il existe donc un alignement des intérêts pour y aller. Après, tout dépend de ce qu'on met derrière le mot navette...

Jean-Luc Chauvin l'envisage sur le principe de la navette d'Air France entre Marseille et Paris. Donc plusieurs allers et retours dans la journée.
 
P.B. : L'aéroport Marseille Provence se doit d'être relié aux grands hubs européens comme Paris, Zurich, Londres, Madrid etc... Il est important aussi qu'il le soit avec d'autres hubs et dans ces hubs, il y a Casablanca, Dubaï, Istanbul qui permettent de rayonner après sur l'ensemble du monde. Et bien entendu que Casablanca a son rôle à jouer. Après, il faut que Royal Air Maroc, dont c'est le hub, apprécie le potentiel de la région et ait envie de monter effectivement en puissance. Nous verrions bien sûr ceci d'un très bon œil mais ça se construit dans le temps.
Regardez ce que fait Turkish Airlines en France. Ils étaient inexistants sur les aéroports régionaux et ils ont commencé par ouvrir un vol quotidien, puis un bi-quotidien et nous envisageons aujourd'hui trois vols par jour.

La privatisation est inéluctable. Donc comment pourrait-elle s'effectuer et à quelle échéance ?

P.B. : Techniquement, pour qu'une opération d'ouverture de capital se fasse, je préfère parler d'ouverture de capital que de privatisation, il faut une loi car, aujourd'hui, la vente d'actifs de l'Etat nécessite un passage devant le Parlement. Ce préambule est nécessaire pour que le processus s'engage. Cette loi n'est pas votée concernant Marseille. Nous ne sommes même pas encore à l'an 0.
Ensuite doit s'enchaîner la mise au point d'un cahier des charges que l'Etat veut travailler en concertation avec les actionnaires actuels. Ceci prend du temps. Et quand tout le monde sera d'accord, il faudra choisir un acquéreur.

C'est une opération effectivement importante pour les actionnaires qui ont vocation à rester. Une opération d'ouverture du capital concerne les actionnaires, pas le management de l'aéroport dont je suis le représentant. Je n'ai donc pas à me prononcer sur ce processus, son bien-fondé ou la manière dont il devrait être conduit.

Lire aussi : L'aéroport Marseille Provence bat un nouveau record avec 9 millions de passagers en 2017

SIX VILLES MÉDITERRANÉENNES
DANS LE TOP 10 A L'INTERNATIONA
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L'aéroport Marseille Provence compte six destinations méditerranéennes dans son Top 10 des villes internationales desservies (Alger, Lisbonne, Rome, Tunis, Madrid et Istanbul).

La capitale algérienne se place même avec 328 000 passagers à la troisième place devancée par Amsterdam (352 000) et Londres (590 000 passagers).

Le printemps 2018 marquera le retour d'Air France sur le bassin méditerranéen. La compagnie nationale volera au départ du tarmac phocéen vers Athènes (avril 2018) et vers Beyrouth (juillet 2018) qui sera aussi opérée par Aigle Azur à partir de juin 2018.

Quant à la compagnie low cost Volotea, elle a annoncé la création d'une base à Marseille en avril 2018 avec deux avions pour desservir dix-neuf destinations (dont neuf nouvelles : Biarritz, Caen, Palma de Majorque, Minorque, Héraklion, Mikonos, Santorin, Corfou, Funchal). Cette base emploiera cinquante salariés sur place et permettra à Volotea de devenir la seconde compagnie de la plate-forme marseillaise en nombre de vols proposés doublant ainsi Ryanair.



Propos recueillis par Frédéric Dubessy


Jeudi 1 Février 2018



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