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"Noyé dans un océan de dettes" selon son Premier ministre, le Liban se trouve en défaut de paiement


Pour la première fois de son histoire, et alors que le pays fête ses cent ans d'existence, le Liban se trouve en défaut de paiement avec une dette de 92 mrds$ soit 166 % de son PIB.


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Hassan Diab se dit prêt à engager les réformes promises lors de la conférence CEDRE (Photo : Présidence du conseil libanais)
Hassan Diab se dit prêt à engager les réformes promises lors de la conférence CEDRE (Photo : Présidence du conseil libanais)
LIBAN. Pour la première fois de son histoire, et alors que le pays fête en 2020 ses cent ans d'existence*, le Liban (6,2 millions d'habitants) se trouve en défaut de paiement. Son nouveau Premier ministre a annoncé officiellement cette banqueroute samedi 7 mars 2020 en fin de journée alors qu'une échéance de remboursement de 1,2 mrd$ d'euro-obligations (eurobonds) à leurs détenteurs se profilait au lundi 9 mars 2020.

Hassan Diab a déclaré que Beyrouth ne pouvait honorer cette dette. "Nous sommes confrontés aujourd'hui à une échéance considérable de la dette. En 2020, elle s'élève à environ 4,6 mrds$ en eurobonds, intérêts compris (...) Face à cet enjeu majeur, nous ne pouvons qu'adopter une position ferme et lucide, dans l'intérêt de notre nation et de notre peuple. Nos réserves en devises ont atteint un niveau critique et dangereux, poussant la République libanaise à suspendre le paiement des eurobonds du 9 mars, afin d'assurer les besoins fondamentaux de la population", indiquait-il, lors d'une intervention depuis le Grand Sérail, siège de la Présidence du Conseil. "La décision de suspendre le paiement est la seule façon pour le Liban de mettre fin à l'épuisement des réserves et de préserver l'intérêt public, parallèlement au lancement d'un programme de réforme global visant à construire une économie résiliente et durable sur des bases solides et modernisées", poursuivait-il.

Déjà, en février 2020, l'Administration centrale de la statistique (ACS) du Liban pointait un recul de tous les chiffres macro-économiques du pays en 2019 et tirait la sonnette d'alarme sur l'"impasse financière, économique et sociale" dénoncée par Hassan Diab en janvier 2020.

Demande d'assistance technique au FMI

"Comment pouvons-nous payer nos créanciers étrangers alors que les Libanais ne peuvent pas accéder à leurs fonds à partir de leurs comptes bancaires? Comment pouvons-nous payer nos créanciers alors que les hôpitaux souffrent d'une pénurie de fournitures médicales? Comment pouvons-nous nous permettre de ne pas fournir d'assurance maladie à nos citoyens? Comment pouvons-nous payer nos créanciers alors que de nombreuses personnes sont dans la rue, et n'ont plus les moyens de s'acheter du pain? Le Liban est un pays qui honore ses engagements. Cependant, l'État est actuellement incapable de payer ses dettes à venir", concluait Hassan Diab.

Le Liban va donc devoir restructurer sa dette et ceci passera par des réformes structurelles, forcément impopulaires, alors que les manifestations se poursuivent dans les rues depuis octobre 2019 contre la classe politique jugée corrompue et incompétente.
Hassan Diab a réuni autour de lui des technocrates pour tenter de sortir le pays de l'impasse, mais les critiques se poursuivent.

Il prévoit désormais de proposer un plan de réduction des dépenses publiques de plus de 350 M$ (305,5 M€) par an. Et a demandé une assistance technique au Fonds monétaire international (FMI) pour le mettre en place. Mais le mouvement chiite du Hezbollah, majoritaire au Parlement avec ses alliés, refuse cette intervention disant craindre une "tutelle étrangère".

92 mrds$ de dette

Selon le Premier ministre libanais, la moitié des recettes de l'Etat sont utilisées pour rembourser les intérêts des créanciers. La dette atteindrait aujourd'hui 92 mrds$, soit 80,37 mrd€. Une somme équivalente à 166% du Produit intérieur brut (PIB) - contre 155,1% en 2019 - qui fait du Liban le troisième pays le plus endetté au monde derrière le Japon et la Grèce. Les prévisions du FMI font état d'une dette attendue à 185,2% du PIB en 2024. Une situation sans précédent depuis la fin de la guerre civile libanaise (1975-1990).

"Est-il viable pour un pays de se construire sur une économie d’endettement ? Une nation sera-t-elle jamais libre si elle est lourdement endettée? Aujourd'hui, nous payons le prix des erreurs commises il y a des années. Devons-nous les transmettre à nos enfants et aux générations futures?", demande Hassan Diab. "La dette a largement excédé la capacité du Liban à la supporter, et a dépassé la capacité des Libanais à en assurer le service. Toute l'économie libanaise est devenue prisonnière de ces politiques et dépendante d’un endettement toujours plus grand. Les politiques publiques n’ont pas su trouver une issue au tunnel de l’endettement excessif qui a miné les secteurs productifs de l'économie nationale. (...) Les Libanais ont vécu dans l'illusion que tout allait bien alors que le Liban se noyait dans un océan de dettes et d'intérêts, y compris en devises étrangères", critique le Premier ministre.

Les réformes de Cedre de nouveau à l'ordre du jour

Après les premières grosses difficultés financière, suite au début des printemps arabes (et à la chute des entrées de capitaux inhérente), une conférence d'aide internationale (CEDRE pour Conférence économique pour le développement par les réformes et avec les entreprises) avait été organisée, en avril 2018 à Paris en faveur du Liban. Le pays avait bénéficié de promesses de dons et de prêts de 11,6 mrds$ (10,12 mrds€). Mais, le déblocage de ses enveloppes était conditionné à la mise en place de réformes structurelles que l'instabilité politique n'a pas permis de mettre en place. Le Premier ministre a donc promis d'y remédier. "Il n'est plus possible aujourd’hui de continuer à emprunter pour financer la corruption. Il est grand temps de rétablir une conduite éthique dans la gouvernance et de restaurer la confiance dans notre État", indique Hassan Diab.

Alors que des restrictions existent déjà sur les retraits en dollars dans les banques (taux de change actuel officiel d'environ 1 507 livres libanaises pour 1$ mais près de 2 500 livres pour 1$ dans les bureaux de change), il prévoit notamment "une loi spéciale pour organiser les relations banque-client, de manière à apporter plus d'égalité et de justice."


* Le Liban, sous le nom de Grand Liban, a été créé en 1920 par la France qui l'a administré jusqu'à son indépendance proclamée le 22 novembre 1943.

Lundi 9 Mars 2020

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