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"Nous voulons consolider le CMI sur le plan de l'excellence technique avec de nouveaux partenaires"


Directrice du Centre pour l'intégration en Méditerranée (CIM-CMI), basé à Marseille, Blanca Moreno-Dodson fête les dix ans de cette institution portée par la Banque mondiale. En marge de la rencontre "Renforcer la coopération méditerranéenne", organisée dans la cité phocéenne par son organisme mardi 8 octobre 2019, elle dresse le bilan du CMI et dévoile sa future stratégie qui passera par de nouveaux partenariats avec des pays et des institutions financières.


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"Nous sommes la seule institution en Méditerranée qui rassemble tout le monde et en plus en mettant la jeunesse au coeur de nos travaux", souligne Blanca Moreno-Dodson (photo : F.Dubessy)
"Nous sommes la seule institution en Méditerranée qui rassemble tout le monde et en plus en mettant la jeunesse au coeur de nos travaux", souligne Blanca Moreno-Dodson (photo : F.Dubessy)
econostrum.info : Le CMI existe depuis dix ans et vous le dirigez depuis deux ans. Quels sont les points de son action que vous retenez ?

Blanca Moreno-Dodson : Le CMI a été crée sur l'idée qu'un partage de connaissances constitue un outil de transformation de la société autour de la Méditerranée, aussi important, voire encore plus important, que les actions des institutions financières qui travaillent avec des prêts. Aujourd'hui, nous maintenons ce principe dans nos activités.

Nous avons multiplié les échanges aux plus hauts niveaux et accompagné la création d'une communauté de pratiques. Cela permet à la société civile, aux autorités gouvernementales et aux institutions internationales de travailler ensemble, sur un terrain neutre. Ce qui n'est pas le cas dans une relation entre bailleur et pays en voie de développement bénéficiaire des fonds.
La réussite du CMI se situe ici. Nous sommes la seule institution en Méditerranée qui rassemble tout le monde, en mettant la jeunesse au cœur de nos travaux.

Notre action se traduit par des rapports, des conférences... Mais le plus parlant réside dans les résultats obtenus grâce à ces rapports, ces conférences, au dialogue au sein du CMI.

Des rencontres pragmatiques qui débouchent sur des accords

Pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets de cette action ?

B.M-D. : 120 municipalités accueillent des réfugiés dans la région méditerranéenne et le CMI facilite leurs rencontres, fait des formations, organise des webinars (NDLR : séminaires en ligne). Avec cette communauté de pratique, un maire d'un petit village au Liban peut parler avec un maire d'une ville turque pour voir comment il a résolu le problème de la gestion de l'eau. Ces rencontres très pragmatiques débouchent sur la signature d'accords, sur l'eau, comme sur l'accueil des réfugiés.

Autre exemple avec le "clean energy package" (NDLR : paquet européen "Énergies propres") proposé par la Commission européenne, qui offre beaucoup d'opportunités pour le Sud. Pas seulement parce qu'au Sud se trouvent les ressources renouvelables naturelles que l'Europe voudrait avoir, mais aussi car toute la législation du Nord affecte le Sud. Il existe déjà des liens entre l'Italie et la Tunisie, entre l'Espagne et le Maroc. Il faut expliquer ce nouveau paquet législatif qui reste complexe. Le CMI a donc dédié plusieurs séances techniques pour discuter du "clean energy package" afin que les acteurs du Sud puisse donner leurs avis à ceux du Nord, et qu'ensemble, les deux rives identifient des opportunités de collaboration.

"Le CMI est un peu une main invisible"

Le CMI va rester à Marseille, ici Blanca Moreno-Dodson avec Jean-Claude Gaudin, maire de la cité phocéenne, mais déménagera à la Tour la Marseillaise (photo : F.Dubessy)
Le CMI va rester à Marseille, ici Blanca Moreno-Dodson avec Jean-Claude Gaudin, maire de la cité phocéenne, mais déménagera à la Tour la Marseillaise (photo : F.Dubessy)
Comment parvenez-vous à ce résultat ?

B.M-D. : Tout ceci relève d'un cercle vertueux. Nous commençons par un partenariat, puis une conférence suivie d'un dialogue et d'une formation. Tout cela débouche sur un rapport écrit qui alimente de nouveau le partenariat. Parfois, pendant ce processus, arrivent des actions, des réformes de politiques économiques sont prises. La voix de la jeunesse, celle des communautés locales, sont entendues.

Il est difficile de faire travailler la jeunesse avec le gouvernement. Nous avons réussi, car nous nous appuyons, par exemple sur la problématique de l'eau, sur un groupe de 180 jeunes présents partout en Méditerranée. Ces "water heroes" parlent tous les jours de solutions pratiques, vertes, pour gérer l'eau de façon à ce que tout le monde puisse y accéder. Ce sont eux qui portent les messages aux gouvernements. Nous les aidons, nous les finançons : voyages, formation, rencontres. Parmi eux se trouvent des chercheurs, des activistes et des entrepreneurs. Ce mélange s'effectue grâce au CMI qui est un peu une main invisible derrière toutes ses rencontres. Tant mieux, car il leur appartient de faire les changements.

Le CMI va étoffer son nombre de partenaires

Quelle est votre stratégie pour cette quatrième phase qui couvre la période 2018/2021 ?

B.M-D. : D'autres institutions travaillent aussi en Méditerranée. Donc pour cette quatrième phase, nous allons nous centrer sur deux piliers. Le premier vise à la transformation socio-économique de la région. Ce n'est pas le secteur public, mais le privé - les grandes compagnies comme les petites et les start up - qui va la réaliser grâce au co-développement.
Le deuxième, c'est la résilience aux chocs. Cette région est affectée par les conflits autour d'elle, le changement climatique, l'instabilité politique.
Nous pensons donc que ces deux éléments s'avèrent essentiels. Dans ces cadres, nous développons plusieurs programmes : capital humain, eau, résilience climatique par exemple.

D'autres partenaires vont venir prochainement vous rejoindre. Lesquels ?

B.M-D.: Aujourd'hui, le Royaume-Uni, pays non-méditerranéen, est pourtant devenu un partenaire technique avec un don d'1 M£ (1,11 M€) affecté au programme de l'eau. D'autres viendront, mais il est encore trop tôt pour l'annoncer. Il s'agira de pays méditerranéens qui ne sont pas encore membres mais avec qui nous travaillons. D'ici la fin du mois, nous pourront communiquer là-dessus.

Du Sud ou du Nord ?

B.M-D. : Les deux ! Nous travaillons sur les deux rives. Il existe plusieurs candidats et nous discutons notamment avec les pays du 5+5, Malte, l'Algérie, l'Espagne, le Portugal et la Mauritanie, de la possibilité de devenir membres. Nous espérons aussi formaliser bientôt un partenariat technique avec des institutions comme la Banque africaine de développement (BAD), la banque de développement du Conseil de l'Europe et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) avec qui nous discutons et essayons déjà d'effectuer des coordinations entre nos actions. Nous travaillons parfois ensemble au niveau technique, sans signer nécessairement un accord.

Vous avez des échéances ?

B.M-D. : Non, pas encore. C'est en cours.

En dehors de votre très proche déménagement de la Villa Valmer, appelée à une vocation plus touristique, au deuxième étage de la Tour la Marseillaise, toujours dans la cité phocéenne, comment voyez-vous l'avenir du CMI ?

B.M-D. : Je vois un CMI se consolider sur le plan de l'excellence technique. Notre réussite, comme nous ne sommes pas une institution politique comme l'Union pour la Méditerranée par exemple, s'appuie vraiment sur la base technique.
Le soutien de la Banque mondiale en ce sens est essentiel. Nous sommes une petite équipe, mais nos collègues de Washington et dans les pays collaborent avec nous. Ces experts nous soutiennent.
Nous aurons au cours de ces dix prochaines années plus de pays méditerranéens membres et plus de partenaires méditerranéens.

Le membres du Centre pour l'intégration en Méditerranée

Autorité palestinienne
Egypte
France
Grèce
Italie
Jordanie
Liban
Maroc
Tunisie
Service européen pour l'action extérieure (observateur)
Banque européenne d'investissement (BEI)
Banque mondiale
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Ville de Marseille

Propos recueillis par Frédéric Dubessy
Mardi 8 Octobre 2019

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