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«Nous sommes obligés de vendre à perte dans la branche automobile»


Un an après l’entrée en Bourse d’Alliance assurances, son PDG, Hassen Khalifati, confie à Econostrum.info que le cours du titre reste stable. Il appelle ses confrères, ainsi que les banquiers et les entreprises à suivre son exemple. Hassen Khalifati relève en même temps la faiblesse du marché secondaire et pointe les principales difficultés auxquelles les sociétés d’assurances sont confrontées, selon lui, en Algérie.



Hassen Khelifati dresse un bilan satisfaisant de son entrée en Bourse (photo AB)
Hassen Khelifati dresse un bilan satisfaisant de son entrée en Bourse (photo AB)
Econostrum.info : Une année après votre entrée en Bourse d'Alger, quel bilan tirez-vous et pensez-vous que d'autres assureurs privés vont suivre cette voie?

Hassen Khelifati : Je ne sais pas s’il y aura d’autres assureurs qui vont suivre cette voie mais l’idéal est que des assureurs, des banquiers et des entreprises d’autres secteurs le fassent pour créer la dynamique et lancer cette Bourse.

Notre introduction en bourse a été qualifiée d’historique par les observateurs  car c’était la première depuis dix ans et il s’agissait de l’introduction de la première compagnie privée après tous les scandales qui ont secoué le secteur privé algérien. Les résultats ont été extraordinaires puisque nous avons enregistré un engouement de la part, notamment, des petits souscripteurs et des particuliers.

Nous avons eu 5 700 investisseurs particuliers, 60 entreprises et 4 institutions. Notre première cotation a été faite le 7 mars 2011. Après une cinquantaine de séances de cotation, le titre reste stable, à son cours d’introduction.

S’agissant du marché financier en Algérie, nous avons un marché secondaire qui n’est pas bien huilé. Nous n’arrivons pas à avoir un mécanisme clair et les banques n’arrivent pas à stabiliser leur personnel et leur expliquer les mécanismes. Ils orientent certains détenteurs de titres vers notre compagnie et font de même pour les nouveaux acheteurs. Le marché secondaire est censé être le lieu de rencontre entre les petits vendeurs et les petits acheteurs.

Nous continuons notre travail pédagogique envers les banques car, la réussite et la survie des titres Alliance sur le marché secondaire va être un signal très positif pour les prétendants en Bourse.

Il y a une nouvelle réforme du marché  financier, mais on aurait pu encourager les compagnies qui s’introduisent en Bourse par des avantages fiscaux et administratifs car elles font l’effort d’être transparentes.

«Il y a un dumping terrible sur le marché des assurances en Algérie»

Econostrum.info : Vous venez de proposer de nouvelles offres en assurance automobile au moment où les assureurs se plaignent du déficit généré par cette branche. Etes-vous épargné par ce problème?

Hassen Khelifati : Nous sommes touchés de plein fouet par ce déficit parce que nous faisons partie d’un marché dont la structuration est terriblement défavorable aux compagnies d’assurances. Nous avons présenté de nouvelles offres qui concernent beaucoup plus des produits à valeur ajoutée.

Le marché des assurances est fortement déficitaire pour la branche automobile. Ce déficit s’explique par plusieurs raisons et d'abord la sous-tarification des risques. Il y a une guerre des prix qui est imposée par les grands acteurs du marché et qui est en train d’étouffer les  petits et moyens acteurs. Il y a un dumping terrible en assurance en Algérie qui ne concerne plus seulement la branche automobile.

Les prix de la RC automobile sont trop bas en Algérie. Pour le même véhicule vous payez 28 $ (21 €) en Algérie, 140 $ en Tunisie (105,50 €) et  292 $ (220 €) au Maroc. Le gap est terrible.
Plus on tarde à revoir cette tarification et plus cela sera difficile. Les assureurs algériens encaissent un dinar (0,01 €) en RC automobile et dépensent entre 3 et 5 dinars (0,03 et 0,05 €) en sinistres.

A-t-on le droit de nous obliger à vendre à perte parce que les tarifs sont réglementés ?
Le ministère des Finances a ordonné aux compagnies d’assurance de régler tous les dossiers de sinistres (des milliers) et dont 90% sont dans la RC auto. Les compagnies auront beaucoup de difficultés à tenir le timing avant fin juin 2012 pour des raisons pratiques.

Ensuite, étant donné la sous-tarification que connait le secteur, les compagnies vont être confrontées à la réalité financière. Les petites et moyennes compagnies vont peut-être arriver à s’en sortir parce que le cumul n’est pas important, mais les compagnies historiques (publiques) vont être devant un dilemme parce qu’avec le temps et la sous-tarification elles n’ont pas encaissé assez de primes pour faire face aujourd’hui.

Avec quelques assureurs, on se dit qu’étant donné que les tarifs sont réglementés peut-être que l’on arrivera un jour à présenter la facture du différentiel aux autorités parce que nous sommes obligés de vendre à perte et un jour ce sera l’asphyxie financière. Les compagnies qui appartiennent au ministère des Finances obligent les autres à s’aligner.

Il est nécessaire qu’il y ait un juge impartial pour le marché des assurances

Econostrum.info : Que représente la branche auto dans votre portefeuille ?

Hassen Khelifati : L’automobile représente 50% du marché global. Chez Alliance, elle en représente 60%. Il est urgent que l’on aille vers les réformes du secteur.
Plus on avance  dans le temps, plus le dumping et la sous-tarification nous ramènent vers le bas. Nous avons la Tunisie à côté qui fait presque 1,5 mrd $ (1,13 mrd€), le Maroc qui avoisine les 4 mrds $ (3 mrds €) alors que l’Algérie n’arrive pas à sortir du milliard de dollar, malgré ses potentialités.

Tout augmente : la sinistralité, les accidents, la pièce de rechange, la main-d’œuvre, mais paradoxalement les primes d’assurances baissent parce que nous sommes entrés dans un engrenage de sous-tarification et de guerre des prix imposées par les grands acteurs.

A un certain moment, il sera nécessaire pour ce marché qu’il y ait un juge indépendant. Il y a le jeu, il n’y a ni règles du jeu ni arbitre indépendant.

Investir 10M € sur la filiale-vie est excessif vu la taille du marché

Econostrum.info : Vous envisagez un partenariat pour lancer une filiale "assurances de personnes". Où en sont les  négociations avec Generali  et ferez- vous appel au FNI ?

Hassen Khelifati : Nous étions en négociation avec Maghrebia, filiale tunisienne à 45% du groupe Generali, et qui a le support technique et commercial du groupe.

Nous avons finalisé les négociations en septembre 2011 et signé un protocole d’accord. Nous sommes allés vers l’Agence Nationale de Développement de l'Investissement (ANDI ) en octobre 2011 pour présenter le dossier au Conseil national de l'investissement (CNI).

Le dossier suit son cours. Depuis peu, notre dossier a été  redéposé au ministère des Finances. Nous avons ouvert une autre option avec le Fond national d’investissement (FNI). Si le dossier Maghrebia n’aboutit pas, nous souhaitons que notre partenaire soit le FNI.
Nous réaffirmons que mettre un mrd de dinars (10 M €) sur cette filiale maintenant c’est un peu excessif comparé à la taille du marché.
 
Econostrum.info : Et que ferez-vous si vous avez l’accord de Maghribia et du FNI ?


Hassen Khelifati : Cela ne nous pose pas de problème d’avoir une tripartite avec Maghribia et le FNI.
 
Econostrum.info : Pourquoi selon vous, les petites sociétés privées n'envisagent-elles pas de créer une filiale commune pour contourner les différentes difficultés (financières et autres...) qu'elles rencontrent ?

Hassen Khelifati : Le dossier a été évoqué à un certain moment. Il y a eu des discussions informelles. Nous avons envisagé cette option qui était très probablement réalisable. Nous n’avons pas pu avancer pour des raisons d’agendas, de choix stratégique pour chaque compagnie. Chacune avait ses propres contraintes.
 
Econostrum.info : Vous avez annoncé il y a quelques mois un accord avec SGA dans le cadre de la bancassurance. Où en est-il ?

Hassen Khelifati : Nous avons signé un accord avec Société générale Algérie pour distribuer certains de nos produits. L’accord a été soumis aux autorités et validé. Les équipes travaillent à mettre en place les formations. Entre temps, il y a eu un nouveau management à SGA et nous ne sommes pas sûrs qu’il souhaite continuer le partenariat. Nous attendons de nous réunir.

Lire notre dossier Assurance au Maghreb


A. Belkessam, à ALGER


Jeudi 29 Mars 2012



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Commentaires

1.Posté par yazid le 31/03/2012 01:36
Sincèrement je n'arrive pas à suivre son raisonnement : les tarifs auto n'ont jamais baissé!! Au contraire ils augmentent d'une année à l'autre et les remboursements tardent beaucoup même chez le privé qui ne joue pas le jeu.

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