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« Nous n'avons d'autre choix que de réussir la mutation du modèle pétropolis à celui d'écopolis »


Pour Marie Baduel, directrice stratégie à l'Agence des Villes et Territoires Méditerranéens Durables, seul un changement de modèle de développement urbain permettra de faire face au développement des métropoles.



« Nous n'avons d'autre choix que de réussir la mutation du modèle pétropolis à celui d'écopolis »

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Marie Baduel, directrice stratégie à l'Agence des Villes et Territoires Méditerranéens Durables. Photo GT.
Marie Baduel, directrice stratégie à l'Agence des Villes et Territoires Méditerranéens Durables. Photo GT.
Econostrum.info : Comment se caractérise une pétropolis ?
 
Marie Baduel : La plupart des grandes métropoles sont des pétropolis. Ces villes se sont développées en privilégiant le déplacement, et donc l'utilisation d'énergies fossiles. Elles spécialisent leurs quartiers, avec une zone réservée au travail, une autre à l'habitat, une troisième au commerce, une quatrième aux loisirs. Ce sont les villes du pétrole, de la mondialisation, de l'économie globale. Elles tirent leur richesse de la possibilité de se déplacer vite et loin, d'acheter où les prix sont les plus bas. Elles privilégient donc les infrastructures : grandes autoroutes, aéroports, ports... La loi du marché est leur loi. Elles s'appuient sur une forte hiérarchie urbaine. Leurs centres-villes se déploient en consommant l'espace périphérique, généralement des terres agricoles. La vie est au cœur et donc plus on s'en éloigne, plus les logements, les infrastructures sont dégradés.
 
Econostrum.info : Qui organise le déploiement de ces villes ?
 
Marie Baduel : Le secteur privé. Les pétropolis se caractérisent pas une faible coordination entre les acteurs privés et le publics. A partir d'une certaine taille, cela conduit bien sûr à une impasse car sans vision urbanistique, la ville étouffe sous les problèmes de circulation et de pollution.
 
Econostrum.info : L'écopolis permet d'éviter ce naufrage ?
 
Marie Baduel : Oui, car le modèle propose une vision urbanistique construite de l'avenir. L'écopolis ne se développe pas au détriment de son environnement, en le consommant, mais en harmonie, en symbiose. L'écopolis ne rejette pas les déplacements, la mondialisation, mais les intègre dans un projet plus global. Elle privilégie la mixité fonctionnelle, sociale, porte une attention particulière aux circuits courts, à la diversification énergétique, aux énergies renouvelables, aux transports doux, à la mobilité intermodale, à l'agriculture locale. Les terres non bétonnées ne sont plus considérées comme des espaces en attente, à développer, mais comme des lieux qui participent à la richesse de la ville. La nature devient un lieu de production grâce au tourisme, à l'agriculture, aux loisirs.
 
Econostrum.info : Comment construire cette écopolis ?
 
Marie Baduel : En mettant en place une transition financière, technologique, de nouveaux modes de gouvernance associant acteurs privés et publics, décideurs et population. Il faut éviter les schémas directeurs rigides, prévoir le long terme, mais laisser une grande souplesse au court terme. Dans une écopolis, les grands projets restent indispensables, mais les petits le deviennent tout autant. A des niveaux divers, des territoires se sont déjà engagés sur cette voie. Nous avons par exemple Euroméditerranée à Marseille, la Plaine du Var dans les Alpes Maritimes, Tanger au Maroc. Des enjeux hier en toile de fond deviennent aujourd'hui essentiels. Tout n'est pas perdu, mais nous devons passer d'une prise de conscience individuelle à une réaction massive. Demain, 95% de la population des pays méditerranéens vivra en ville. Nous n'avons d'autre choix que de réussir cette mutation.

Gérard Tur

Jeudi 22 Février 2018




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Gérard Tur

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Razika Adnani Philosophe et écrivaine. Associée au groupe d'analyse de JFC Conseil

 




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