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« Nous avons besoin de moins de dogmatisme et de plus de pragmatisme ».


Dario Chello, président de l'association méditerranéenne des agences nationales de maîtrise de l'énergie (MEDENER), plaide pour un changement d'outils en matière d'efficacité énergétique dans les pays du sud de la Méditerranée. English version


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« Nous avons besoin de moins de dogmatisme et de plus de pragmatisme ».

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Dario Chello. Président de Medener (association méditerranéenne des agences nationales de maîtrise de l'énergie). Photo RD..
Dario Chello. Président de Medener (association méditerranéenne des agences nationales de maîtrise de l'énergie). Photo RD..
Econostrum.info : Vous organisez le 4 octobre 2018 à Amman, en Jordanie, une conférence sur le thème « efficacité énergétique et prix de l’énergie: la résolution pacifique du casse-tête ». Quel casse-tête faut-il résoudre ?
 
Dario Chello : Il s'agit de la sixième conférence organisée par Medener (Association Méditerranéenne des Agences Nationales de Maîtrise de l’Énergie). Nous abordons chaque année un grand obstacle en matière de maîtrise de l'énergie et nous tentons d'avancer. Le prix de l'énergie peut constituer un frein en matière d'efficacité énergétique. Dans beaucoup de pays de la rive sud de la Méditerranée, il est ridiculement faible, quand il est payé, car subventionné par les États. En Algérie, 50% des abonnés ne règlent pas leurs factures. Dès lors, la population, les entreprises, n'ont aucun intérêt à investir pour réduire leur consommation. Or l'argent reste la meilleure des motivations, loin devant l'avenir de la planète.
 
Il faut donc supprimer ces subventions ?
 
D.C.. Les bonnes pratique mises en place en Europe en termes d’efficacité énergétique ne peuvent être transférée en l'état au Maghreb et au Mashreq car elles produiraient des résultats nuls. Les cadres législatifs du secteur énergie diffèrent trop. Nous ne pouvons pas attendre que le marché s’instaure dans la rive sud de la Méditerranée car le changement climatique produit ses effets nuisibles dès maintenant. Supprimer les subventions et laisser le marché fixer les prix conduiraient à de fortes augmentations et à des révoltes, car la population ne pourrait plus se chauffer, se déplacer tant le salaire moyen est modeste. Cet été, le gouvernement jordanien, poussé par la Banque Mondiale, a augmenté le prix de l'énergie. L'ampleur des manifestations qui ont suivi a conduit le gouvernement à faire machine arrière et le premier ministre à démissionner.

Gaspillage de temps et de ressources

La solution réside dans des incitations fiscales ?
 
D.C.. Là encore, l'exemple européen ne peut convenir. Dans beaucoup de pays de la rive nord, une partie importante du coût des travaux d'isolation est déduite des impôts. C'est très motivant. Mais pour que cela fonctionne, il faut que les populations ciblées disposent d'assez de revenus pour payer des impôts et que les travaux ne soient pas effectués dans le cadre de l'économie informelle. Dans beaucoup de pays méditerranéens, ces deux conditions ne sont pas remplies.
 
Que faire alors ?
 
D.C.. Devenir pragmatique. Abandonner tout dogmatisme. Les règles du marché ne fonctionnent pas dans des pays sans réelle redistribution des revenus, où des monopoles gèrent des pans entiers de l'économie. Les outils occidentaux mis en place en Afrique conduisent à un gaspillage de temps et de ressources. Il faut les changer. Faute d'argent, les populations de ces pays achètent des climatisations bas de gamme, conservent plusieurs dizaines d'années leur frigos... Tout cela consomme énormément. Aidés par les bailleurs de fonds internationaux, les États pourraient par exemple donner un bonus de 75% de la valeur du produit aux acheteurs de matériels performants. La baisse de la consommation d'électricité serait immédiate et massive. Ces aides vont à l'encontre des règles de libre concurrences prônées par la Banque Mondiale et le FMI, mais elles donneraient des résultats. L'efficacité énergétique ne pose plus de problème technique. Il ne s'agit que de volontés politiques des États et des bailleurs de fonds internationaux.

Vendredi 21 Septembre 2018

Propos recueillis par Gérard Tur

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