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Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des Affaires étrangères, appelle l'Union européenne à plus de considération envers son pays


Alors que les griefs s'accumulent entre la Turquie et l'Union européenne, Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des Affaires étrangères, a dit ses quatre vérités à Josep Borrel, son homologue européen en visite à Ankara. Tous les différends ont été posés sur la table.


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Mevlüt Çavuşoğlu a reçu Josep Borrel, haut représentant de l'UE, pour évoquer les contentieux entre son pays et l'UE (photo : MAE Turquie)
Mevlüt Çavuşoğlu a reçu Josep Borrel, haut représentant de l'UE, pour évoquer les contentieux entre son pays et l'UE (photo : MAE Turquie)
TURQUIE / UE. En accueillant, lundi 6 juillet 2020 à Ankara, son homologue européen Josep Borrell, Mevlüt Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères, a tenu à soulever l'ensemble des différends actuels avec l'Union européenne.

Tous ont été évoqués, mais en aucun cas évacués. Et ils sont nombreux. Du pacte migratoire conclu - l'UE n'aurait pas tenu ses engagements selon la Turquie - à l'intervention de l'armée turque en Libye en passant par l'incident naval en Méditerranée entre les flottes françaises et turques. Mais aussi le statut de Chypre, la non-inscription de la Turquie sur la liste des ressortissants autorisés à venir dans l'UE cet été malgré la Covid-19 (et donc des pays jugés sûrs), et les forages gaziers turcs au large de Chypre jugés depuis octobre 2019 illégaux par les vingt-huit Etats membres de l'UE et revendiqués par Ankara pour respecter les droits des Chypriotes de la République turque de Chypre du Nord (RTCN).

Ce dernier dossier sera d'ailleurs sur la table, lundi 13 juillet 2020 à Bruxelles, lors d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères réclamée par la France. De nouvelles sanctions contre Ankara, après celles de juillet 2019, menacent donc de tomber. Mevlüt Çavuşoğlu tente de les en dissuader : "sanctionner la Turquie ne résoudra aucun problème. Cela ne fera que les approfondir. Si l'Union européenne annonce d'autres sanctions, nous serons obligés d'y riposter. Que se passera-t-il alors ? Les tensions vont s'accroître", prévient-il.

Pour Ankara, Bruxelles ne respecte pas l'accord migratoire de 2016

Pour Josep Borrell, haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, "la coopération et le dialogue sont nécessaires (...) La première façon de résoudre les problèmes entre voisins est de collaborer. Ceci se fait en s'asseyant et en parlant, pas en prenant des décisions unilatérales. Tout ne peut pas être résolu en même temps, mais tout est lié. Ma visite ici vise à faire démarrer les pourparlers. Mettre les différences d'opinion sur la table et détecter les problèmes est la première étape de la recherche d'une solution."

Le ministre turc des Affaires étrangères appelle l'UE à tenir ses promesses, notamment sur l'accord migratoire signé en mars 2016. Il menace de continuer à "ne plus retenir" les réfugiés, comme prévu par le texte moyennant le versement de 6 mrds€, si l'UE persistait. Et Bruxelles sait qu'il ne bluffe pas, pour en avoir fait les frais en février 2020 quand Ankara a décidé de laisser partir vers les îles grecques plusieurs dizaines de milliers de réfugiés.
Début mars 2020, Recep Tayyip Erdogan avait fait le voyage à Bruxelles pour discuter de ce sujet avec Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Charles Michel, quelques jours après la venue du président du Conseil européen à Ankara

Ils seraient plus de 3,6 millions Syriens à être présents sur le sol turc. Début juin 2020, la Commission européenne a accordé 485 M€ supplémentaires au gouvernement turc pour permettre de prolonger jusqu'à la fin 2021 deux programmes en Turquie : un filet de sécurité sociale d'urgence (ESSN) permettant une aide financière mensuelle à plus de 1,7 million de réfugiés ainsi que des transferts conditionnels en espèces pour l'éducation (CCTE) pour scolariser plus de 600 000 enfants réfugiés. Cette somme s'ajoute à l'aide humanitaire de 663 M€ accordée fin octobre 2019 sur ces deux dossiers.

Le chef de la diplomatie turque se plaint également du retard pris sur la modernisation de l'accord d'Union douanière paraphé le 31 décembre 1995 et son corolaire, la levée des visas pour les ressortissants turcs voyageant en Europe. L'Association turque des industriels et hommes d'affaires (TUSIAD) réclame sa révision depuis début décembre 2016.

"Tout attendre de la Turquie pendant que l’Union européenne ne s’acquitte pas de ses obligations ne résout pas le problème mais l’aggrave. C’est pourquoi il faut mettre en œuvre les assurances données à la Turquie  (...)  La modernisation de l’accord d’union douanière est importante. La libéralisation des visas est une promesse de l’UE. Que ça vous plaise ou non, vous devez l’appliquer", exige-t-il.

"Soyez neutres, plutôt que solidaires de vos membres"

Mevlüt Çavuşoğlu n'apprécie pas non plus de ne plus être invité aux sommets. Et il le dit haut et fort. "L'UE a décidé d'interdire les contacts et le dialogue de haut niveau. Si nous maintenons le dialogue malgré ces décisions, c'est un acte de bonne volonté. Ce n'est pas parce que nous avons beaucoup besoin de l'UE. Les deux parties ont besoin l'une de l'autre", insiste-t-il. Selon lui, "l'UE doit faire partie de la solution et non du problème. Elle ne devrait pas permettre que nos relations soient prises en otage par certains Etats membres."

La Grèce, avec les dossiers des forages turcs en Méditerranée et du statut de Chypre, mais aussi la France, sont les principaux visés. Mevlüt Çavuşoğlu dit "accepter la médiation de l'UE sur Chypre, comme sur d'autres questions. Tant que l'UE est un médiateur honnête. Soyez neutres, plutôt que solidaires de vos membres et nous travaillerons avec l'UE. Ne laissez pas deux membres prendre tout en otage."
Il réitère d'ailleurs sa demande à Paris de lui présenter des excuses ainsi qu'à l'UE et à l'Otan pour les "avoir induit en erreur" à propos de l'incident naval survenu entre les deux pays. En juin 2020, la frégate française Courbet aurait été pointée par deux faisceaux lasers, émanant de bâtiments turcs et indiquant une volonté d'ouvrir le feu. "La France a récemment accusé la Turquie de harcèlement en Méditerranée orientale. Nous avons prouvé que ces allégations étaient fausses. L'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (Otan) dit bien qu'il n'y a aucune preuve. La France n'a pas été honnête. Elle doit présenter des excuses", indique-t-il. Et pour bien enfoncer le clou, il ajoute même que "la France est devenue agressive lorsqu'elle a remarqué que le putschiste Khalifa Haftar qu'elle soutient, perdra en Libye."

Le gouvernement français s'est dit outré d'un tel comportement en mer entre deux pays membre de l'Otan. "On ne peut pas accepter qu'un allié se comporte comme cela, fasse cela contre un navire de l'OTAN sous commandement OTAN menant une mission de l'OTAN", insistait à l'époque Florence Parly, ministre française des Affaires étrangères.
L'armée française reproche à la Turquie d'avoir voulu par cette menace, pour elle bien réelle, éviter le contrôle d'un cargo turc soupçonné de transporter illégalement des armes. Paris accuse Ankara - qui soutient militairement le gouvernement d'union nationale (GNA) - de ne pas respecter ses engagements sur la Libye et l'embargo.

Mardi 7 Juillet 2020

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