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Marseille pleure son port


Ne cherchez plus… En rade de Marseille, les navires en attente sont rares les jours de grève. Inquiétant. Alarmant même. Après plusieurs mois de blocage, les armateurs ont fini par quitter le navire et les chargeurs et organisations professionnelles tirent la (dernière ?) sonnette d’alarme.


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Ici, l'entrepôt vide de Maisons du Monde. Les conteneurs sont quelque part en mer. (Photo N.B.C)
Ici, l'entrepôt vide de Maisons du Monde. Les conteneurs sont quelque part en mer. (Photo N.B.C)
FRANCE. Grandeur et décadence… Le Grand port maritime de Marseille (GPMM) est lynché sur la place publique à la fois par le monde économique, la classe politique et l’honorable Cour des Comptes qui, début février 2011, publiait un rapport accablant sur la gestion du port, les grèves à répétition, les nombreux arrêts maladies, les heures supplémentaires et surtout la violence et les actes impunis. 

Hasard du calendrier, au moment même où les dockers et agents portuaires sont en action pour la reconnaissance de la pénibilité de leur métier (déjà reconnue avec deux années de départ anticipé accordées en janvier 2011 par le gouvernement), la Cour des comptes révèle que la durée hebdomadaire de travail d’un docker phocéen s’établit à « 12 heures » pour un salaire qui se situe « entre 3500 et 4500 € nets ».

Barcelone ou Anvers mais plus Marseille

Jean-Yves Baeteman, gérant de Batimex
Jean-Yves Baeteman, gérant de Batimex
Difficile à admettre pour les entrepreneurs dont la viabilité de leurs sociétés est menacée par ces personnels. Leurs marchandises sont bloquées à Marseille et ils sont contraints de trouver des solutions alternatives avec un surcoût !  

« Je travaille avec la Chine depuis vingt-sept ans et j’ai demandé à ce que tous nos contrats ne passent plus par la France. Je reçois mes conteneurs à Anvers. Même si j’ai un surcoût énorme, je suis assuré d’avoir ma marchandise just-in-time», confie Jean-Yves Baeteman, gérant de Batimex.

De part et d’autre, le mouvement s’est radicalisé. La CGT refuse de lâcher prise et crie au complot. Les patrons, après des années d’omerta, montent au créneau. Les langues se délient. Les mots sont de plus en plus violents. « La CGT et sa quarantaine de meneurs sur le port est une vraie mafia, un vrai cancer », ose dire le premier adjoint au Maire de Marseille Roland Blum.

Intramar en difficultés

Michel Henry, directeur de la société de manutention Intramar. (Photo N.B.C)
Michel Henry, directeur de la société de manutention Intramar. (Photo N.B.C)
Premières touchées par les grèves de dockers, les sociétés de manutention avec des volumes qui ont fondu comme neige au soleil. Recapitalisée en 2009, Intramar serait en passe de l’être une nouvelle fois sinon, c’est le dépôt de bilan. « Nos entreprises sont exsangues, le trafic a été divisé par deux. Nous avons subi 45 jours de grève en 2009 et 57 jours en 2010 », annonce Michel Henry, directeur de la société de manutention Intramar.

Cette entreprise est en effet en première ligne. En avril 2011, elle devra accueillir, dans le cadre de la réforme, des agents du GPMM. A un mois de la date du transfert, Michel Henry ne connaissait toujours pas le nombre d’agents censés venir gonfler ses effectifs.

« Depuis un mois, le port de Barcelone s’est associé à un transporteur ferroviaire et propose un triplement des fréquences de trains entre Barcelone et Lyon en faisant expressément référence aux grèves à Marseille. Barcelone est en train de piquer notre hinterland naturel. C’est insupportable », explique l’armateur Raymond Vidil.

Jaap Van Den Hoogen, président de l'association des agents consignataires. (Photo N.B.C)
Jaap Van Den Hoogen, président de l'association des agents consignataires. (Photo N.B.C)
« Hapag Lloyd a décidé de ne plus toucher les ports français. Sachant que le coût journalier d’un porte-conteneurs se situe entre 50.000 et 60.000 €, les armateurs n’ont pas envie que leurs navires soient bloqués cinq jours à Marseille. La dernière chance du port, c’est sa fiabilité. C’est devenu primordial », a lancé Jaap Van Den Hoogen au nom des agents consignataires, durement affectés par la disparition des escales.

Les grands chargeurs tels que Nestlé Waters, Honda, La Vie Claire, Maisons du Monde …. envisagent sérieusement des solutions alternatives via les ports étrangers.

« Arrêtons le massacre. Nous ne pouvons pas continuer de la sorte. Notre manque de fiabilité fait fuir les clients. Il est temps de bâtir un pacte social avec un minimum de stabilité et d’espoir », admet le président du Conseil de surveillance du GPMM Patrick Daher.

Pour le Préfet des Bouches-du-Rhône, Hugues Parant, il faut que « le port prenne sa destinée en main s’il veut s’intégrer à la ville ».

Mesure d'aides aux entreprises

La préfecture des Bouches-du-Rhône, a mis en place début février 2011 un dispositif destiné à soutenir les entreprises  touchées par les mouvements sociaux sur le port de Marseille. Ce dispositif s’attache à traiter « en priorité et en urgence les problématiques du chômage partiel », les « échéances fiscales et sociales » et traitera des « relations avec le système bancaire afin d’offrir des facilités de trésorerie en lien avec la direction régionale de la Banque de France dans son rôle de médiateur du crédit du département ». 

Mardi 15 Février 2011

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1.Posté par gros le 15/02/2011 18:56
Le port étant le moteur de l'économie marseillaise comment se fait-il que personne ne manifeste pour que cessent ces grèves à répétition ? Alors que le port de Marseille est classé à la cinquième place européenne et qu'il était à la deuxième place, la perte du trafic maritime va générer des pertes d'emploi dans beaucoup de secteurs d'activité. C'est à la population de Marseille de prendre conscience de ce drame social car l'avenir des jeunes marseillais est en partie menacé et c'est à elle de descendre dans la rue.
A bon entendeur salut !

2.Posté par Toine le 15/02/2011 22:57
Depuis 30 ans, le constat reste le même :
Marseille est une ville sale, endettée, sous équipée en TCSP, sans aucune conscience ni aura métropolitaine.
Faute de réelle stratégie en matière de développement économique, nous ne cessons de perdre des emplois métropolitains supérieurs lorsque Lyon, Toulouse ou Lille en gagnent.
Faute d'offre de formation, nos jeunes partent étudier ailleurs et ne reviennent que pour les vacances d'été, faute d'offre de travail dans leur ville natale.
Nous sommes de plus en plus isolés des grands axes européens de communication et incapables de demander à l'Etat ou l'Europe les aides dont nous avons tant besoin (rappelons qu'un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté).
Nous sommes embourbés dans l'insécurité, l'incivilité, la culture du "je-m’en-foutisme" et une connivence malsaine entre les politiques locaux et les syndicats ultra majoritaire (CGT, GPMM et FO municipaux en tête).
Enfin, pour arranger le tout, le port qui devrait être le moteur de notre économie est appréhendé comme un boulet !

Marseille a pourtant un potentiel énorme, mais elle passe son temps à le gâcher ou à décourager les gens qui veulent que les choses bougent enfin. Le pire, c'est que bien souvent ce sont les marseillais eux mêmes qui se tirent des balles dans les pieds.

3.Posté par bossbwana le 16/02/2011 08:03
Mais c'est qui le patron de ce port en fait ? Je veux bien comprendre que les grèves à répétition soient une plaie, mais qui mène (ou plutôt de ne mène pas) la barque ? Qui discute ou pas avec les grévistes? Qui cherche de solutions ? Qui prend des décisions ou pas ? Qui sont les responsables finaux ? L'Etat ? des actionnaires privés ? Publics ? A qui appartient ce port au sujet duquel tout le monde pleurniche sans que rien ne semble changer ? A la collectivité ? à des privés ? Est il dans les mains de technocrates invisibles qui n'ont à rendre compte de leur action à personne ? hé ho, ya quelqu'un là dedans ? Remuez vous !

4.Posté par Julio Martínez le 16/02/2011 08:21
C’est un euphémisme sans sens d'appeler "mouvements sociaux" ce qui se passe dans le port de Marseille. Il est traité ni plus ni moins comme un chantage pur et dur.
Les travailleurs portuaires veulent non seulement maintenir leurs privilèges ataviques mais ils veulent aussi travailler au minimum en percevant des gros salaires.
Évidemment les entreprises commencent à prendre les mesures espérées, c'est-à-dire, changer de port pour leurs opérations commerciales.
Après ce période d'agitation créée par la CGT, beaucoup de travailleurs iront définitivement au chômage où ils auront le temps de penser que souvent les actions syndicales n'apportent rien de plus que souffrance et pauvreté pour la classe des travailleurs.

5.Posté par Protis le 16/02/2011 09:22
Dos à dos ! Quitte à en défriser quelques uns, le marasme actuel MARSEILLAIS est structurel culturel et psychologique ! Non, l'activité portuaire n'est plus le moteur de l'activité économique de la VILLE ! Ce qui était vrai il y quarante ans quand il y avait DIX MILLE salariés dans la réparation navale ne l'est plus : les gros pôles d'emploi sont désormais LA MUNICIPALITE, le Conseil Général, le Conseil Régional, les HOPITAUX et les cliniques, le para public comme la CHAMBRE DE COMMERCE, les différentes directions régionales des ADMINISTRATIONS. Le numéro un privé et industriel est LA SNEF (8 000 salariés ) suivi de BOURBON (ou l'inverse ), après c'est le vide abyssal... Si le montant du panier de la ménagère est un des plus faible de FRANCE c'est qu'il y a des raisons, si la PIZZA qui est née à NAPLES à fait florès à MARSEILLE, c'est que le microcosme est identique ! La CGT certes à ses responsabilités, mais sur le thème portuaire il y a des octogénaires qui sont toujours aux manettes et qui se sont enkystés dans les confortables "Concession de l'outillage public " ...Entre amis "c'est une ville où les "fils de" et les "filles de" pullulent, que dis je, les fils, petits fils, voire les arrière petit fils de... MARSEILLE dirigée par des obèses et des cardiaques n'a rien à attendre de ses élites ou supposées telles, "caveant consules" ! Sinon c'est elle qui crèvera, que dis je, elle est à moitié morte ! PROTIS

6.Posté par DE LA SERRAZ le 16/02/2011 14:28
COMMENT SE FAIT-IL QUE MARSEILLE, LE PRÉFET, LE MAIRE, LA CHAMBRE DE COMMERCE ETC ETC ... LAISSENT FAIRE UNE POIGNÉE DE GRÉVISTES. VOILÀ OÙ MÈNE LE MANQUE DE COURAGE. SOUVENEZ VOUS DE LA DAME DE FER ET AUSSI DES MALOUINES. MAIS CECI, LA RÉPUBLIQUE EN EST BIEN INCAPABLE !

7.Posté par mercier le 19/02/2011 18:50
On peut en effet se poser la question, comment se fait-il que dans notre pays, on laisse une bande de syndicalistes foutre en l’air tout un pan de l’économie pour des raisons fallacieuses et inacceptable... Pour commencer, pouvons nous encore accepter des grèves comme celles-ci ? Voilà la bonne question, alors doit-on remettre en question le droit de grève ? Moi personnellement je dis oui.
Cette mafia du port, je devrais dire des ports, à suffisamment fait de mal. Mais où sont les autorités ??? Absentes comme d’habitude.


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