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Marseille détricote sa vocation méditerranéenne 3e partie : Une once d'espoir mais peu d'élus


Dossier réalisé en partenariat avec l'APIM

Certains veulent encore croire au destin méditerranéen de Marseille. Car malgré la baisse des subventions, la crise de vocation pourrait se briser sur un mur intangible : celui de la réalité géographique. La Méditerranée reste l'ADN de Marseille.



L'enquête d'econostrum.info : Marseille détricote sa vocation méditerranéenne

BOUCHES-DU-RHÔNE. "La Région a notamment pour ambition de jouer pleinement le rôle qui lui revient dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen" indique sur son site le Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur... qui vient de dissoudre son Département Méditerranée. Les affaires la concernant sont désormais traitées au sein d'une vaste direction générale Europe et Coopération méditerranéenne dont le directeur vient d'être remercié voici quelques jours.

En opposition avec son prédécesseur Michel Vauzelle qui multipliait les accords de coopération décentralisée et les échanges culturels, Christian Estrosi entend désormais basculer du plan administratif au plan industriel. Une politique qui va se faire au détriment de l'associatif.

Malgré une promesse d'interview au plus haut niveau et de multiples relances, econostrum.info reste dans l'attente d'un rendez-vous avec la Région. Il serait pourtant intéressant de savoir si le Conseil régional se détourne de la Méditerranée ou s'il se contente de recentrer ses subventions sur un petit nombre de structures de coopération pour rationaliser les dépenses publiques. Marseille abrite-t-elle au yeux du nouveau président de la Région trop d'organismes qui consomment beaucoup d'argent public pour peu de résultats ? Ou la région préfère-t-elle regarder vers la Chine, les États-Unis, l'Asie où se concentrent actuellement ses efforts ?  "Pourtant il me semble plus facile pour nos Pme de faire du business avec le Maroc ou la Tunisie qu'avec la Chine" relève circonspect un banquier. "Pour intéresser les Sud-Coréens et les Chinois, nous devons devenir la plaque tournante et la porte d'entrée sur le Maghreb" affirme un directeur d'association.

L'assèchement des subventions publiques (principalement Ville de Marseille et Conseil régional Paca) accordées aux institutions s'occupant de la Méditerranée est arrivé "brutalement et cruellement" mettant en sérieuses difficultés ces dernières. "C'est meurtrier de couper les vivres à des associations pourtant reconnues par Bruxelles, qui gagnent des appels à projets" affirme un expert méditerranéen.

"Avec plus d'argent, nous aurions probablement une politique méditerranéenne plus affirmée " pose Emmanuel Noutary, délégué général d'Anima Investment Network. " Je trouve dommage que cela arrive à un moment où les pays du sud de la Méditerranée vivent une phase de transition, ont besoin de coopération et d'accompagnement".

Face au manque de fonds, les collectivités jugent désormais en fonction du retour sur investissement. "Nous nous trouvons de moins en moins dans une logique d'intervention au service des partenaires du Sud ou d'intérêts partagés. Mais, de plus en plus dans une politique qui semble vouloir servir les intérêts des ressortissants de la collectivité qui finance" lâche Emmanuel Noutary. Ce nouveau schéma de subventions accordées au prisme de l'efficacité pour le territoire va faire sortir des clous plusieurs institutions.

Les baisses de budget n'expliquent pas tout

Bernard Valéro s'avoue optimiste (photo F.Dubessy)
Bernard Valéro s'avoue optimiste (photo F.Dubessy)
Après l'euphorie de 2008, année de création de l'Union pour la Méditerranée (annoncée à Marseille), les délocalisations dans la cité phocéenne de l'IRD (Institut Recherche pour le développement), du Cefeb de l'AFD (Agence France Développement), et la création d'une foison d'organismes de coopération, le soufflé est retombé.

Depuis 2015 les collectivités territoriales semblent tourner le dos à la Grande Bleue. "Les arbitrages éliminent en première ligne la Méditerranée, sans compter les réductions de budget qui touchent en cascade l'ensemble des organismes. L'Etat réduit les subventions et les collectivités locales ne veulent plus payer. Le message de la coopération méditerranéenne ne se trouve plus à l'ordre du jour " confie sous le sceau de l'anonymat, un fin connaisseur du dossier. Ce que confirme, désabusé, Pierre Massis, délégué général de l'Océmo, en ces termes : "Les affectations sur la Méditerranée, à part l'Agence française de développement, le Ministère français des Affaires étrangères et la Banque européenne d'investissement, se réduisent."

Même l'Europe ne considère plus la Méditerranée qu'à travers le prisme des migrants et du terrorisme. La coopération passe aux second plan.

Bernard Valéro, directeur de l'Avitem, semble bien seul lorsqu'il affirme "ne pas percevoir une remise en cause d'un engagement méditerranéen des uns et des autres."  Une méthode Coué alors que l'écosystème marseillo-méditerranéen semble sur le point d'exploser. "Tout est dans le formol" image un autre marseillais spécialiste des relations méditerranéennes. "Nous devons nous attendre à des licenciements, des expertises perdues  qui ne seront pas valorisées auprès des entreprises..."

Et pourtant, comme le souligne Bernard Valéro, "il n'existe pas une région au monde où la France à des enjeux aussi cruciaux que ceux qui s'offrent à nous en Méditerranée. Que ce soient les questions de sécurité, de migration, d'environnement, nos relations avec le monde arabe et au-delà avec l'Afrique, la Méditerranée reste l'espace sur lequel nous avons les plus grands défis à relever." Et d'ajouter, "je ne veux pas participer à cette polémique car les paramètres de politique locale me sont complètement étrangers. Ce que j'observe en arrivant ici , c'est que Marseille et sa région possèdent des atouts absolument extraordinaires pour devenir une grande capitale méditerranéenne."

S'il n'en reste que deux....

Toutes les structures engagées uniquement dans la coopération voient leur source de financement se tarir. Il semble probable que seules les coopérations techniques subsisteront. Les marchés ne sont pas en Méditerranée. Ni pour Marseille, ni pour la France. Les responsables politiques préfèrent donc s'engager dans la coopération avec des pays riches. Comme le faisait le Maghreb avec la France voici quelques années. La France se trouve désormais en position de demandeur et c'est pour cela qu'elle se tourne, par exemple, vers l'Asie.

Pierre Massis le reconnait et le déplore : "C'est vrai. Il existe des marchés plus attractifs que la Méditerranée. Un pays en difficulté financière a tendance se tourner vers des zones de richesses et à délaisser les régions traditionnellement soutenues."

S'il n'en reste que deux, l'ensemble des personnes interrogées n'hésitent donc pas longtemps avant de citer Anima et le Femise.
Anima Investment Network et le Femise (Forum euroméditerranéen des instituts de sciences économiques) jouent sur plusieurs tableaux. Elles ont récemment remporté des appels d'offres européens leur assurant une tranquillité financière pendant au moins trois ans. Sauf que le Femise ne pourra pas exister si meurt l'Institut de la Méditerranée, l'un des ses coordinateurs.

Une once d'espoir

Alors qu'Anima fêtera mercredi 2 novembre 2016, ses dix ans, son délégué général respire l'optimisme. "L'histoire ne peut que rattraper Marseille et nos élus. Aujourd'hui, le tropisme africain fait de l'ombre à la Méditerranée. Mais les liens de Marseille avec la Méditerranée sont principalement nord-africains. Et n'oublions pas que l'Afrique, c'est aussi l'Afrique du Nord. Si nous voulons aller en Afrique, les Pme de Marseille et de la région Paca auront tout intérêt à capitaliser sur les forts réseaux et partenariats développés avec les pays du Maghreb " poursuit Emmanuel Noutary. C'est d'ailleurs tout l'objet de l'Anima Emea Business Forum qui se tiendra les 2 et 3 novembre 2016 à la Villa Méditerranée.

"Finalement, tous les élus de la région vont finir par s'apercevoir que nous sommes en Méditerranée. Il s'agit de géopolitique, de notre histoire mais aussi notre avenir !" insiste Christian Apothéloz. Selon lui, "la Méditerranée ne constitue pas une option, mais une donnée. C'est comme une copropriété. Nous pouvons détester le barbecue du voisin d'en bas, ne pas supporter la voisine du second, mais nous devons payer les charges et emprunter le même escalier. Dans un immeuble nous pouvons penser à déménager. Mais pour une métropole, c'est difficile. Je nous vois mal en mer du Nord ou dans le Pacifique !"

"Quand nous parlions Méditerranée à Marseille, nous parlions surtout Maghreb. Rassurons nous, Marseille n'a pas géographiquement changé de place, elle demeure toujours un port, la Méditerranée reste la seconde région derrière l'Europe pour nos échanges commerciaux, et notre population est un brassage de peuples méditerranéens" relève le délégué général d'Anima.

Bernard Valéro partage ce point de vue : "l'ADN Méditerranéen, l'histoire méditerranéenne, la vocation méditerranéenne, le destin méditerranéen d'une ville comme Marseille, constituent une évidence. Mais il faut la rappeler ! La Méditerranée, que nous le voulions ou non, nous n'allons pas en partir et elle ne va pas partir. La réalité géographique et géopolitique de Marseille et de sa région demeure là. Chacun a ses états d'âmes, mais cette réalité existe. Alors que se réduit la voilure, Il ne faut pas se tromper et faire les bons choix avec du courage et de la lucidité.... Même si ces choix peuvent affecter certains des acteurs méditerranéens et déplaire à d'autres ." 

Emmanuel Noutary voit en la Métropole Aix Marseille Provence, "un nouvel acteur qui pourrait compenser les désengagements de la ville de Marseille. Aix Marseille Provence se compare à ses homologues, notamment en Méditerranée. Elle s'est positionnée dès sa création comme une métropole d'identité méditerranéenne" explique-t-il.

En attendant, chacun tente de faire le dos rond. Car 2017 s'annonce encore plus difficile pour les structures de coopération marseillaise que 2016. Après avoir chanté durant l'été de Michel Vauzelle, elles se trouvent maintenant bien dépourvues sous Christian Estrosi.


Lire aussi : Marseille détricote sa vocation méditerranéenne 1ère partie : Les villas de la discorde
Marseille détricote sa vocation méditerranéenne 2e partie : L'écosystème marseillo-méditerranéen explose
Marseille détricote sa vocation méditerranéenne 4e partie : Le chant du cygne de la Semaine économique de la Méditerranée




Mardi 1 Novembre 2016



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