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Marseille détricote sa vocation méditerranéenne 2e partie : L'écosystème marseillo-méditerranéen explose

UNE ENQUETE D'ECONOSTRUM.INFO


Dossier réalisé en partenariat avec l'APIM

Tandis que le gâteau se réduit, les langues se délient dans les associations méditerranéennes. Les amis d'hier deviennent des concurrents en période de vaches maigres. Le jeu collectif semble relégué aux oubliettes où vont disparaitre plusieurs organismes.



L'enquête d'econostrum.info : Marseille détricote sa vocation méditerranéenne

BOUCHES-DU-RHÔNE. "Marseille n'a jamais su pérenniser des outils qui puissent passer les alternances politiques. Donc, nous subissons" résume Christian Apothéloz, délégué général de Finances & Conseil Méditerranée. "Pourtant, la société civile est permanente et montre des engagements durables qui se heurtent aux projets politiques toujours aléatoires dont nous restons tributaires" poursuit-il.

Au delà du triste sort des deux villas phocéennes, se pose la question de la vocation méditerranéenne de la ville de Marseille. Elle semble irrésistiblement s'évanouir, années après années, et risque de connaître un coma profond dont elle aura du mal à émerger.

Tout au long de cette enquête menée par econostrum.info auprès d'une quinzaine d'interlocuteurs qui gravitent dans la constellation de la coopération méditerranéenne, seule une part infime a refusé de nous parler, jugeant prématuré d'ouvrir la boîte de Pandore. D'autres nous demanderons d'écrire des vérités pas bonnes à dire en se protégeant derrière l'anonymat pour ménager certaines susceptibilités et/ou leurs subventions. La majorité a semblé, au contraire, soulagé d'enfin faire entendre sa voix et son désespoir face à la situation actuelle qui se dégrade. "Pour sauver ce qui peut encore l'être" résume l'un d'entre eux. Une attitude symptomatique d'une cristallisation des rancoeurs, d'incompréhension et de sentiment profond de gâchis. "Nous revenons en arrière" lance ainsi ce responsable d'associations. "L'histoire n'est jamais finie" semble leur répondre Bernard Valéro, le directeur de l'Avitem.

Le CMI pourrait préparer ses valises

Les prochains coups de poignards seront portés dans les prochains mois. Le CMI, plate-forme de savoirs et d'échange associant Etats et institutions de l'ensemble du pourtour méditerranéen, va probablement quitter la Villa Valmer, et très probablement Marseille. Il s'y est d'ailleurs toujours senti à l'étroit, chassant petit à petit les autres structures de la villa et en empêchant d'autres d'y venir. "Agissant en maître souverain" précise même un de ses voisins.

Le CMI signe des accords de trois ans. L'actuel court jusqu'en juin 2018. Cette date pourrait coïncider avec son départ. "La Banque mondiale fait encore du chantage et agit comme ces grands groupes qui prennent les subventions puis s'en vont quand  elles disparaissent " lance le patron d'une association à vocation méditerranéenne. "Ils n'ont pas fait travailler un seul acteur local alors qu'ils avaient un fonds pour cela. Personne ne sait ce qu'ils fabriquent, tout est opaque. Il serait scandaleux qu'ils partent mais je n'aurais aucun regret" insiste un autre.

La CMI bénéficie pourtant de fonds "locaux". La ville de Marseille le loge gratuitement dans une annexe de la Villa Valmer. Pour l'équivalent d'une subvention de 150 000 € par an inscrits au budget du CMI. La Région lui verse annuellement 100 000 € et le CMI perçoit d'autres financements pour des manifestations ponctuelles, par exemple de Marseille Provence Métropole et de l'Etablissement public d'aménagement d'Euroméditerranée (EPAEM).

L'écosystème proche de l'explosion

Autres temps, autres moeurs, Francis Papazian (Finances et Conseil Méditerranée) et Christian Apothéloz (ACIM) signent l'accord Pole Med (photo F.Dubessy)
Autres temps, autres moeurs, Francis Papazian (Finances et Conseil Méditerranée) et Christian Apothéloz (ACIM) signent l'accord Pole Med (photo F.Dubessy)
Territoires solidaires, réseau des acteurs de la coopération internationale de la région Paca, se trouve aussi sur la sellette. "Les associations de structures ne sont plus viables" commente un spécialiste méditerranéen, pointant le fait que "l'Ocemo et Territoires solidaires sont les deux organismes les plus récents ". Sous-entendu, priorité aux plus anciens...

En novembre 2013, lors de la 7e Semaine économique de la Méditerranée, le Pole Med était porté sur les fonts baptismaux. Son objectif : démultiplier par la synergie la coopération économique entre la Région Paca et le bassin méditerranéen. Acim, Anima, Investment Network, Finances & Conseil Méditerranée, Imed entraient alors dans ce consortium "voulu par la Région pour disposer d'un seul interlocuteur" comme le rappelle Christian Apothéloz. Aujourd'hui, il n'est plus qu'une coquille vide.

"Il va y avoir de la casse dans le microcosme méditerranéen. Mais aussi, et ce serait très bien, des regroupements et des synergies" espère Bernard Valéro. La fusion d'association a souvent été évoquée depuis quelques mois. Sans grande réussite... L'Imed et l'Acim auraient ainsi pu fusionner avec Anima. L'Ocemo envisageait aussi un rapprochement avec l'Institut de la Méditerranée. "Il existe trop d'acteurs autour de la Méditerranée. Cela trouble le message et multiplie la clientèle des collectivités" reconnaît un directeur d'association.

A la recherche du jeu collectif perdu

Pierre Massis préconise de travailler ensemble (photo F.Dubessy)
Pierre Massis préconise de travailler ensemble (photo F.Dubessy)
Pierre Massis, délégué général de l'Ocemo depuis 2013, préconise de "travailler de façon plus approfondie, en fédérant les structures quitte à perdre des identités. Il nous faut gagner du poids pour continuer à jouer un rôle sur les enjeux méditerranéens."

Pour un autre baroudeur des arcanes de la coopération méditerranéenne, "les baisses de budget n'expliquent pas tout. Si les collectivités avaient fait des choix, les structures rassemblées pour resserrer et rendre plus efficaces les financements, la situation aurait pu perdurer. Aujourd'hui, tout le monde subi le garrot car ne recevoir plus que 30% des aides habituelles ne permet plus aux associations de vivre".

Plusieurs de nos interlocuteurs soulignent la nécessité de travailler ensemble. "La Villa Valmer devait montrer le jeu collectif des grands acteurs territoriaux. Cette stratégie n'avait de sens que si tout le monde travaillait ensemble sur une politique commune. Huit ans plus tard, tout tombe à l'eau" se lamente un administrateur de l'Ocemo. "Si nous voulons arriver à un résultat, il faut rationaliser les choses. Cela demande d'abord de jouer collectif. J'encourage les uns et les autres à le faire car le côté collectif ne m'apparaît pas encore largement partagé" répond, encore confiant, Bernard Valéro. "J'étais ambassadeur dans les Balkans. Donc je sais ce qu'est la balkanisation. Chacun dans son coin, chacun dans son territoire. Je n'arrête pas de recommander de jouer collectif" insiste-t-il.



Lire aussi : Marseille détricote sa vocation méditerranéenne 1ère partie : Les villas de la discorde
Marseille détricote sa vocation méditerranéenne 3e partie : Une once d'espoir mais peu d'élus
Marseille détricote sa vocation méditerranéenne 4e partie : Le chant du cygne de la Semaine économique de la Méditerranée




Mardi 1 Novembre 2016



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