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Marseille détricote sa vocation méditerranéenne 1ère partie : Les villas de la discorde

UNE ENQUETE D'ECONOSTRUM.INFO


Dossier réalisé en partenariat avec l'APIM

Le sort réservé à la Villa Valmer, dont la ville veut maintenant faire un hôtel de luxe, et celui de la Villa Méditerranée, dont la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur veut se désengager, prouvent le changement de stratégie des collectivités en matière de coopération méditerranéenne. Ces deux bâtiments exprimaient symboliquement la vocation méditerranéenne de la cité phocéenne.


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La Villa Valmer va devenir un hôtel (photo MCA)
La Villa Valmer va devenir un hôtel (photo MCA)

L'enquête d'econostrum.info : Marseille détricote sa vocation méditerranéenne

BOUCHES-DU-RHÔNE. Attention, une villa peut en cacher une autre ! Après la Villa Méditerranée, dont se désintéresse son propriétaire le Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur au point que le maire de Marseille a proposé d'en faire un casino - idée vite abandonnée - une autre villa fait parler d'elle dans la cité phocéenne.

A l'été 2009, sous l'impulsion de la politique méditerranéenne de Nicolas Sarkozy - qui venait de lancer l'Union pour la Méditerranée dont le siège, prévu dans la Villa Valmer, ira finalement à Barcelone - émergeait le projet de faire de la Villa Valmer un pôle regroupant des organismes de coopération méditerranéenne. Après des travaux et un investissement de 6 M€, elle devait accueillir plusieurs organismes gravitant autour de la Méditerranée. Créé le 9 octobre 2009, le CMI, Centre pour l'intégration en Méditerranée, prenait ses quartiers dans une de ses annexes déjà occupée par plusieurs organismes de coopération. Certains se disputaient déjà les bureaux les mieux placés des étages supérieurs de la Villa Valmer, avec vue sur la mer. Malheureusement, le chantier promis n'a jamais dépassé le rez-de-chaussée.

Le CMI est en fait une émanation de la Banque mondiale qui voulait fermer son bureau à Marseille. Une structure donc sans personnalité juridique, financée essentiellement par la Banque Mondiale, la Banque européenne d'investissement (BEI) et la Ville de Marseille. En 2010, une autre structure sensée coordonner l'action des organismes de coopération en Méditerranée, venait rejoindre le CMI à la la villa. Financé par la Caisse des Dépôts, l'Ocemo, ajoutait encore au pôle voulu par les collectivités. L'espace Villa Valmer devait "permettre de trouver un destin international à Marseille dans la Méditerranée de l'époque que l'on essayait de relancer" se souvient un des décisionnaires sur le projet. Au total, Marseille abritera dans ou hors des murs de la villa Valmer les sièges ou les bureaux d'un quinzaine d'organismes dont le Femise, l'Institut de la Méditerranée, le Plan Bleu, l'Onudi, la CGLU, le Cefeb, Anima...

Les locataires de la Villa Valmer vont devoir déménager

Mais voilà qu'un appel à projets vient changer le sort du prestigieux bâtiment. La Villa Valmer va sans doute devenir un hôtel de luxe.

Selon l'appel à projet publié par la mairie de Marseille, propriétaire du bâtiment depuis 1967, la consultation concerne "la mise en valeur de la Villa Valmer et du bâtiment contemporain attenant." La ville indique souhaiter "un projet innovant, permettant de développer son attractivité et son rayonnement. Il s'agira de proposer des idées novatrices en respectant la qualité historique, patrimoniale, paysagère et emblématique du site." La formulation sibylline a vite été décryptée par Dominique Vlasto, adjointe au maire de Marseille en charge du tourisme, qui, en répondant à une question de notre confrère la Provence, a reconnu qu'elle souhaitait mettre en place  "une location longue durée de loisirs pour l'hôtellerie". Un projet de vingt-cinq à trente chambres de luxe, "pour  sauver ce bâtiment sans dépenser de l'argent public ni le vendre puisqu'il faut conserver notre patrimoine". Dont acte. La vocation méditerranéenne de la Villa Valmer est sacrifiée sur... l'autel du tourisme.

Aujourd'hui, le rez-de-chaussée de la Villa Valmer accueille, bon an mal an, quelques manifestations et autres cocktails. Son annexe de 1 100 m² sur deux niveaux est occupée pour un provisoire qui dure, principalement par le CMI. "Ils ont appris dans le journal le changement de vocation" assure un de nos interlocuteurs. Tout comme quelques adjoints marseillais.

Le Plan Bleu et l'Ocemo devront également faire leurs valises. La Commission Méditerranée de la CGLU (Cités et gouvernements locaux unis) a déjà été priée de partir depuis longtemps. Elle est désormais abritée chez Territoires Solidaires en centre-ville. L'Onudi (Organisation des Nations unies pour le développement industriel) qui occupait un petit local de 73 m² a lui déserté Marseille.

"Le sort des deux villas cristallise un mal plus profond" souligne un administrateur de l'Océmo. Car la seconde "villa" dévolue à la Méditerranée va elle aussi probablement changer de vocation.

Une Villa Méditerranée mal conçue

Revenons sur la Villa Méditerranée. Ce beau geste architectural voulu par Michel Vauzelle, alors président de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, et longtemps baptisée par ses détracteurs de Villa Vauzella. Trop à l'ombre du Mucem, Musée des civilisations méditerranéenne, elle s'est longtemps cherchée une vocation. Et a fini par ne pas s'en trouver une. Pressentant la liquidation de son héritage - et sa défaite aux élections régionales -, Michel Vauzelle a confié, quelques mois avant les élections, la Villa Méditerranée en gestion à l'Avitem, l'Agence des villes et territoires durables méditerranéens, implantée à Marseille depuis sa création en février 2012.

Les clefs données à ce GIP (groupement d'intérêt public) n'ont pas résolu les problèmes de financement de ce mastodonte de 10 000 m², doté d'un auditorium sous-marin de 400 places, aux 70 M€ d'investissement et aux 4 M€ de charges annuelles en 2016 (4,4 M€ en 2015). Alors qu'il annonçait vouloir la vendre durant sa campagne, le nouveau président, Christian Estrosi, a lancé, dès sa nomination, une étude sur la vocation et la gouvernance de la Villa Méditerranée.

L'enquête s'est bien déroulée en mai, juin et juillet 2016, mais... personne, en dehors des commanditaires, n'a encore lu les recommandations des auditeurs. "La Région réfléchit sur la base de l'évaluation faite par cette commission" précise Bernard Valéro. Le directeur de l'Avitem, et donc de la Villa Méditerranée, recommande que "la Région, la ville, la Métropole, et pourquoi pas l'Etat, s'assoient autour d'une table pour ensemble réfléchir à deux questions : Comment résoudre l'équation budgétaire de son coût de fonctionnement très élevé. Et que faire de cette villa ?"

Le nouvel exécutif du conseil régional ne cache pas sa volonté de s'en débarrasser au plus vite. "Tant que l'Avitem en a la gestion, j'ai la responsabilité de faire vivre la Villa Méditerranée avec des moyens réduits. J'ai assigné plusieurs objectifs : celui de survie, d'assurer plusieurs missions et d'être à la disposition de tout ceux qui veulent l'utiliser. Je perçois une certaine hypocrisie entre un discours qui dit qu'il ne se passe rien à la Villa et de l'autre côté toutes les demandes que nous recevons quotidiennement pour son utilisation " commente Bernard Valéro. La Villa Méditerranée recevrait, en moyenne, cinq sollicitations par semaine. "Il faut mettre cet outil au service des milieux économiques, en faire un espace de rencontres et d'échanges " insiste le directeur de l'Avitem.

Invendable

La Villa Méditerranée accueillera la 10e édition de la Semaine économique de la Méditerranée (photo F.Dubessy)
La Villa Méditerranée accueillera la 10e édition de la Semaine économique de la Méditerranée (photo F.Dubessy)
Vendre la Villa Méditerranée apparait impossible. En cas de changement de vocation,  "le repreneur devrait payer toutes les taxes dont a été exonéré le bâtiment à sa construction. L'ardoise serait très importante" précise un fin connaisseur du dossier - "elle est surtout non fonctionnelle " complète-t-il. Cette appréciation a au moins le mérite de faire l'unanimité auprès de toutes les personnes interrogées. L'Ocemo, coordinateur de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM) a du prévoir une enveloppe de 5 000 € pour assurer durant la SEM le bon fonctionnement du Wi-Fi, très souvent défaillant, quand il n'est pas inexistant. Incroyable dans un lieu ouvert seulement depuis trois ans... 

"La Villa Méditerranée cumule une succession d'erreurs. Il s'agit du projet d'un homme, pas d'un outil collectif. Il a été réalisé sans la moindre idée de sa vocation future. La région a créé un truc et ses responsables se sont demandés qu'en faire ! De plus, la politique de communication sur cet outil a été désastreuse" souligne un de ses salariés.

Des propos confirmés par un utilisateur assidu du bâtiment, qui lui aussi préfère conserver l'anonymat. "La Villa Méditerranée n'a jamais trouvé son point d'équilibre financier car elle n'a pas été conçue convenablement. Il suffit de constater le faible nombre d'ascenseurs, l'absence de Wi-Fi, le porte-à-faux à l'acoustique déplorable et le manque de m² de bureaux" . A tel point que certains salariés de la Villa Méditerranée ont été priés de prêter leurs bureaux lors de l'organisation du dialogue 5+5 des ministres des Affaires étrangères euroméditerranéens, vendredi 28 octobre 2016. Faute de place libre pour recevoir les délégations.

Il fallait voir Michel Vauzelle, ce jour. L'ancien président du Conseil régional, apparaissait très seul dans les murs de l'outil qu'il avait créé. "Oh, ils peuvent en faire une piscine s'ils veulent. Ou la raser" répondait-il d'un sourire aux journalistes l'interrogeant sur le devenir du bâtiment, avant d'aller s'assoir très discrètement au milieu des journalistes venus assister à la conférence de presse. Pour entendre Jean-Marc Ayrault, ministre français des Affaires étrangères s'enthousiasmer sur le rôle de Marseille en Méditerranée (sic) : "il me semblait naturel que cette réunion se tienne à Marseille, un grand port de la Méditerranée qui est pour nous un trait d'union entre les deux rives".

165 manifestations en 2016

Au-delà de toutes ces polémiques, certains s'étonnent de cette focalisation sur la Villa Méditerranée. "Tout le monde s'intéresse , alors que personne ne s'interroge sur ce qui se passe au CUM par exemple " constatent deux salariés de la Villa Méditerranée. Le Centre universitaire méditerranéen, propriété de la ville de Nice, accueille également des manifestations, pas forcément d'ailleurs à vocation méditerranéenne comme le prouve la programmation de cette fin d'année : "Maître Echkart et la mystique Rhénane", "Une cathédrale pour les peintres, Rouen", "Cancer : vers plus de guérison et moins de mutilation", "Michel Drucker sans écran", "la musique à Versailles"....

Lieu d'accueil de la MedCop21 en 2015, de la Semaine économique de la Méditerranée depuis trois ans et du dialogue 5+5, la Villa Méditerranée aurait, selon l'Avitem, abrité 138 manifestations avec 110 partenaires pour 200 jours d'occupation en 2015 et 165 manifestations pour autant de partenaires et 230 jours d'occupation en 2016.

Pour 2017, c'est l'inconnue...


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Marseille détricote sa vocation méditerranéenne 4e partie : Le chant du cygne de la Semaine économique de la Méditerranée

LES PRINCIPAUX ORGANISMES MARSEILLAIS GRAVITANT AUTOUR DE LA MEDITERRANEE

ACIM : L'Agence pour la coopération internationale et le développement local en Méditerranée travaille sur le développement économique et la création d'activités dans les pays de la rive Sud de la Méditerranée.

Anima Investment Network : Plate-forme multi-pays de coopération pour le développement économique en Méditerranée, le réseau Anima agrège des agences nationales et régionales de promotion des territoires, des organisations internationales, des associations d'entrepreneurs, des pôles d'innovation, des instituts de recherche...

Avitem : L'Agence des villes et territoires méditerranéens durables (Groupement d'intérêt public français - GIP) met en place un dispositif d'échange et d'expérience, d'expertise, de formation et de coopération permettant de promouvoir des démarches intégrées et exemplaires de développement urbain et territorial des pays de l'Union pour la Méditerranée.

Cefeb : Le Centre d'études financières, économiques et bancaires met en oeuvre des programmes de renforcement de capacité et de formation à destination des bénéficiaires de l'AFD (Agence française de développement) dont il dépend.

CGLU :  La Commission Méditerranée de Cités et gouvernements locaux unis est le cadre d'échanges politiques directs entre les élus locaux et régionaux de Méditerranée.

CMI : Le Centre pour l'intégration en Méditerranée est une plate-forme qui réunit plusieurs agences de développement, des Etats, des collectivités locales et la société civile de l'ensemble du pourtour méditerranéen. Et notamment : le Groupe de la Banque mondiale, la France, la Région Paca, la ville de Marseille, la Banque européenne d'investissement (BEI), l'Egypte, la Grèce, l'Italie, la Jordanie, le Liban, le Maroc et la Tunisie. Sa mission est d'échanger des connaissances, de discuter des politiques publiques et d'identifier des solutions aux défis de la région.

Femise : Le Forum euroméditerranéen des instituts de sciences économiques est coordonné par l'Institut de la Méditerranée et l'Economic Research Forum (Egypte). Ce réseau euroméditerranéen est une association qui regroupe plus de 90 membres d'instituts de recherche en économie des 37 partenaires du Processus de Barcelone. Il mène des recherches socio-économiques et émet des recommandations sur les relations de l'Europe et ses partenaires méditerranéens.

Finances & Conseil Méditerranée : FCM est un réseau d'échange et de coopération des banques, des avocats et des experts-comptables en Méditerranée orienté vers les services aux Pme des deux rives.

Imed : Ingénierie méditerranéenne pour l'export et le développement facilite l'embauche des jeunes diplômés grâce au dispositif V.I.E. (Volontaire international en entreprise) à temps et à coût partagés.

Institut de la Méditerranée : Créé en 1994 par la région Paca, le département des Bouches-du-Rhône, la ville de Marseille, la CCI Marseille-Provence et Euromed Management (aujourd'hui Kedge), il a une fonction d'influence et d'identification et de suivi des projets pour ses membres fondateurs sur la région euroméditerranéenne. L'un de ses instruments est le Femise.

IRD : L'Institut Recherche pour le développement est un établissement public français, organisme pluridisciplinaire travaillant principalement en partenariat avec les pays méditerranéens et intertropicaux. Il poursuit une démarche de recherche, d'expertise, de formation et de partage des savoirs au bénéfice des territoires et pays qui font de la science et de l'innovation un des premiers leviers de leur développement.

Ocemo : L'Office de coopération économique pour la Méditerranée et pour l'Orient, réseau de réseaux, a reçu pour mission de répondre aux défis sociétaux majeurs en Méditerranée. Il porte la voix de la société civile pour un développement économique inclusif et durable.

Plan Bleu : Créé dans le cadre du Plan d'action pour la Méditerranée du Programme des Nations Unies pour l'environnement (Pnud), il développe des bases de données et de méta-données sur l'environnement, l'économie et la société et livre des analyses et prospectives sur les principaux enjeux de développement durable à l'échelle du bassin méditerranéen.

Territoires solidaires : Le réseau des acteurs de la coopération internationale de la Région Provence-Alpes Côte d'Azur a pour objectif le développement et l'amélioration qualitative des actions de coopération décentralisée et de solidarité internationale conduites par l'ensemble des acteurs publics et privés situés sur le territoire.


Mardi 1 Novembre 2016

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