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Loïc Fauchon: "Il faut passer à une politique de la demande en eau"


A l’occasion du 5ème Forum mondial de l’eau qui se déroule du 16 au 22 mars à Istanbul, Loïc Fauchon, le président du Conseil mondial de l’eau, revient pour Econostrum.info sur l’évolution de la ressource en eau dans le bassin méditerranéen et les problèmes d’épuration, en progrès, mais qui doivent encore être améliorés.


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Loïc Fauchon, le président du Conseil mondial de l'eau, préconise une utilisation plus rationnelle de l'eau (photo Conseil mondial de l'eau)
Loïc Fauchon, le président du Conseil mondial de l'eau, préconise une utilisation plus rationnelle de l'eau (photo Conseil mondial de l'eau)
MEDITERRANEE.
Econostrum: Comment la ressource en eau a-t-elle évolué dans le bassin méditerranéen 12 ans après la première édition du Forum mondial de l'eau à Marrakech organisé par le Conseil mondial de l'eau ?

Loïc Fauchon: Ce qui avait été considéré très préoccupant comme la littoralisation forcenée, c'est-à-dire la déruralisation vers les villes du littoral, s’est considérablement accru. Avec, du même coup, une plus grosse pression sur la ressource.

La seule solution pour en sortir, c’est de mettre en place une politique d’aménagement du territoire, ce qui est très peu le cas. Seuls quelques pays comme l’Egypte ou l’Algérie ont des grands projets d’aménagement pour peupler des régions du centre et décongestionner le littoral. C’est le cas du projet de Touchka près du lac Nasser, ou encore la volonté de redéployer les populations algériennes vers les hauts plateaux algériens et le sud, avec d’importants aménagements hydrauliques. C’est un véritable concept géostratégique.

Le partage de la ressource

Econostrum: Le bassin méditerranéen est-il en situation de stress hydrique?

Loïc Fauchon: Les pays qui avaient d’importantes difficultés d’approvisionnement en eau ont fait de grands projets pour augmenter l’offre. C’est le cas de l’Algérie, par exemple, qui a mis en place l’un des plus importants programmes au monde par habitant pour sécuriser la ressource en eau et la distribuer à la population. Mais il faut maintenant gérer correctement cette distribution.

Dans certains pays ou régions, comme Agadir au Maroc ou le sud de l’Espagne, les choix hydrauliques qui ont été faits ne sont pas toujours judicieux. Leurs ressources ne suffisent pas pour les besoins qu’ils ont créés. Le plan hydraulique espagnol veut faire descendre l’eau du nord vers le sud. Cela pose d’ailleurs la question de la collaboration transfrontalière, notamment en Europe. Peut-on dire qu’on fait l’Europe si on ne partage pas la ressource? Autrement dit, est-il légitime de dire qu’on ne peut pas donner l’eau du Rhône aux Espagnols?

Plus de contrôle pour réduire la consommation

Econostrum: La politique du toujours plus d’eau vous semble-t-elle adaptée aux contraintes actuelles?

Loïc Fauchon: Il faut aujourd’hui passer à une politique de la demande en eau, par opposition à la politique de l'offre qui est la règle depuis 50 ans. Les pays ne s’occupent pas encore suffisamment du contrôle, de la gestion et de la rationalisation de la demande qui permettrait d'aboutir à une stagnation, voire une régression de la consommation à l'image de ce qui commence à se passer dans quelques pays, notamment en Europe de l'Ouest où la consommation baisse de 1 à 2% par an depuis une dizaine d'années. Ainsi, à Marseille, cela représente 1 à 2 millions de m3 par an, soit la consommation de plus de 12.000 habitants.

La raréfaction de l'eau doit aussi amener à réfléchir sur le concept d'eau virtuelle, autrement dit l'évaluation de la quantité d'eau nécessaire pour produire un bien. Avec comme conséquence, des interrogations sur l'opportunité par exemple de produire des bananes au Maroc, au lieu de les importer des Canaries. A terme, la présence ou non de l’eau influera sur les choix industriels, agricoles et commerciaux.

Dépolluer, un problème global

Econostrum: La dépollution de la Méditerranée est l’un des sujets principaux retenus par l’Union pour la Méditerranée. Qu’en pensez-vous?

Loïc Fauchon: C’est intéressant bien sûr, mais c’est une vision très bruxelloise du problème : "une mer à protéger, des terres à abreuver".

En fait, une politique équilibrée en Méditerranée doit prendre en compte à la fois une maîtrise de la ressource en eau, la régulation de la demande et la poursuite du processus épuratoire pour protéger la Méditerranée. En la matière, d’énormes progrès ont été faits, la palme revenant à la Tunisie, deuxième nation en Méditerranée en rendement épuratoire après la France. Les autres pays s’y mettent.

Brigitte Challiol
Jeudi 5 Mars 2009

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