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Les territoires ont un rôle à jouer dans la lutte contre le changement climatique : Région SUD et opportunités de coopération sur le plan EU-Med

Par Constantin Tsakas*, délégué général de l'Institut de la Méditerranée, secrétaire général du Femise



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(photo : F.Dubessy)
(photo : F.Dubessy)
Trois ans après l’adoption de l’Accord de Paris, la question du renforcement de l’ambition et de la coordination des efforts pour une action efficace contre le changement climatique est plus que jamais d’actualité.

C’est en Pologne, à la 24e conférence annuelle (COP24) sur la lutte contre le changement climatique, qu’aura lieu un évènement co-organisé par l’Union pour la Méditerranée, l’Institut de la Méditerranée, FEMISE et ENERGIES2050. C’est à ce moment que sera officiellement présentée une étude intitulée « Les gouvernements infranationaux Euro-Med dans la lutte contre le changement climatique : Cadre d’action, exemple de la région SUD Provence-Alpes-Côte d’Azur et opportunités de coopération à l’échelle méditerranéenne  ». Cette étude, initiée par l’Institut de la Méditerranée (Marseille) et portée avec ENERGIES2050 et FEMISE, propose une photographie du contexte, de la situation et de quelques exemples d’actions des territoires méditerranéens face à la question du changement climatique.

Cette étude est une photographie des initiatives et dynamiques en cours au niveau de la Région SUD dans la lutte contre les effets du changement climatique et s’inscrit également dans le cadre plus large de la coopération euro-méditerranéenne. Elle est en soit un véhicule d’échange d’expériences entre les territoires méditerranéens du Nord et du Sud ainsi que pour les acteurs de la coopération.

Un cadre légal adapté et un foisonnement d’initiatives en Région SUD…

L’étude produit une analyse de l’action territoriale en Région SUD sous le prisme d’une série d’éléments clés, à savoir la gouvernance, la mise en place de stratégies climat intégrées, la sensibilisation et le partage de l’information, le financement et le suivi des actions selon une méthodologie transparente compatible avec le MRV (Monitoring, Reporting, Vérification).

Ce que l’on observe c’est que globalement, l’action des collectivités, en France en général et en Région Sud en particulier, bénéficie d’un cadre légal incitatif et cohérent, qui est appuyé par des dispositifs d’information régionaux fournis, mais aussi par la possibilité de mobiliser de nombreux leviers de financements européens, nationaux et régionaux. Les collectivités de la Région SUD se sont engagées dans la mise en place de stratégies climat intégrées sous la forme de PCET (Plans Climat Energie Territorial) puis de PCAET (Plans Climat Air Energie Territoire), bien que l’élaboration de ces derniers reste en cours pour la plupart des territoires.

On voit aussi qu’il existe un foisonnement d’initiatives, de plans d’actions et d’engagements au niveau des différents territoires, ce qui est un signal positif. L’implication des acteurs (citoyens, entreprises, etc.) dans la conception des PCET est un élément clé des politiques énergie/climat à l’échelle territoriale. Force est de constater qu’il existe des inclusives mises en place en Région SUD qui peuvent servir de référence dans ce domaine.

A titre d’exemple, sur les 190 actions retenues pour le second plan climat de la ville de Marseille, adopté en 2012, une centaine répond à une ou plusieurs propositions du public synthétisées dans un livre blanc de la concertation (réalisé en 2011 par la Communauté Urbaine Marseille Provence Métropole). De nombreuses initiatives visant à impliquer les acteurs dans la mise en œuvre des plans climat en Région SUD existent également.
 
Cependant, le foisonnement d’initiatives signifie aussi que la coordination transversale et horizontale devient plus complexe.

…mais des choses restent encore à accomplir

De manière générale, un important travail sur le suivi de la réalisation des actions et sur la diffusion des résultats associés pourrait être entrepris afin d’accroitre la visibilité et la transparence sur les stratégies menées et sur leurs effets.

Par ailleurs, les collectivités de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (comme en France en général) semblent être en retard en ce qui concerne l’élaboration et l’adoption des Plans Climat Air Energie Territoire (PCAET). On notera aussi que le dispositif de lois et obligations encadrant l’action territoriale sur le climat est fourni, mais la mise en œuvre passera par un engagement de l’ensemble des acteurs de terrain, ce qui pose la question de la compréhension des enjeux et de l’objectivisation, en particulier chez les élus locaux et en particulier dans le domaine de l’adaptation. Le défi, qui n’est pas unique à la Région SUD mais qui s’applique à l’ensemble des territoires, va être de passer à la vitesse supérieure pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Le renforcement de la culture « climatique » pour communiquer avec les élus de façon apaisée, convaincante et pertinente est crucial.

Notons aussi que le reporting sur la performance des plans climats est relativement discret et ne semble pas permettre aux citoyens et aux acteurs de prendre clairement connaissance des progrès qui ont été effectués dans le cadre des initiatives. Les prochains PCAET doivent inclure des tableaux de bord et de suivi accompagnés d’indicateurs chiffrés se référant aux objectifs initialement pris. Ces indicateurs pourraient être utilisés pour faire le point sur les avancées permises par les PCET dans le passé, et devraient être accessibles et diffusés publiquement.

D’autres pistes de réflexions sont avancées dans l’étude et, bien évidemment, les performances de la Région SUD en matière climatique dépendent aussi de l’évolution du cadre au niveau national et européen.

La Région SUD peut avoir une place centrale dans la coopération Euro-Med sur la question climatique

Les territoires méditerranéens d’Europe sont les plus vulnérables du continent, et les territoires méditerranéens du Sud et de l’Est du bassin sont en première ligne au niveau mondial. L’impact du changement climatique est potentiellement couteux économiquement, remet en jeu l’attractivité des territoires et défie les objectifs européens de cohésion des régions et de croissance inclusive dans les pays de la rive Sud.
 
Ainsi, l’étude avance des pistes de réflexion. L’une des premières pistes pourrait être de placer la question climat/territoire au centre de la stratégie de coopération avec les territoires méditerranéens du Sud et de l’Est. Alors que les territoires de la rive Nord en sont à leur deuxième expérience de Plan climat territoire, ceux du Sud commencent pour la plupart leur première expérience. La Région SUD Provence-Alpes-Côte d’Azur pourrait apporter ici de précieux retours d’expériences, en organisant notamment le rapprochement entre les résultats de la science et les décideurs et la production d’informations et de connaissances sur les questions de développement local/climat qui reste à construire dans de nombreux pays. Par ailleurs, une plateforme au service des territoires en la matière offrant la possibilité de capitaliser, d’échanger, de former, de permettre un dialogue avec le monde de la statistique régional et d’offrir une assistance technique pourrait être supportée au niveau régional, notamment à travers des initiatives naissantes comme par exemple la Maison Méditerranéenne du Climat.
 
Sur le plan EU-Med, notons aussi qu’une implication du secteur privé pourrait apporter des réponses intéressantes. Les propositions d’actions à entreprendre sur le plan de la coopération euro-méditerranéenne pourraient inclure la création d’un « ERASMUS de l’entreprenariat social et environnemental » pour cultiver les compétences entrepreneuriales à impact social et environnemental notamment à l’égard de jeunes. Cette mesure permettrait aux nouveaux entrepreneurs à impact social des deux rives d'acquérir ou d’échanger des connaissances et des idées entrepreneuriales innovantes sur le plan environnemental avec un entrepreneur expérimenté auprès duquel ils pourraient séjourner pendant quelques mois. Par ailleurs, une Initiative Méditerranéenne de Financement Social et Environnemental pourrait également apporter des éléments de réponse, en alignant la création d’entreprises et les flux de capitaux avec des objectifs de réductions d’externalités sociales et environnementales locales dans l'espace méditerranéen.


*Constantin Tsakas est l'un des directeurs de publication de l’étude « Les gouvernements infranationaux Euro-Med dans la lutte contre le changement climatique ».

L’étude sera présentée dans le cadre du Side-Event « L’implication des gouvernements infranationaux euro-méditerranéens dans la lutte contre le changement climatique », co-organisé par l’Union pour la Méditerranée, l’Institut de la Méditerranée, FEMISE et ENERGIES2050 (11 Décembre 2018, 10h-12h, COP24, Pavillon ENERGIES2050, Katowice, Pologne)


Mardi 11 Décembre 2018

Constantin Tsakas*, délégué général de l'Institut de la Méditerranée, secrétaire général du Femise

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