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Les responsabilités en question après la tentative d'entrées massives de migrants à Melilla


Rédigé par , le Lundi 27 Juin 2022 - Lu 2502 fois


Les heurts ont été violents entre migrants et forces de l'ordre marocaines (photo archives: DR)
Les heurts ont été violents entre migrants et forces de l'ordre marocaines (photo archives: DR)
MAROC / ESPAGNE. Trois jours après le drame de Melilla, au Nord du Maroc, qui a coûté la vie à au moins trente-sept migrants (23 communiquent les autorités marocaines) selon un bilan toujours provisoire de plusieurs ONG locales, tout le monde semble se renvoyer la balle.

Vendredi 24 juin 2022 au petit matin, environ 1 300 à 2 000 personnes (selon les sources), principalement des Soudanais et des Nigérians, ont tenté de pénétrer dans cette enclave espagnole au Maroc. A l'exception de quelque 130 à 230 d'entre eux ayant réussi franchir la triple haute clôture métallique délimitant la frontière, "porte" ouvrant sur l'Union européenne, tous ont été refoulés par les forces de l'ordre marocaines.

Les décès seraient survenus - d'après une source de la province de Nador où ont été évacués à l'hôpital Hassani les blessés et les morts et citée par plusieurs médiaux - à cause "des bousculades et en chutant de la clôture de fer qui sépare l'enclave espagnole du territoire marocain, lors d'un assaut marqué par l'usage de méthodes très violentes de la part des migrants". Selon plusieurs ONG, aux jets de pierre, à l'usage de barres de fer et de bâtons ont répondu des grenades lacrymogènes et des coups de matraque.

Selon la délégation locale du gouvernement espagnol, soixante-seize migrants ont été blessés dont treize grièvement. 140 membres des forces de sécurité comptent également parmi les victimes, dont cinq grièvement atteints.

Madrid dénonce des mafias

L'Organisation internationale pour les migrations (OMI) et le Haut Comité aux Réfugiés des Nations unies (HCR) ont fait connaître, dans un communauté commun, "leur plus profonde tristesse et leur préoccupation face aux pertes en vies humaines et aux blessures". Ces institutions "exhortent toutes les autorités à donner la priorité à la sécurité des migrants et des réfugiés, s'abstenir de faire un usage excessif de la force, et à faire respecter leurs droits humains". OMI et HCR "soulignent plus que jamais l'importance de trouver des solutions durables pour les personnes en situation de déplacement".

Pedro Sanchez a parlé d'"attaque contre l'intégrité de l'Espagne". Le Président du Conseil espagnol condamne "un assaut (...) violent et organisé de la part de mafias qui se livrent au trafic d'êtres humains contre une ville qui est un territoire espagnol".

L'Algérie y est allé de son couplet, dimanche 26 juin 2022, par la voix d'Amar Belani. L'envoyé spécial chargé de la question du Sahara occidental et des pays du Maghreb au ministère algérien des Affaires étrangères désigne, sans ambiguïté, le Maroc comme responsable. Selon le diplomate, "les images de ce carnage sont extrêmement choquantes (...) Elles renseignent sur l'extrême brutalité et l'usage disproportionné de la force qui s'apparentent, en la circonstance, à de véritables exécutions sommaires." Les autorités algériennes, en froid avec le Maroc jusqu'à rompre leurs relations diplomatiques avec ce voisin, et plus récemment avec l'Espagne en suspendant un traité d'amitié et de coopération, réclament une enquête indépendante. Elles demandent que cette dernière soit confiée au HCR.

L'Espagne arrondit les angles avec le Maroc

Omar Naji, chargé du dossier des migrants originaires d'Afrique subsaharienne Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), insiste aussi "sur l'ouverture d'une enquête approfondie pour élucider les circonstances de ce drame". L'Organisation démocratique du travail (ODT), syndicat marocain, a également appelé le gouvernement marocain "à ouvrir une enquête sur ce drame tragique et à faire le nécessaire en faveur des victimes des deux côtés".

"Ces événements tragiques mettent en relief la violation systématique des droits humains de la part d’un État qui a choisi, d’une part, d’instrumentaliser l’épouvantail de la submersion migratoire à des fins de chantage politique et d’autre part, de jouer le rôle de gendarme -contre espèces sonnantes et trébuchantes- dans le cadre de l’externalisation de la gestion des frontières extérieures de l’Union européenne", insiste Amar Belani.

Cette tentative de passage, la plus meurtrière jamais enregistrée, intervient paradoxalement alors que les relations entre l'Espagne et le Maroc se trouvent au beau fixe après plus d'un an de brouille. Le soutien officiel du plan marocain d'autonomie pour le Sahara occidental de Rabat par Madrid a ouvert en grand la porte à un rapprochement concrétisé par la signature d'une feuille de route en seize points. Mais aussi par la réouverture, en mai 2022, des postes de Melilla et de Ceuta, les deux seules frontières terrestres de l'UE sur le continent africain.

Contrairement aux épisodes précédents, l'Espagne a décidé d'arrondir les angles pour ce premier incident frontalier depuis la nouvelle entente cordiale entre les deux royaumes. Son Premier ministre a précisé que "la gendarmerie marocaine avait travaillé en coordination avec les forces de sécurité espagnoles pour repousser cet assaut si violent dont nous avons été témoins". Cette déclaration marque la volonté d'apaisement. En mai 2021, lors d'une tentative de plus de 10 000 migrants d'entrer dans l'enclave de Ceuta, Madrid avait pointé du doigt le relâchement des contrôles frontaliers marocains. Début mars 2022, ce sont 2 500 d'entre eux, dont près de 500 avec succès, qui s'étaient précipités sur les clôtures de Melilla. 

Seule fausse note, celle d'Eduardo de Castro, président de cette ville autonome, évoquant une "réponse disproportionnée du Maroc".

Lire aussi notre enquête "Ceuta et Melilla, baromètres des relations entre le Maroc et l'Espagne




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