Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée


            Partager Partager

"Les porteurs de projets au Sud de la Méditerranée ont pris conscience de l'opportunité de se financer via des plateformes de crowdfunding"


Administrateur de Finance Participative Afrique Méditerranée (FPAM), Michel Kaluszynski dresse un premier bilan de la finance participative au Maroc, en Tunisie et en Algérie. Créée en juillet 2014, cette association entend développer un réseau international autour de ce mode de financement et permettre sa promotion en particulier en Méditerranée et en Afrique. English version



Michel Kaluszynski et FPAM vont poursuivre leur cycle de webinaires (photo : DR)
Michel Kaluszynski et FPAM vont poursuivre leur cycle de webinaires (photo : DR)
Econostrum.info : En juin 2017, lors d'un séminaire sur le financement participatif à Marseille, vous indiquiez que le Maroc et la Tunisie appartenaient aux pays les plus en pointe dans ce domaine au Sud de la Méditerranée. Où en sommes-nous près de quatre ans après ?

Michel Kaluszynski : En juin 2017, FPAM avait organisé un séminaire international sur "L’adaptation des cadres réglementaires pour l’adoption du crowdfunding en Afrique et en Méditerranée". Ce séminaire de travail -non public- a permis de réunir les autorités de régulation des pays d’Afrique et de Méditerranée pour un partage d’expériences sur la mise en œuvre d’un cadre réglementaire favorable au développement du crowdfunding et d’identifier les besoins d’accompagnement dans la mise en œuvre de cadres législatifs nationaux.
En 2017, le Maroc et la Tunisie avaient déjà exprimé un intérêt fort pour le crowdfunding et les autorités des deux pays avaient déjà commencé un travail institutionnel sur l'établissement de cadres réglementaires dédiés. Ils étaient en effet parmi les rares du
continent à avoir engagé un tel travail.
Nous constatons aujourd'hui que le Maroc et la Tunisie ont adopté chacun un projet de loi favorable au développement du crowdfunding en 2020 ce qui confirme le leadership pris par ces deux pays dans la région en matière de régulation dans ce domaine.

"Les diasporas jouent un rôle important"

Qui sont les acteurs du secteur dans ces pays ? Sont-ils locaux, régionaux ou étrangers ?

A.K. : Il n'y a pas eu de recensement précis sur les montants levés via crowdfunding au profit de projets au Maroc et en Tunisie que ce soit localement ou au niveau international (depuis l'étranger). Il est certain en revanche que les montants ont connu une croissance exponentielle ces dernières années, grâce notamment à la forte diffusion de cette pratique à l'échelle internationale et à la prise de conscience par les porteurs de projets au Maroc et en Tunisie de l'opportunité de se financer via des plateformes de crowdfunding.

Les diasporas des deux pays jouent également un rôle important pour à la fois financer des projets locaux ou aider certains projets à accéder aux plateformes étrangères. Plusieurs plateformes œuvrent depuis quelques années sur le terrain, nous pouvons citer à
titre d'exemple : Cotizi et Wuluj au Maroc, Cha9a9a en Tunisie et Cofundy qui couvre les deux pays depuis l'Europe.

La plate-forme de financement participatif développée par le programme Diafrikinvest (coordonné par Anima Investment Network) a-t-elle joué son rôle pour attirer les investissements de la diaspora sur des opérations en Tunisie et au Maroc ?

M.K. : Anima / Diafrikinvest n'ont pas développé de plateforme de crowdfunding au sens strict, mais dans trois pays une plateforme de mise en relation ou information. En Tunisie, la plateforme rassemble les mécanismes de financements dans un seul
espace en ligne. Au Maroc, elle met la diaspora marocaine en contact avec les entrepreneurs. Au Sénégal, elle donne des informations sur la création d’entreprises et met en relation entrepreneurs et experts.

Deux lois adoptées en Tunisie et au Maroc

Où en est la législation dans ces deux pays ? Comment est encadré le financement participatif ?

M.K. : En Tunisie, la loi n°2020-37 relative au crowdfunding a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée des Représentants du Peuple le 21 juillet 2020. Au Maroc, la Chambre des représentants a adopté le 11 février 2020 le projet de loi N°15-18 relatif au financement collaboratif. Les décrets d’application au Maroc et en Tunisie se trouvent encore en préparation et sont attendus pour l’entrée en vigueur de ces deux lois.

Ces lois permettent d’encadrer les trois activités du crowdfunding : dons, prêts et investissement en titres financiers. Bien que ces textes soient considérés comme une étape nécessaire pour le développement du secteur, ils risquent de restreindre le développement des acteurs ou de limiter les impacts de ce nouveau mode de financement. En effet, les plateformes de crowdfunding des deux pays, par exemple, ne pourront proposer qu’un seul mode de financement et en Tunisie le crowdfunding ne sera accessible qu’aux projets à but lucratif.

Qu'en est-il de l'Algérie ?

M.K. : La Commission d'organisation et de surveillance des opérations de Bourse (Cosob) algérienne prépare un règlement qui va régir le fonctionnement des plateformes de crowdfunding en Algérie.
Le cadre réglementaire pour l’exercice de l'activité de crowdfunding en Algérie entrera en vigueur dès la promulgation dans le journal officiel du règlement de la Cosob. Plusieurs plateformes travaillent déjà en Algérie, nous pouvons citer à titre d'exemple : Chriky
et Ninvesti.

"Échange de bonnes pratiques entre pairs"

Quel bilan tirez-vous du webinaire organisé par FPAM le 18 mars 2021 sur les "conditions à réaliser pour un développement puissant du crowdfunding au Maroc et en Tunisie" ?

M.K. : L'intention de FPAM était de réunir des acteurs engagés (régulateurs, opérateurs, responsables des écosystèmes) de deux pays-cibles, pionniers en matière de refonte de leurs réglementations, et quelques autres de l'aire Méditerranée-Afrique.
Nous voulions réaliser un point d’étape et démarrer un échange de bonnes pratiques et de questions "entre pairs", le tout avec un objectif de contribution à un changement puissant.

La proposition de FPAM a été très bien reçue avec plus de 100 inscrits et entre quarante et cinquante personnes en ligne simultanément pendant le webinaire. Les acteurs les plus engagés dans l'appui aux projets, dans le développement des territoires et dans le traitement des défis (économie, social, environnement, etc.) perçoivent les enjeux du crowdfunding et son intérêt, encore accru par la crise sanitaire.
La dynamique engagée au Maroc et en Tunisie est également inspirante pour les autres pays d’Afrique, dont des représentants se sont inscrits. L'intérêt d'échanges internationaux a été visiblement plébiscité. Ce webinaire a permis d'identifier et mobiliser des témoins-clés dans chacune des catégories, d'obtenir un nombre important d'inscriptions, de vérifier la motivation des participants à la réunion virtuelle, d'extraire les premiers axes de contenus à traiter lors d'un futur grand événement public, du type de ceux que FPAM a organisé à Tunis (2016) et Dakar (2018).

"Nous voulons organiser dès que possible un grand événement en présentiel"

Quelle suite allez-vous donner à ce webinaire ?

M.K. : Ce succès nous donne des devoirs. Nous devons continuer à accompagner les échanges et réflexions et répondre au mieux aux demandes de contenus, avec un objectif clair : obtenir, pour reprendre les termes du titre du webinaire, "un développement puissant du crowdfunding".

A court terme, nous voulons reproduire, améliorer et multiplier le « format webinaire" en organisant un webinaire général d'une durée de 2 heures tous les six mois, sur le modèle de celui du 18 mars en étendant sur plusieurs pays (réglementation en cours ou à venir, plateformes opérateurs, exemples de projets concrets) avec une focalisation thématique et moins d'intervenants, pour
faciliter les échanges. Nous souhaitons également organiser plus fréquemment des webinaires d’une heure sur des questions très resserrées : sorties de textes de cadrage réglementaire, décrets d’application, opérations de communication des plateformes, actions spécifiques d’acteurs spécialisés, comme par exemple la campagne d'appui aux projets d'écotourisme méditerranéens lancée par le réseau Défismed etc...

Enfin, dès que possible (ré)organiser un grand événement rassembleur en présentiel. Ceci nous paraît nécessaire. Il serait complémentaire aux webinaires : la transformation en cours, celle du participatif et du collaboratif, cohérente avec le dynamisme des sociétés civiles des pays concernés, repose sur la société dans son ensemble (porteurs de projets, épargnants-contributeurs, etc.). Elle requiert un partage général d'informations, une couverture médiatique, l'implication d'acteurs multiples (institutions internationales et nationales, organisations économiques et financières, centres de recherche, réseaux de diasporas, etc...).

Propos recueillis par Frédéric Dubessy
Lundi 19 Avril 2021

Lu 1848 fois




Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

A lire avant de commenter !
Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Econostrum.info.
Pour assurer des échanges de qualité, un maître-mot : le respect. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.
Il n'est pas permis de choisir comme nom d'utilisateur le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.).
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, reproduisant des échanges privés, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos…).
Econostrum.info se réserve le droit d'éliminer tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier, contenant des invectives et des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
Une trop mauvaise qualité d’écriture (multiplication des fautes de frappe, absence totale de ponctuation, langage SMS, etc.) peut entraîner la non-publication des messages.
Les décisions des modérateurs ne peuvent être contestées. L’auteur de la contribution est responsable de son contenu. La fiabilité de l’utilisateur, son identité et sa moralité ne peuvent être garantis par Econostrum.info. Econostrum.info ne pourra en aucun cas en être tenu responsable.
Si vous désirez signaler un contenu illicite ou abusif, merci de le faire à l'adresse suivante : redaction@econostrum.info.


Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.





RÉFLEXION

Où en est le Partenariat Euro-Méditerranéen ?

Henry Marty-Gauquié, membre du Conseil scientifique d’Euromed IHEDN
avis d'expert


Actus par pays

Voir en plein écran




Suivez-nous
Facebook
Twitter
YouTube
Newsletter



Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA




Guide de l'économie 2021
Le guide 2021 de l'économie en Méditerranée

Le guide 2021 de l'économie e...

 30,00 € 
  Prix Spécial | 20,00 €



À propos d'Econostrum.info


Econostrum.info est un média indépendant qui traite au quotidien l'actualité économique des pays riverains de la Méditerranée. Coopération économique, actualité des entreprises par secteur (Industrie, Services, Transport, Environnement, Finances), dossiers thématiques, actualité des aéroports, compagnies aériennes et maritimes (nouvelles destinations)... sont traités et analysés par une équipe de journalistes présents dans le bassin méditerranéen.