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Les pays méditerranéens et africains peuvent-ils tirer profit de la présence chinoise ?

Article co-écrit par l'Observatoire Europe-Afrique 2020 et l'Ipemed


La Chine est devenue un partenaire économique incontournable de l’Afrique, partiellement englobé dans son ambitieux programme « One Belt One Road ». La « percée chinoise » suscite un engouement médiatique, avec une multiplication d’articles sur des projets dont certains ne sont que des promesses. La dernière étude publiée par l’IPEMED en juin 2018, tente de mettre en perspective quelques idées reçues et propose des éléments de réflexion qui contrebalancent, parfois infirment, les trop nombreux effets d’annonce. English version



Les pays méditerranéens et africains peuvent-ils tirer profit de la présence chinoise ?

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En 2017, la Chine réalisait 14,9% des échanges du continent africain dont 16,7% des importations et 12,1% des exportations. Mais quatre pays seulement absorbent près de la moitié des exportations chinoises: l’Afrique du Sud (15%), l’Égypte (12%), le Nigeria (11%) et l’Algérie (8,7%). Ces pays accusent aussi le plus gros déficit de leur balance commerciale avec la Chine. Les courants d’affaires restent déséquilibrés en volume, et s’appuient sur des échanges de « produits de base africains » contre des « produits manufacturés chinois ».

La stratégie économique chinoise en Afrique comprend également la vente de prestations de services et de travaux « clés en main », parfois assimilée, à tort, à de l’investissement direct étranger. En 2016, les entreprises chinoises réalisaient pour près de 50 mrds $ de projets d’infrastructures en Afrique. Là encore, cinq pays seulement représentent 56% de la totalité des contrats de prestations « clés en main » achevés, réalisés par la Chine sur le continent entre 2003 et 2015 : l’Algérie, l’Angola, le Nigeria, l’Éthiopie et le Soudan.

Ce montant est à mettre en perspective avec celui, très faible, de l’investissement direct chinois sur le continent : 2,4 mrds $, soit 1,2% seulement du total des flux d’IDE chinois dans le monde. La Chine poursuit donc une politique d’investissement extrêmement prudente en Afrique et se concentre en priorité sur l’Europe et l’Amérique du Nord.


Relativiser l'impact des zones éconiomiques spéciales

Les grandes entreprises chinoises de BTP ont exercé une pression à la baisse sur les coûts de construction (photo : F.Dubessy)
Les grandes entreprises chinoises de BTP ont exercé une pression à la baisse sur les coûts de construction (photo : F.Dubessy)

Alors, quelle contribution chinoise au développement industriel des pays africains ? La stratégie chinoise semble avoir favorisé la structuration du tissu économique de nombreux pays africains, en améliorant les infrastructures de transport et énergétiques. Les grandes entreprises chinoises de BTP ont exercé une pression à la baisse sur les coûts de construction. A contrario, cette manne financière induit des effets pervers, notamment sur l’endettement des pays africains.

L’impact des « zones économiques spéciales » est aussi à relativiser car les intérêts chinois restent limités à une quinzaine de zones, majoritairement en Éthiopie.

Que penser au final de cette présupposée « menace chinoise » en Afrique ? Ne serait-elle pas le fruit d’une projection quasi ethno-centrée que nous avons de la stratégie de la Chine sur ce continent ? En réalité, la principale problématique est de savoir si l’Afrique saura profiter de l’offre chinoise ? Pour les Européens, cela revient en filigrane à s’interroger sur la capacité des décideurs politiques et économiques à renouveler leur paradigme de coopération avec leurs homologues africains.

Lire l'étude "Comment la Chine contribue-t-elle au développement industriel des pays africains ?"


Christian Delavelle (Observatoire Europe-Afrique 2020) et Kelly Robin (Ipemed)

Mardi 10 Juillet 2018




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Christian Delavelle (Observatoire Europe-Afrique 2020) et Kelly Robin (Ipemed)










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Razika Adnani Philosophe et écrivaine. Associée au groupe d'analyse de JFC Conseil

 




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