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Les navires fantômes, nouvelle stratégie des organisations de passeurs en Méditerranée


Depuis plusieurs mois, les organisations de passeurs utilisent des cargos qui ne sont plus immatriculés sur les registres maritimes pour transporter les clandestins. Cette "stratégie commerciale" leur permet de revoir leur chiffre d'affaires à la hausse.


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Le Blue Sky M, un cargo battant pavillon moldave (Photo Vessel Finder/Sorin)
Le Blue Sky M, un cargo battant pavillon moldave (Photo Vessel Finder/Sorin)
MÉDITERRANÉE. Affréter un cargo en attente de démolition dans un chantier naval avec un numéro d'immatriculation effacé des registres maritimes, le remplir de clandestins, recruter un équipage qui abandonnera le bateau en pleine mer pour éviter d'être arrêté par les autorités italiennes à l'arrivée. Voilà la nouvelle stratégie commerciale des trafiquants de chair humaine. Elle a été inaugurée à l'automne 2014 avec l'arrivée d'un navire marchand bondé de clandestins dans le port de Crotone au sud de la péninsule. L'objectif de cette nouvelle tendance est simple: plus le navire est grand et sa capacité d'accueil importante, et plus les organisations augmentent leur chiffre d'affaires. 

Selon le ministère de l'Intérieur italien, qui a entamé des pourparlers avec les autorités grecques et surtout turques pour bloquer les départs des  "navires fantômes ", les cargos proviendraient des chantiers de démolition turcs situés notamment dans les ports de Smyrne, Mersin et Didim. "Depuis plusieurs mois, le marché noir de cargos en attente de démolition et rachetés par les organisations de clandestins bat son plein dans certains ports turcs" a confié une source du ministère de l'Intérieur italien au quotidien milanais "Il Corriere della Sera".

Connivence entre les autorités et les armateurs véreux

Une version corroborée par la communauté catholique de Sant'Egidio impliquée dans la gestion des migrants et l'agence européenne Frontex qui a relayé le dispositif italien de sauvetage et de surveillance de la méditerranée, Mare Nostrum en novembre 2014. "Les contrebandiers utilisent désormais des navires de plus en plus grands, en général, des cargos affrétés dans les ports du sud-est de la Turquie et mesurant jusqu'à 75 mètres de longueur" déclarent les experts de Frontex dans un rapport publié récemment. 

En parallèle, l'ITF, la fédération internationale du transport, enquête sur le rôle des armateurs et des autorités des pays où s'organisent les départs. " La fédération veut approfondir la question, le niveau de la connivence éventuelle entre les autorités et les armateurs véreux. En ce qui nous concerne, nous avons déjà demandé aux inspecteurs de la fédération de monter dans les navires fantômes et d'établir des rapports notamment au niveau des équipages. Dans le cas bien sûr, où ils sont restés à bord en se cachant parmi les clandestins" confie Remo di Fiore, secrétaire général de l'ITF en Italie.

Un chiffre d'affaires net de 2 M€ par traversée pour les "organisateurs"

Selon Frontex et les experts du ministère de l'Intérieur italien, les trafiquants s'offrent un cargo pour 150 à 160 000 €. La  dépense est menue compte tenu du chiffre d'affaires net réalisé par les organisations de passeurs estimé à 2 M€ par traversée. Chaque "passager" doit en effet débourser entre 5 000 et 8 000€ pour obtenir un droit de passage en Europe. Les organisations ne devront même pas prendre en charge les frais de démolition du cargo après la traversée, ce chapitre concernant les autorités italiennes ! 

Toujours selon les enquêteurs, les trafiquants ont crée des "agences de voyage" sous de fausses identités sur les réseaux sociaux comme Facebook. Les annonces séduisantes, promettent des "croisières tout confort". Moyennant une participation de 6 500 €, les  passagers pris en charge dès leur arrivée dans les ports, sont logés et nourris jusqu'au moment du grand départ. Pas un mot en revanche sur le sort qui leur est réservé en pleine mer, l'équipage ayant ordre d'insérer le pilote automatique et de sauter dans la seule chaloupe disponible lorsque les côtes italiennes sont en vue. 

"Les organisations ont trouvé de nouvelles routes et adoptées de nouvelles stratégies en affrétant des navires de dimensions plus importantes" a  déclaré le commissaire européen à l'Immigration, Dimitri Avramopoulos. Après l'arrivée dans les ports italiens des cargos Blue SKy M et Ezadeen, l'ancien ministre de la Défense grec a affirmé que l'Union européenne renforcera ses dispositifs pour combattre les trafiquants de chair humaine. Cette déclaration ne mange pas de pain rétorquent les Italiens qui réclament ponctuellement une implication "réelle et constante"  de leurs partenaires dans la lutte contre le trafic de clandestins.

Jeudi 8 Janvier 2015

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