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Les ministres du Sud plaident pour l'efficience énergétique


Habituellement coincée entre les débats sur l'énergie conventionnelle et celui sur les énergies renouvelables, l'efficience énergétique gagne du terrain comme l'a prouvé la 13e conférence Femip organisée exclusivement sur ce sujet le 10 décembre 2013 à Bruxelles.


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(de g. à d.) Mehdi Jomâa, ministre tunisien de l'industrie, Omar Kettanah, ministre palestinien de l'énergie, et Philippe de Fontaine Vive, vice président de la BEI (photo F.Dubessy)
(de g. à d.) Mehdi Jomâa, ministre tunisien de l'industrie, Omar Kettanah, ministre palestinien de l'énergie, et Philippe de Fontaine Vive, vice président de la BEI (photo F.Dubessy)
MÉDITERRANÉE. "Je constate que les ministres du sud disposent exactement du même agenda que leurs homologues européens concernant l'efficience énergétique. De plus, ce sujet emporte l'adhésion des ministres des Finances et de l'Énergie." Philippe de Fontaine Vive, vice-président de la Banque européenne d'investissement (BEI) s'avoue ravi de cette unanimité et assure que, sur ce sujet, le sud de la Méditerranée trouvera une oreille attentive du côté de l'Union européenne.

Réunis à Bruxelles pour la 13e conférence Femip (Facilité euro-méditerranéenne d'investissement et de partenariat), sur le thème de l'efficience énergétique, les participants ont pu mesurer les avancées non seulement dans les mentalités, mais aussi en matière d'actions concrètes. Et ce à toutes les échelles. Du ministre palestinien de l'Énergie à la directrice du département études et planification de la STEG (Société tunisienne de l'électricité et du gaz), tous s'accordent sur la nécessité de réduire les consommations électriques des particuliers et des industriels.

"Avec la promotion de l'efficacité énergétique, la zone méditerranéenne pourrait diminuer de moitié sa dépendance énergétique et multiplier par deux ses exportations d'hydrocarbures" souligne Bruno Lescoeur, président de l'Observatoire méditerranéen de l'énergie. " Il me semble plus que souhaitable que les pays du sud évitent de se lancer dans des modes de production extrêmement consommateurs d'énergie comme nous l'avons fait au nord. Il faut également s'inspirer de la révolution numérique dans le domaine de la téléphonie", commente Denis Simonneau, directeur des relations européennes et internationales à GDF Suez.

Bref, diffuser le plus possible au sud les meilleures pratiques du nord. Mais attention prévient François Moisan, directeur exécutif pour la stratégie, la recherche et les affaires internationales à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe en France), "un transfert de compétence nord-sud ne repose pas seulement sur l'envoi d'un consultant. Il faut créer localement les compétences."

Pour Abderrahim El Hafidi, directeur de l'électricité et des énergies renouvelables au Maroc, les solutions existent (photo F.Dubessy)
Pour Abderrahim El Hafidi, directeur de l'électricité et des énergies renouvelables au Maroc, les solutions existent (photo F.Dubessy)
Les solutions existent sur chaque rive et certaines ont déjà prouvé leur efficacité. Pour ne prendre que l'exemple du Maroc, très en avance sur le sujet, "le passage de l'heure GMT à GMT+1 a permis d'"effacer" 80 MW" se félicite Abderrahim El Hafidi, directeur de l'électricité et des énergies renouvelables au ministère marocain de l'Énergie, des Mines, de l'Eau et de l'Environnement.

François Moisan trace des pistes pour développer l'efficience énergétique : "mettre en place une institution, souvent une agence, car la conduite de ces politiques nécessite des compétences techniques. Il faut créer un cadre réglementaire, installer sur les appareils des étiquettes pour indiquer les performances énergétiques, financer des mécanismes incitatifs pour le déploiement et la diffusion des différentes technologies, créer des réseaux comme Medener qui réunit depuis quinze ans douze pays des rives sud et nord."

Saïd Mouline, directeur général de l'Agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et l'efficacité énergétique (Aderee au Maroc), constate " une volonté politique au plus haut niveau de l’État, car tous les secteurs sont concernés. Nous voulons réduire notre consommation de 12% d'ici à 2020 et de 15% en 2030. L'efficience énergétique doit reposer sur une politique à long terme. Il ne suffit pas de publier une loi, elle doit être applicable sur tout le territoire ce qui sous-entend la formation d'architectes, du matériel disponible dans toutes les régions... La décision finale appartient à celui qui fait l'achat. Il faut donc sensibiliser le consommateur et l'accompagner pour ses économies d'énergie".

Les subventions énergétiques sont nuisibles

François Moisan (ADEME) et Saïd Mouline (ADEREE) continuent à sensibiliser les usagers (photo F.Dubessy)
François Moisan (ADEME) et Saïd Mouline (ADEREE) continuent à sensibiliser les usagers (photo F.Dubessy)
"Tous les ministres ont évoqué le rôle nuisible des subventions" note Philippe de Fontaine-Vive. La facture énergétique du Maroc s'élève à 100 milliards de Dirhams (8,9 mrds€), les subventions atteignent les 48 milliards de Dirhams (4,3 mrds€). Saïd Mouline souligne que "dans certains pays, le prix de l'énergie est quatre fois moins cher qu'au Maroc. Nous constatons que des pays très ensoleillés n'utilisent pas de chauffe-eau solaires en raison du faible prix du gaz."

Omar Kettanah, ministre palestinien de l'Énergie et des Ressources naturelles (PENRA), avoue "préférer diriger les aides vers des projets tests que vers les industries." Même avis pour Mehdi Jomâa, "tout ce que nous mettions dans la consommation, nous allons désormais le mettre dans les investissements ". Afef Challouf rappelle que "plus le tarif est éloigné de la vérité des prix, moins le consommateur est conscient des économies à effectuer." Et Maged Mahmoud, expert senior du Centre régional pour l'énergie renouvelable et l'efficacité énergétique (RCREEE en Égypte), d'ajouter : "80% des subventions vont aux personnes les plus riches."  

Moins de subventions pour soulager le budget de l’État

Philippe de Fontaine Vive organisera une seconde conférence sur la même thématique en 2014 (photo F.Dubessy)
Philippe de Fontaine Vive organisera une seconde conférence sur la même thématique en 2014 (photo F.Dubessy)
"Toucher à la subvention fait tomber les gouvernements" regrette Mehdi Jomâa, ministre tunisien de l'Industrie, qui préfère une réponse différenciée. "Il faut préserver les classes sociales les plus pauvres, mais aussi les classes moyennes qui sont les acteurs de la relance. L'augmentation des prix de l'énergie doit s'effectuer en fonction de la puissance installée et de l'énergie consommée. Pour ceux qui consomment plus de 500 kw/h, nous pratiquerons la réalité des prix."

La Tunisie mettra d'ailleurs en place dès 2014 une caisse de transition énergétique. Et tentera de réduire son bilan énergétique déficitaire depuis 2000 avec une augmentation annuelle de la consommation située de 5 à 8%. La loi sur la maîtrise de l'énergie en 2004 a permis une économie d'énergie de 7 MTEP (tonnes équivalent pétrole) pour une consommation actuelle de 8 MTEP.  "Un gain sur le budget de l’État car nous avons beaucoup de subventions en énergie. Elles représentent 5 à 6% de notre PIB", souligne Mehdi Jomâa.

Pour Francesco Starace, PDG d'ENEL Green Power et président de Res4Med (Renewable energy solutions for the Mediterranean), "le potentiel d'économie d'énergie se situe à 60% dans l'industrie et à 80% dans le bâtiment."
Fort de cette unanimité, Philippe de Fontaine Vive annonce l'organisation d'une deuxième conférence au second semestre 2014. Elle se tiendra dans un pays méditerranéen.  

Frédéric Dubessy, à BRUXELLES

Jeudi 12 Décembre 2013

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1.Posté par Bernard Cornut le 13/12/2013 10:08
Au Maroc, le prix du butane est subventionné au 2/3, 4€ la bouteille de 12kg contre 26€ en France. C'est le prix le moins cher des pays non pétroliers ni gaziers. Pas étonnant que le Maroc ait très peu de chauffe-eaux solaires. Le fonds de développement de l'énergie marocain a subventionné pour plus de 300M€ sur 25 ans le projet de Ouarzazate pour produire de l'électricité solaire par des capteurs à concentration qui nécessiteront beaucoup d'eau, ressource rare au Maroc. C'est plus de cent ans du tout petit budget annuel de l'Aderee. Et la pointe marocaine passant des soirs d'hiver à l'après midi d'été à cause de la climatisation, cette électricité solaire qu'on espère vendre au prix des pointes, faite à des températures de 300-400°C (stockage de chaleur en sels fondus ) servira à faire de l'air à 26°C pour la climatisation, via de l'eau à 10-12°C... Il y aurait mieux et plus simple à faire que ces cycles et machineries complexes et chères! Une bonne inertie des bâtiments, très peu de fenêtres à l'ouest, des protections solaires au sud, de l'isolation en toiture en tout cas et une vigne par dessus, de la ventilation nocturne et un peu le jour près des gens, et le besoin de climatisation serait très réduit. Et en même temps une réduction déterminée et rapide des subventions au butane, compensée pour les ménages pauvres seulement par une distribution périodique de bons d'achats transmissibles pour quelques produits énergétiquement performants : réfrigérateurs classe A, A+ de volume inférieur à 450l; four à gaz performant isolés; lave linge performant à double entrée eau chaude eau froide; chauffe-eau solaire. Cela créerait la perspective et un réel marché de ces produits et la mobilisation des industriels marocains. Une opportunité à saisir notamment pour le seul industriel marocain de réfrigérateur depuis l'arrêt de l'usine du groupe Fagor. Mieux vaut des milliers d'emplois productifs et d'installateurs qualifiés, qu'un milliard d'euros par an gaspillé pour la seule subvention au butane.

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2.Posté par panneau photovoltaique le 15/12/2013 13:36
A mon avis, la volonté politique est bel et bien présent dans l'investissement énergétique à long terme. La conférence portant sur le thème de l'efficience énergétique est un moyen qui permet aux ministres de trouver la solution adéquate.

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