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Les invasions biologiques menacent l’économie méditerranéenne


Près de vingt-cinq ans après l’introduction de la caulerpa taxifolia, surnommée « l’algue tueuse », aucune mesure de prévention n’a été prise contre les espèces invasives en Méditerranée. La menace écologique est également économique : la pêche, l’aquaculture et même le tourisme sont en danger . Le Pr Charles-François Boudouresque, du centre d'Océanologie de Marseille, tire la sonnette d’alarme.


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Pourquoi y a t il de plus en plus de nouvelles espèces aquatiques en
Méditerranée ?

La Méditerranée est l’une des zones ou l’on dénombre le plus d’espèces introduites, leur nombre double tous les 20 ans et atteint 600 aujourd’hui. On estime qu’une sur dix se comporte en invasive, c'est-à-dire qu’elle va perturber sérieusement l’écosystème en place. Le problème, c’est qu’aucun pays méditerranéen ne possède une législation spécifique destinée à empêcher, ou à freiner, les introductions. Or, l'aquaculture se développe, avec des échanges de plus en plus fréquents en bassins, des importations de mollusques d'origine lointaine, etc. De même, le trafic maritime est en expansion, avec en particulier des rejets massifs d'eaux de ballast provenant d'un autre océan, avec toutes les bactéries et larves, qu'elles contiennent, dans les ports de chargement.

On serait tenté de penser que les invasions biologiques sont uniquement un problème pour les écosystèmes. Pourquoi est-ce potentiellement dangereux pour l’économie de la zone ? Il y a déjà eu un problème en mer Noire…
Cela me gêne de parler de l’introduction de Mnemiopsis, une sorte de méduse appartenant aux ctenophores, en Mer Noire. Ce consommateur vorace d'œufs et de larves de poissons, a été responsable, au moins en partie, de l'effondrement de la pêche aux poissons pélagiques (1) en Mer Noire dans les années 1990. Mais l'introduction du prédateur de cette "méduse" semble avoir réglé le problème, tout au moins pour le moment. En effet, Mnemiopsis reste présent, même s'il ne prolifère plus. Il peut se "réveiller" un jour. Par ailleurs, il est maintenant arrivé en Mer Caspienne, le problème s'est donc peut-être simplement déplacé.

Quid du tourisme et de l'aquaculture ?
Avec les eaux de ballast des navires de commerce, on peut introduire des espèces unicellulaires toxiques, telles que les Alexandrium. Avec les transferts de bassin a bassin, comme on les pratique en aquaculture, on peut les répandre dans toute l'Europe. Le grand public sait-il que quand on ferme un bassin ostréicole à cause du développement "d'algues toxiques", avec le coût économique et social que cela implique, ce souvent des espèces introduites qui en sont la cause? Une introduction est irréversible. Tout ce que l'on peut faire est d'interdire momentanément la consommation des coquillages, mais l'espèce introduite reste présente après la fin de la "crise" . Dès que les conditions du milieu (température, vent, etc.) lui seront a nouveau favorables, elle proliférera a nouveau, avec les mêmes conséquences. Dans 6 mois ou dans 2 ans, et ainsi de suite. Dans 100 ans, elle sera toujours là… Quant à la Caulerpa taxifolia (NDRL : surnommée « l’algue tueuse ») , elle uniformise le paysage sous-marin. Or, les plongeurs recherchent la variété, la féerie des couleurs, et non un tapis monotone. La caulerpe nuit donc à l'activité des clubs de plongée, et au tourisme, dans une région où celui ci a une grande importance économique.

Justement, presque ving cinq ans après l'introduction de la caulerpa taxifolia, qui s’est répandue sur nos côtes, des mesures ont-elles été prises pour empêcher une nouvelle invasion ?
Non, absolument pas. On a même régressé, puisque, dans les années 1990, le ministère de l'Environnement avait interdit la commercialisation, la détention, le transport de Caulerpa taxifolia. Quand l'Arrêté est arrive a expiration, en 2001, il n'a pas été renouvelé. On peut donc la
répandre en toute légalité.

Y a-t-il d’autres pays de Méditerranée qui aient pris des mesures ?
L'Espagne est un peu plus avancée en la matière que la France… Il faudrait adopter une législation, comparable a celle de quelques pays européens (dont la Grande Bretagne) et Nord américains (Canada, USA).

A-t-on une idée du coût économique des espèces introduites en
Méditerranée
?
Le cout économique des espèces introduites n'a jamais été évalué en Méditerranée. On sait que, a l'échelle mondiale, il serait de 1400 milliards de dollars par an !. Cela représente 5% de toute l'économie mondiale. C'est à peu près le poids de l'économie du continent africain.

Avez vous le sentiment que les politiques ont pris la mesure des risques encourus ?
Les politiques précèdent rarement le public. Dans le meilleur des cas, il le suivent, avec plus ou moins de retard. Mais le public n'est pas conscient du problème des introductions d'espèces. Il s'intéresse à ce qui fait de gros titres, des images fortes, même si c'est ponctuel et réversible : une marée noire par exemple. Une invasion biologique, qui progresse lentement, a l'échelle des décennies et non des jours ou des semaines, a moins de chances de l'intéresser. Ce n'est pas nouveau. A la fin du 19° siècle, la destruction du vignoble français par une espèce introduite, le phylloxera, s'est étalée sur 30 ans. La presse de l'époque s'est intéressée aux émeutes de viticulteurs ruinés, à leur dure répression par l'armée, aux morts. La leçon n'a pas servi à
éviter que cela se reproduise. En, fait, le public n'est pas conscient qu'il paie pour les espèces introduites, car les couts sont "externalisés" ; ils sont globalisés dans ses charges locatives, ses impôts locaux, ses impôts nationaux. Ce n'est jamais le responsable d'une introduction qui
paie. D'ailleurs, comment le retrouver ?

Des actions de communication sur le sujet sont-elles menées ?
Des conférences internationales, il y en a plusieurs chaque année sur le
sujet. Elles intéressent les scientifiques. Mais peu le grand public.

Propos recueillis par A.P.

(1) Espèces pélagique : vit en haute mer, à grande profondeur.
[www.com.univ-mrs.fr

amandine place

Vendredi 16 Mai 2008

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