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Les indépendantistes majoritaires au parlement catalan


Mariano Rajoy a incontestablement perdu son pari : en dissolvant le parlement catalan par l'application de l'article 155 de la Constitution et en convoquant les élections de ce 21 décembre 2017, le chef de l’État espagnol voulait renvoyer dans l'opposition les indépendantistes catalans. Mais ces derniers restent en position de gouverner avec la majorité absolue. Et de porter à nouveau Carles Puigdemont à la présidence de la Generalitat. Même si la formation « constitutionnaliste » de centre droit Ciutadans est le grand vainqueur du scrutin, en devenant le premier parti en Catalogne.



Une participation record de plus de 81% des inscrits (photo FM)
Une participation record de plus de 81% des inscrits (photo FM)
ESPAGNE / CATALOGNE. Le scrutin du 21 décembre 2017 pour constituer le parlement catalan est inédit en Europe. Ces élections régionales étaient en effet célébrées dans un contexte exceptionnel de crise institutionnelle entre le gouvernement démis de Carles Puigdemont et le gouvernement central espagnol, Mariano Rajoy ayant décidé la mise sous tutelle de la Generalitat à travers l'application de l'article 155 de la Constitution espagnole. Avec pour conséquence la mise en détention préventive du vice-président sortant Oriol Junqueras (numéro un du parti ERC, Esquerra Republicana de Catalynya) et trois autres défenseurs de l'indépendance de la Catalogne.

De son coté, Carles Puigdemont a choisi « l'exil » à Bruxelles -selon son propre mot- pour échapper au même sort. C'est donc depuis la cellule de la prison d'Estremera (Madrid) et la capitale belge que les deux leaders indépendantistes ont respectivement assisté au déroulement d'une soirée électorale qui consacre la victoire du parti « constitutionnaliste » de centre droit « Ciutadans », conduit par Inés Arrimadas, désormais premier parti en Catalogne et au parlement régional, avec 37 députés (sur 135 au total). La liste de Carles Puigdemont, « Junts Per Catalunya », arrive en deuxième place avec 34 sièges, en position de former une alliance de gouvernement avec les 32 élus d'ERC (et l'appui probable des 4 députés de la CUP, autre parti indépendantiste), pour constituer ainsi une majorité absolue au parlement catalan. Le « Partido Popular » de Mariano Rajoy est le grand perdant de ce scrutin, puisqu'il s'effondre littéralement et devient la dernière force représentée au parlement régional avec trois élus seulement.   

Retour à la case départ ?

Carles Puigdemont, ex et peut-être futur président de la Generalitat en « exil » à Bruxelles (photo DR)
Carles Puigdemont, ex et peut-être futur président de la Generalitat en « exil » à Bruxelles (photo DR)
Au lendemain du vote populaire, c'est donc maintenant au tour des stratégies d'alliances au sein du parlement pour designer le nouveau gouvernement et le nouveau président de la Generalitat. Et si l'on fait la somme des élus indépendantistes, la nouvelle majorité apparaît identique à celle qui a été « destituée » par l'application de l'article 155... Ce qui signifierait donc un retour à la case départ. Mais avec la légitimité supplémentaire d'un taux de participation record, supérieur à 81% des inscrits. Avec aussi la « tache » des leaders politiques prisonniers (ou « prisonniers politiques » comme disent les indépendantistes) écroués de manière préventive pour cause de « sédition ».

Mariano Rajoy et ses co-religionnaires du Partido Popular rêvaient d'un apaisement et d'un sursaut des forces « constitutionnalistes » et « unioniste ». La campagne active menée en Catalogne (avec notamment le renfort de Manuel Valls) n'aura pas été efficace. Au contraire : le chef du gouvernement espagnol hérite d'un nouveau rival sur son terrain, avec l'émergence de Ciutadans, et de l'enracinement de l'indépendantisme catalan, qui a réuni une fois encore plus de deux millions de voix. Au terme d'un scrutin qui ouvre la possibilité d'une réélection du président sortant Carles Puigdemont à la tête du gouvernement catalan... alors même qu'il risque toujours d'être immédiatement écroué dès qu'il rentrera en Espagne.

Incertitudes économiques

Inés Arrimadas a fait de la formation « constitutionnaliste » Ciutadans le premier parti de Catalogne (photo DR)
Inés Arrimadas a fait de la formation « constitutionnaliste » Ciutadans le premier parti de Catalogne (photo DR)
La confusion politique renvoie évidemment aux conséquences économiques de ce conflit institutionnel. En commençant par les 3 120 entreprises qui ont décidé de transférer leur siège hors de Catalogne depuis le référendum d'autodétermination du 1er octobre dernier. Un mouvement dont il est pour l'instant difficile de mesurer les effets, et que les tenants des thèses indépendantistes veulent minimiser en soulignant les excellents résultats de l'économie catalane en 2017. En tout cas jusqu'au mois de septembre. Notamment sur le terrain des exportations, qui devraient enregistrer une augmentation de 6,1% cette année selon Andreu Mas-Colell, représentant du Collège des Économistes de Catalogne : « Les investissements étrangers en Catalogne atteignent aussi des chiffres record depuis 2015, avec une augmentation inter-annelle de de 20,6% des investissements productifs.»

Malgré la baisse du nombre de touristes étrangers de 4,7% en Catalogne au cours du dernier trimestre (alors qu’il augmente de 1,8% pour l'ensemble de l'Espagne), le Collège des Économistes prévoit donc une croissance du PIB de 3,2% en 2017 (contre 3,5% en 2016) : « Toutes les sociétés traversent des moments d’incertitude, mais il est certain que la Catalogne a la capacité de les affronter ». Il est certain aussi que l'économie en général et les investisseurs en particulier n’apprécient guère les « moments d’incertitude ».




Vendredi 22 Décembre 2017



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