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« Les émeutes de janvier 2011 coûtent 5 M€ aux compagnies d’assurances»


ALGÉRIE. Le marché algérien des assurances progresse d'année en année. Si le rythme est passé de +14% à +4%, le chiffre d’affaires poursuit sa hausse de 780 M€ en 2009 à 900 M€ en 2010. Amara Latrous, président de l’Union des assureurs et réassureurs algériens (UAR) fait le point pour econostrum.info sur l'état du marché.


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Amara Latrous est confiant quant à l'évolution du marché des assurances (photo AB)
Amara Latrous est confiant quant à l'évolution du marché des assurances (photo AB)
Amara Latrous est président de l’Union des assureurs et réassureurs algériens (UAR), PDG de la société nationale d’assurance (SAA) et membre du conseil d’administration de la SAPS.
 
Econostrum.info : Selon les différentes données publiées, le chiffre d'affaires des compagnies d'assurances ne cesse de croître. Quels sont les segments qui concourent à cette croissance si on excepte les risques de la compagnie des hydrocarbures Sonatrach et ceux des grands projets économiques?

  
Amara Latrous : Le marché algérien des assurances est un marché en plein développement. En 2009, les seize compagnies qui le composent ont réalisé un chiffre d’affaires de 78 milliards de dinars algériens (780 M€). En 2010 il avoisinait les 90 milliards de dinars algériens (900 M€).  La production évolue assez fortement d’un exercice à l’autre. En 2010, les niveaux de croissance sont plus faibles que ceux de 2009, mais le volume du chiffre d’affaires est intéressant.
Le marché des assurances remonte en 2010, car les investissements consentis durant la période 2004/2009 ont été pratiquement réalisés dans tous les secteurs. Par contre, les investissements prévus par l’État n'ont pas démarré pour la période 2010/2014, ce qui explique que le niveau de croissance soit plus faible que celui de 2009, passant de 14% à 4%.
 
Tous les secteurs et toutes les branches ont participé à la croissance du chiffre d’affaires, mais la branche automobile vient en premier suivie de près par l'IARD (Incendie & Risques divers) tirée par le niveau de croissance des entreprises économiques, mais également par les investissements consentis dans les grands travaux.
 
Malheureusement,  la branche assurance des personnes n’est pas suffisamment développée chez nous et ne représente que 10% du chiffre d’affaires contre 42% pour la branche  IARD et 48% pour l’automobile.
 
Econostrum.info : Doit-on s’attendre à une croissance en hausse pour 2011?

Amara Latrous : Non,  la croissance de 2011 devrait se situer à 4% comme pour celle de 2010. Par contre, les années 2012, 2013 et 2014 devraient avoir une grande croissance boostée par les grands projets économiques de l’État.

Le coût des émeutes de janvier 2011

Econostrum.info : L'Algérie accuse-t-elle du retard par rapport à ses voisins en matière d'assurance ? 

Amara Latrous :
En comparaison avec les pays du Maghreb, dans les monnaies locales, l’Algérie vient en première position. Le marché algérien est le marché le plus évolué du fait du niveau des primes collectées. Ailleurs, notamment au Maroc, dans les chiffres d’affaires réalisés par les compagnies d’assurances s'ajoute le volet maladie-accidents de travail. Or, ce volet n’est pas intégré dans les primes collectées en Algérie, car la maladie et l’accident de travail sont deux domaines qui relèvent du monopole de l’État à travers la sécurité sociale.
 
 
Econostrum.info : Les dernières émeutes représentent quel coût pour les assureurs et quel impact sur les souscriptions de nouveaux contrats?

Amara Latrous :
 Concernant les émeutes et mouvements populaires, les souscripteurs les plus nombreux sont les entreprises. Les particuliers n’éprouvent  pas le besoin de s’assurer. Nous observons une stabilité dans la demande émanant des entreprises, des commerçants et des particuliers.
Pour les émeutes de janvier 2011, les compagnies ont évalué le coût des dommages subis par les commerçants et les entreprises à 500 millions de dinars algériens (5 M€). La plupart des entreprises victimes de dommages lors des émeutes de janvier et assurées contre les effets des émeutes et mouvements populaires (EMP), ont été indemnisées. Des polices indemnisent à hauteur de 25%, d’autres sur 50%, mais très peu à 100%. 
 
Econostrum.info : Comment expliquez-vous le manque d’engouement pour l’assurance catastrophes naturelles alors qu’elle est obligatoire ?

Amara Latrous :
La loi de 2003 rend obligatoire la souscription à cette assurance. Lorsque l’on dit que le niveau de souscription est faible, il faut relativiser. Il augmente annuellement. Nous avons un volume d’affaires conséquent et notre réassureur national a racheté un traité pour protéger ces risques à hauteur de 250 M$. Ce n’est pas rien.

Les compagnies privées peinent à suivre leurs homologues du public

L'automobile, une branche qui fait  bien vivre  les compagnies d’assurances (Photo AB)
L'automobile, une branche qui fait bien vivre les compagnies d’assurances (Photo AB)
Econostrum.info : À ce jour, seules les compagnies publiques ont créé des filiales AP.  Est-ce à dire que les assurances de personnes n'intéresse pas le secteur privé ou alors que les conditions et délais imposés les écartent de ce marché ? 

Amara Latrous : 
La loi du 06/04 2006 oblige les compagnies d'assurances à séparer l'assurance-vie du reste. Depuis le 1er juillet 2011, les compagnies qui n'ont pas créé de filiale assurance-vie n'ont plus le droit de la pratiquer. Toutes les compagnies publiques possèdent leurs filiales vie : la SAA, la .caar.com.dz CAAR  et la CAAT. La CNMA y travaille. Dans le privé, la CIAR a déjà une filiale, les autres sont en cours de création et certains recherchent des capitaux.

La dernière arrivée sur le marché, AXA, va fonctionner avec une compagnie d'assurance de personnes séparée de celle des dommages. Elle est en train d'obtenir son agrément.

S'agissant des délais imposés, l'État a accordé cinq ans à toutes les compagnies pour se conformer à la nouvelle réglementation et a jugé qu'il s'agissait d'un délai raisonnable. Les compagnies du secteur public ont été plus promptes à créer des filiales, car elles mobilisent des moyens financiers dont ne disposent malheureusement pas les compagnies privées.

Econostrum.info : Le client de l'assurance automobile se plaint souvent des lenteurs dans les délais d'indemnisation. Le secteur a semble-t-il réfléchi à des solutions.  Quelles sont-elles et quand pourra-t-on mesurer l'impact de leur mise en œuvre.

Amara Latrous 
: Cette branche fait vivre assez bien les compagnies d’assurances, mais génère beaucoup de sinistres qui, pour la plupart des dossiers, sont réglés dans des délais raisonnables. Certains clients ne sont pas remboursés, car leurs dossiers sont incomplets. 

Pour éviter les contentieux, les compagnies ont mis en place le système IDA (indemnisation directe des assurés). Seulement, la difficulté majeure réside dans le fait que les clients ne signent pas le constat amiable ce qui a pour effet la non-application d’IDA. Les dossiers en instance sont en train d’être liquidés. La direction des assurances au ministère des Finances suit la cadence de leurs règlements. Généralement les dossiers déclarés sont solutionnés à 80% dans l’exercice. Les autres dossiers sont en instance et se règlent l’année suivante.
Voir l'ensemble du dossier l'Assurance au Maghreb

Propos recueillis par Amal Belkessam, à ALGER
Vendredi 7 Octobre 2011

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