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Les conséquences socio-économiques de la Covid-19 impactent plus les populations déjà fragilisées


Rédigé par Eric Apim, le Mardi 23 Novembre 2021 - Lu 1229 fois


La situation des populations les plus vulnérables s'est dégradée à cause de la Covid-19, comme pour l'éducation des enfants (photo : Ibrahim Malla/IFRC)
La situation des populations les plus vulnérables s'est dégradée à cause de la Covid-19, comme pour l'éducation des enfants (photo : Ibrahim Malla/IFRC)
MEDITERRANEE. Un rapport de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) s'alarme sur "les énormes répercussions socio-économiques de la Covid-19". Selon ce document, titré "Au bord du précipice : les conséquences socio-économiques de la pandémie de Covid-19" et rendu public lundi 22 novembre 2021, la pandémie a "amplifié les inégalités existantes, en a créé de nouvelles et a déstabilisé les communautés, annulant ainsi les progrès réalisés en matière de développement au cours des dernières décennies".

Pertes d'emplois (donc de revenus), insécurité alimentaire accrue, accès à l'éducation et aux services d'aides aux personnes en recul, aggravation des problèmes de santé mentale, violences envers les femmes et les enfants, la pandémie a eu un impact très disproportionné selon les populations. 

Principales victimes, les femmes. Travaillant le plus souvent dans l'économie informelle ou dans des secteurs ayant subi de fortes restrictions sanitaires (comme le tourisme), elles sont les premières concernées par les pertes d'emplois. Une étude menée par la Croix-Rouge espagnole a montré que 18% des femmes recourant à son aide ont perdu leur travail contre 14% des hommes. De plus, les confinements favorisent un plus grand isolement social et davantage de violences domestiques. 27% des femmes ont signalé une augmentation des problèmes de santé mentale, contre seulement 10% des hommes apprenait un document de Care International en septembre 2020.

Les personnes vulnérables encore plus proches du précipice

Les habitants des zones urbaines (à cause de la nature des emplois et d'un accès précaire au logement et aux soins de santé) et ceux en situation de déplacement figurent également parmi les plus touchées. En Turquie, des habitants des zones urbaines ont développé de nouveaux besoins à cause de la pandémie, notamment des chefs d’entreprise et leurs employés, dont l’activité était impactée par les couvre-feux, note par exemple le rapport. Au Liban, le niveau d'endettement des réfugiés syriens a progressé et leur situation s'est plus détériorée que celle des ressortissants libanais.

"Les personnes les plus vulnérables ont été les personnes et les groupes les plus négligés par la société, ceux qui se noyaient déjà juste sous la surface", indique le rapport. La situation est analysée à partir d'entretiens et de rapports effectués dans dix pays*, dont, en Méditerranée, l'Espagne, le Liban et la Turquie.

"Notre étude confirme ce que nous soupçonnions et craignions depuis longtemps, à savoir que les conséquences indirectes destructrices de cette pandémie ont endommagé le tissu social et se feront sentir pendant des années, voire des décennies. Les personnes qui étaient déjà vulnérables, à cause d’une situation de conflit, des changements climatiques et de la pauvreté, se sont retrouvées plus au bord encore du précipice. Et de nombreuses personnes qui étaient auparavant capables de s’en sortir sont devenues vulnérables, nécessitant un soutien humanitaire pour la première fois de leur vie", commente Francesco Rocca, président de l'IFRC.

L'explosion du port de Beyrouth vecteur indirect du coronavirus

En mars 2021, une étude de la Croix-Rouge espagnole auprès de 1 500 bénéficiaires révélait que 43% d'entre eux se disait "toujours" ou "la plupart du temps" inquiets. 29% ont indiqué avoir ressenti de la tristesse durant le premier confinement (mars et avril 2020) et 25% se sont dits déprimés.

S'il demeure difficile de faire la distinction entre les conséquences socio-économiques imputables à la Covid-19 et les autres difficultés auxquelles est confronté le pays, comme l'indique le rapport de l'IFRC, le Liban souffre particulièrement.
L'explosion du port de Beyrouth en août 2020 (3,8 à 4,6 M$ de dégâts et 2,9 à 3,5 mrds$ de pertes économiques) est venu encore aggraver la situation. Des Libanais ont été relogés "dans des conditions de grande proximité, très favorables à la propagation du Covid-19. De plus, des hôpitaux ont été endommagés, notamment un centre anti-Covid-19. Ces facteurs ont contribué à la propagation du coronavirus et entraîné une augmentation du nombre de cas, ce qui a mis une pression supplémentaire sur les infrastructures sanitaires de la ville", précise l'institution basée à Genève.

Le Liban compte sur son sol quelque 1,5 million de déplacés syriens et environ 200 000 réfugiés palestiniens. "Les Syriens ont énormément de mal à pourvoir à leurs besoins humanitaires. En 2020, seuls 20 % des Syriens déplacés de plus 15 ans étaient titulaires d’un titre de séjour, et seuls 11 % des ménages syriens avaient une résidence officielle permettant d’accueillir tous les membres de leur famille", souligne un document publié en mars 2021 par le ministère libanais des Affaires sociales et l'Onu. L’indice de risque INFORM (Index for risk management), qui mesure l’ampleur et la gravité des crises humanitaires, classe la crise socio-économique locale au niveau 3,7 (élevé) sur 5, et la crise des réfugiés syriens au niveau 3,5 (élevé) sur 5.

Des stratégies d'adaptation néfastes

Les mêmes problèmes sont recensés en Turquie qui accueille 3,6 millions de réfugiés syriens dont 56 600 vivent dans des camps selon le HCR. Entre janvier et mai 2020, "la part des besoins liés à la situation financière des réfugiés a plus que doublé, passant de 33 % à 67 %. En revanche, la proportion des besoins en matière de documents juridiques est passée de 20 % à 12 %, et celle des enfants exposés à des risques de 17 % à 8 %", souligne un document de la Société du Croissant-Rouge paru en juillet 2020. "La priorité numéro un pour les réfugiés vulnérables et la communauté d'accueil n'était pas la Covid-19 en soi, mais les problèmes économiques engendrés", indique le rapport de l'IFRC. Ainsi, "41 % des Turcs bénéficiant d’un soutien dans les centres communautaires de la Société du Croissant-Rouge turc avaient perdu leur emploi ou avaient été mis en congé non payé. Le nombre de personnes soutenues par la Société du Croissant-Rouge turc et qui ne perçoivent aucun revenu est passé de 6 % (avant la pandémie) à 32 %".

Dans le cadre d’une enquête auprès de quelque 4 000 ménages ayant demandé l’aide du système de filet de sécurité sociale d’urgence, près de 80 % des personnes interrogées comptaient au moins une personne ayant perdu son emploi en raison de la pandémie au sein de leur ménage. En septembre 2021, une étude de l'IFRC et le Croissant-Rouge turc financée par l'Union européenne évoquait des "stratégies d'adaptation néfastes". Elle citait le recours à des crédits pour pouvoir acheter de la nourriture et la limitation des dépenses consacrées à la santé, l'éducation et l'alimentation.

L'IFRC insiste d'autre part sur l'iniquité vaccinale. "Les différences qui prévalent entre les pays en matière d’accès aux vaccins et à la vaccination, de capacités à utiliser d’autres mesures de santé publique en vue de réduire la transmission, et de capacité budgétaire à stimuler la reprise réunissent toutes les conditions pour une reprise économique inégalitaire", prévient le rapport.

"Nous n’avons cessé de mettre en garde contre le fait que la distribution inéquitable des vaccins allait contribuer non seulement à maintenir des taux élevés de transmission mais également à prolonger ou à exacerber les conséquences de la pandémie. Tant que nous continuerons de laisser les profits l’emporter sur les personnes et que les pays plus riches continueront d’accaparer les doses, il ne sera pas possible d’affirmer que la pandémie est derrière nous", souligne Francesco Rocca.

* Afghanistan, Afrique du Sud, Colombie, El Salvador, Espagne, Irak, Kenya, Liban, Philippines, Turquie

Lire le rapport complet "Au bord du précipice : les conséquences socio-économiques de la pandémie de Covid-19" en Français

Read the report "Drowing just below the surface : The socioeconomic consequences of the Covid-19 pandemic" in English




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