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Les belligérants libyens signent un accord de cessez-le-feu national et permanent




La Libye doit maintenant se reconstruire (photo : OCHA/Giles Clarke)
La Libye doit maintenant se reconstruire (photo : OCHA/Giles Clarke)
LIBYE. Les négociations organisées sous l'égide de l'Organisation des Nations unies (Onu) à Genève ont débouché, vendredi 23 octobre 2020, sur la signature d'un cessez-le-feu en Libye. Réunis depuis cinq jours, sous un format 5+5, les deux délégations militaires libyennes s'appuyaient sur les maigres avancées enregistrées lors de la Conférence internationale de Berlin sur la Libye, tenue le 19 janvier 2020.

Les discussions débutée le lundi 19 octobre 2020 au Palais des Nations, et prévues normalement jusqu'au samedi 24 octobre 2020, ont vite avancé. "Les parties libyennes sont parvenues à un accord de cessez-le-feu permanent dans toute la Libye. Cet accomplissement représente un tournant important vers la paix et la stabilité" dans ce pays, souligne la Mission d'appui de l'Onu en Libye (Manul). Précisant qu'il entre en fonction avec "effet immédiat."

C'est donc la fin officielle de la guerre civile débutée en octobre 2011 avec la chute de Mouammar Kadhafi, suivie de son assassinat. Les djihadistes quasiment annihilés, le pays se trouvait malgré tout toujours à feu et à sang à cause d'une opposition entre le gouvernement d'accord national (GNA) basé à Tripoli, seul reconnu par les Nations-unies et né des accords de Skhirat fin 2015, et le Parlement de Tobrouk régnant sur l'Est et une partie du Sud. La fracture libyenne semblait impossible depuis à se résorber.

Départs des mercenaires et combattants étrangers dans les 3 mois

Stephanie Williams, chef par intérim de la Manul, a réussi à à faire signer un cessez-le-feu permanent en Libye (photo : Violaine Martin/UN)
Stephanie Williams, chef par intérim de la Manul, a réussi à à faire signer un cessez-le-feu permanent en Libye (photo : Violaine Martin/UN)
Plusieurs réunions s'étaient tenues à Paris, Palerme, Moscou et Berlin notamment, pour réconcilier Fayez al-Sarraj (GNA) et le maréchal Khalifa Haftar (homme fort de l'Est libyen avec l'Armée nationale libyenne ANL) avec toujours l'échec comme conclusion. Au point de faire renoncer Ghassan Salamé, fatigué des revirements incessants, à sa mission de chef de la Mission d'appui des Nations unies en Libye (Manul), basée à Tunis. Mais l'espoir restait toujours permis. Jusqu'à ce que Khalifa Haftar décide de pousser son avantage sur le terrain en décidant d'attaquer la capitale en avril 2019. Et même de se autoproclamer maître de la destinée libyenne, car "investit d'un mandat du peuple" lui donnant le droit de gouverner seul le pays, "jusqu'à ce qu'un gouvernement civil puisse être restauré."

L'ingérence militaire dans ce conflit de la Turquie aux côtés des forces pro-GNA, et malgré le soutien de Khalifa Haftar par la Russie, l'Egypte et les Emirats arabes unis, ont conduit à la défaite de l'opposition face au gouvernement légal après quatorze mois de combats fratricides. Le 21 août 2020, une première déclaration de cessez-le-feu faisait porter l'espoir d'une résolution du conflit qui ne pouvait être que "politique", selon l'Union européenne et l'Onu. Les combats s'étaient cependant poursuivis.

"La route a été longue et difficile par moments. Votre patriotisme vous a permis d'avancer et de parvenir à un accord de cessez-le-feu", s'est félicitée Stephanie Williams, cheffe par intérim de la Manul. Déjà mercredi 21 octobre 2020 au sein du Palais des Nations, la signature d'un texte sur "l'ouverture des voies terrestres reliant toutes les régions et villes de Libye" laissait entrevoir une sortie du tunnel. La conclusion s'effectue sur une entente pour un départ "des mercenaires et combattants étrangers (...) dans un délai maximum de trois mois, à compter d'aujourd'hui", a t-elle précisé.

Le pétrole au coeur de l'accord

Les deux délégations libyennes auront négocié pendant cinq jours (photo : Violaine Martin/UN)
Les deux délégations libyennes auront négocié pendant cinq jours (photo : Violaine Martin/UN)
Bien entendu, ce cessez-le-feu, s'il va faciliter la collaboration entre les deux opposants, ne règle pas tout. Pas plus le problème des migrants et réfugiés (au moins 3 300 détenus dans des conditions inhumaines dans le pays selon la Manul), que celui de la gestion de la principale ressource libyenne : le pétrole. Même si les deux parties se sont engagées à "travailler avec le représentant de la National Oil Corporation (NDLR : NOC : Compagnie libyenne qui gère l'activité pétrole) pour proposer une restructuration des gardes des installations pétrolières", comme l'indiquait Stephanie Williams.

Ceci ouvre le champ (sans jeu de mots) à un partage équilibré de la manne pétrolières entre les deux camps, une résultante de la fin du blocus des terminaux par l'ANL en août 2020, qui empêchait toute exportation depuis janvier 2020. Mais aussi à une augmentation de la production d'hydrocarbures décidée conjointement à Genève. Selon la NOC, le blocage depuis janvier 2020 des puits aurait causé plus de 9,8 mrds$ (8,3 mrds€) de pertes de revenus.

Reste le problème politique, car il ne s'agissait à Genève que de pourparlers militaires. Il ne pourra être résolu que par des élections maintes fois promises depuis mai 2018 et l'engagement ferme dans une déclaration conjointe des deux leaders, sous l'égide d'Emmanuel Macron, d'organiser une présidentielle et des législatives le 10 décembre 2018.

Constitution d'un Conseil présidentiel pour nommer un premier ministre accepté par tous

En septembre 2020, successivement, Abdallah el-Thani, chef du gouvernement parallèle libyen de Benghazi soutenu par l'ANL, et Fayez al-Sarraj, avaient décidé de démissionner. Le premier immédiatement, le second fin octobre 2020.
L'avenir passe par la constitution d'un Conseil présidentiel libyen évoqué lors de deux réunions en septembre 2020 (Bouznika au Maroc et Montreux en Suisse). Cet exécutif nommera un chef de gouvernement accepté par tous pour préparer des élections  présidentielle et législatives qui pourraient se tenir d'ici mars 2021.

Ce texte paraphé donne cependant la vision d'une Libye de nouveau en paix, sinon unie. "Nous nous félicitons de l'annonce de cet accord. C'est une bonne nouvelle. Mais sa mise en oeuvre est aussi importante, car elle sera la clef pour la reprise des négociations politiques", commentait le porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

"J'espère que les générations futures de Libyens considéreront l'accord d'aujourd'hui comme une première étape courageuse et essentielle pour parvenir à un règlement global de la crise libyenne, qui a trop duré", soulignait la cheffe par intérim de la Manul. "Nous avons beaucoup, beaucoup, de travail dans les jours et les semaines à venir pour mettre en oeuvre les engagements de l'accord", reconnaissait Stephanie Williams.

Seul esprit chagrin dans ce concert de satisfaction, Recep Tayyip Erdogan a réagi à la nouvelle avec une moue dubitative : "L'accord de cessez-le-feu de ce jour n'a pas été conclu au plus haut niveau, mais à un niveau moindre." Pour le président turc, il "semble manquer de crédibilité."

Vendredi 23 Octobre 2020

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Razika Adnani, philosophe et spécialiste des questions liées à l'islam, membre du Conseil d'orientation de la fondation de l'Islam de France, du Conseil scientifique du CEFR et du groupe d'analyse JFC Conseil
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