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"Les banquiers ont oublié leur métier"

Bernard Maurel, président de la banque française Martin Maurel


L’une des dernières banques familiales françaises indépendantes, la banque Martin Maurel, semble pour l’instant épargnée par la crise qui frappe le monde bancaire. Son président, Bernard Maurel, a refusé d’engager son établissement dans une course au profit qui a provoqué en 2009 de nombreuses chutes. Il livre une analyse sans concession des pratiques qui ont provoqué une crise mondiale.


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Ancien président de l’Association française des banques, Bernard Maurel plaide pour des banques prévilégiant la sécurité sur la rentabilité (photo banque MM)
Ancien président de l’Association française des banques, Bernard Maurel plaide pour des banques prévilégiant la sécurité sur la rentabilité (photo banque MM)
FRANCE. La banque Martin Maurel affiche en 2008 un résultat net, part du groupe de 17 M€, en progression de +1,3%. Un chiffre positif obtenu grâce à la vente d’une de ses 11 filiales, Cyrus Conseil. Son produit net bancaire recule en revanche de –9,7% à 82,26 M€, les commissions de –13,1%, le résultat brut d’exploitation de –29,1%. En ces temps difficiles, la banque augmente son ratio de solvabilité pour le porter de 13,22% à 14,24%.

Econostrum.info : Comment expliquez-vous la crise actuelle ?

Bernard Maurel : Par l’avidité. Les grandes banques ont privilégié la croissance de leurs chiffres d’affaires et de leurs résultats. Aujourd’hui, leurs clients en font les frais. Les banquiers ont oublié leur métier. Mais cette avidité concerne également les clients qui demandaient aux produits toujours plus de performance. La recherche violente et à court terme de profit a conduit à la situation actuelle.

Les banques ont-elle pris trop de risques ?

Parfois. Elles ont créé des fonds monétaires dynamiques, c’est à dire comportant une partie d’actions, alors que les fonds monétaires doivent garantir une sécurité totale. On ne joue pas avec la confiance des clients. Cette crise marque la revanche des banques traditionnelles. La mode, c’est pour Dior, pas pour les banquiers. Vous savez, personne ne peut prendre les bosses tout en évitant les creux.

La sécurité sacrifiée sur l'autel de la rentabilité

Les banques avaient-elles une autre option ?

Oui. Nous sommes passés pour des ringards et nous avons sans doute perdu des clients quand au plus fort de la période d’euphorie, nous refusions de sacrifier la sécurité à la rentabilité. Ainsi, en 2007 et 2008, notre premier souci a été de protéger nos clients et la banque, quitte à réduire notre activité. Nous gérons l’argent de nos 36 000 clients comme le nôtre. Nous ne faisons que ce que nous comprenons. Nous n’avons jamais placé un euro en subprime. Nous avons au contraire pris en 2007 des options défensives sur les marchés actions, nous avons sécurisé la trésorerie de la banque, ce que n’ont pas fait les grandes banques.

Cela a représenté un coût, un manque à gagner en terme de rendement de trésorerie. Mais notre qualité de banque familiale nous épargne la pression d’actionnaires soucieux d’obtenir le maximum de rentabilité. Il n’est pas sain dans une économie à l’inflation maîtrisée, bénéficiant d’une croissance de moins de 5%, de demander 15% de taux de rentabilité. Tôt ou tard, on en paie le prix. Quand un établissement financier se positionne sur des produits à 25% de taux de rentabilité, il prend automatiquement des risques importants.

Aveuglé par les perspectives de profit

Etait-il possible pour une banque d’éviter d’être polluée par des produits toxiques ?

Oui. A condition de ne pas être aveuglé par les perspectives de profit et de regarder ses OPCVM ligne par ligne, mensuellement. Nous avons refusé en 2005 des produits liés à Lehman Brother [le premier établissement à chuter, ndlr], pourtant très performants.

Beaucoup ont également mis en cause les systèmes de rémunération.

Avec raison. Nous refusons de pratiquer des rémunérations démesurées assises sur la performance annuelle. Car après, quand le problème survient, la personne qui a empoché l’argent n'est plus là. Il faut également pratiquer une politique de distribution des résultats raisonnable.

Gérard Tur
Jeudi 23 Avril 2009

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