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"Les banques tunisiennes doivent être plus volontaristes dans le financement des Pme innovantes"


TUNISIE. Mohamed Habib Ben Saad, pdg de la Banque de Tunisie et ancien président de l'Association professionnelle des banques tunisiennes, répond aux questions d'econostrum.info, dans une interview exclusive réalisée lors de la 15 e Femip (Facilité euroméditerranéenne d'investissement et de partenariat, bras armé de la Banque européenne d'investissement en Méditerranée) qui se déroulait lundi 26 octobre 2015 à Luxembourg.


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Mohamed Habib Ben Saad évoque la résilience des banques tunisiennes (photo F.Dubessy)
Mohamed Habib Ben Saad évoque la résilience des banques tunisiennes (photo F.Dubessy)
TUNISIE.
econostrum.info : Comment se porte le secteur financier en Tunisie ?

Mohamed Habib Ben Saad : Le secteur financier qui vient de traverser cinq années économiques très difficiles en Tunisie, a montré une résilience très importante. Il a d'abord aidé la consommation - l'un des principaux vecteurs de soutien de l'économie durant ces cinq dernières années - fait face à un problème de dépôts fortement réduits, à des problèmes de remboursement très importants, surtout avec la crise touristique et hôtelière qui s'est installée après la révolution mais aussi principalement suite aux attaques terroristes de Bardo et de Sousse.

Nous avons connu en 2015 une année touristique et hôtelière extrêmement difficile. Comme vous le savez, l'hôtellerie est très capitalistique et a donc obtenu beaucoup de crédits des banques. Ils peinent à être remboursés, d'où un impact important sur la situation financière du secteur bancaire.

Que demandez-vous au gouvernement pour favoriser la reprise du secteur bancaire et des crédits aux entreprises ?

Nous avons constaté depuis le début de la révolution un freinage, voire quasiment un arrêt total de l'investissement et de l'initiative privée. Les principales infrastructures politiques ont été mises en place avec un Parlement élu, une bonne constitution, un gouvernement élu pour cinq ans, donc, nous disposons normalement des moyens pour entreprendre les réformes susceptibles d'influer sur l'investissement et le relancer.

Il s'agit bien entendu de la réforme du code d'investissement et de la fiscalité. Les réformes fiscales sont en route et le nouveau code d'investissement en négociation. Cela devrait aboutir sur des avantages et montrer les orientations en la matière.
Nous demandons aussi à l'État de relancer lui-même les investissements qui sont bloqués ou qui connaissent beaucoup de difficultés dans leur réalisation : les infrastructures, les hôpitaux, les routes, les écoles. Tout cela devrait pouvoir relancer l'économie et porter un impact direct et important au niveau des banques.

Encadrer mieux les promoteurs de projets

Vous affirmez que les banquiers favorisent les entreprises connues, à cause notamment de problèmes de garanties. Quel outil manque pour que les banques tunisiennes puissent financer les Pme innovantes créant de l'emploi ?

J'ai dit que nous les financions, mais insuffisamment. La Banque mondiale, dans son étude sur toute la région Mena, a montré que les Pme représentaient aux alentours de 15% des engagements du secteur bancaire tunisien. C'est nettement supérieur à la moyenne de la région Mena. Seul le Maroc réalise un chiffre autour de 19% et ce financement demeure inexistant dans certains pays que je ne citerai pas.

Bien entendu, ces 15% là restent très en dessous que ce que nous souhaitons faire et obtenir. C'est une réalité qu'aujourd'hui : le banquier commercial, que je suis, va aussi chercher la rentabilité.
Lors de financements de projets, vous affectez naturellement vos ressources, d'autant plus quant elles sont limitées, là où vous prenez le moins de risque. Malheureusement, les Pme, partout dans le monde, présentent encore des difficultés de remboursement. Surtout dans l'innovation où il s'agit de très petites entreprises avec des projets neufs et donc plus risqués par la nature des choses.

L'État a mis en place beaucoup de moyens. Nous bénéficions de garanties importantes. Il faudrait que ces mécanismes fonctionnent mieux, plus souvent. Il n'existe pas de raison aujourd'hui d'en créer de nouveaux. Parfois, nous en arrivons à la conclusion, qu'il en existe même peut-être trop. C'est une jungle de fonds et de sociétés d'aide, l'entrepreneur a du mal à s'y retrouver. Il faudrait donc les rendre un peu plus efficaces. Et très probablement encadrer, à travers par exemple les incubateurs, davantage le promoteur d'un projet pour le rendre plus "banquable". Souvent, c'est le principal manque reproché à ce type d'entreprise.

"Accepter de réaliser moins de rentabilité"

Vous suggérez que les banques peuvent agir par elle-même. Comment ?

J'étais président de l'Association professionnelle des banques tunisiennes (NDLR : APBT) pendant quatre ans et demi, j'ai terminé mes deux mandats voici deux mois. A chaque fois, nous nous sommes auto-critiqués. Il faut certes chercher toujours la rentabilité, mais aussi accepter de faire l'effort de réaliser un peu moins de rentabilité et plus de cash-flow. Donc avoir une action volontariste là-dessus. Cela commence par mieux étudier le projet. Je comprends qu'un banquier disposant d'une enveloppe de 100 000 dinars sur la table va plutôt la donner à un particulier qui demande le financement d'un logement avec une hypothèque plutôt que de le mettre sur quelqu'un qui va lancer un nouveau projet.

Rester volontariste permettrait aussi que l'État ne nous l'impose pas, mais que cela vienne des banquiers. Ils pourraient d'ailleurs très bien se dire que 5 à 10 % de leurs engagements vont sur ce genre de projets. Ils le font d'ailleurs avec les crédits orientés de la BEI (NDLR : Banque européenne d'investissement) qui veut les affecter aux Pme ou à la petite entreprise avec tant de nombre d'emplois, tant de biens d'investissements. La BEI nous oblige à agir dans ce sens, et c'est une bonne chose !  

Frédéric Dubessy, au LUXEMBOURG
Lundi 2 Novembre 2015

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