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Les anciens dirigeants et les grands patrons algériens se trouvent toujours dans l’œil du cyclone


La lutte contre la corruption déclenchée au lendemain de la démission du Président Abdelaziz Bouteflika ne connaît pas de pose. Elle provoque une hécatombe parmi les responsables et anciens responsables politiques ainsi que les principaux hommes d’affaires du pays et semble n’épargner personne… ou presque.


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La Cour suprême algérienne est la seule juridiction compétente pour instruire les crimes et délits commis par des ministres, walis et hauts magistrats (photo : Cour Suprême)
La Cour suprême algérienne est la seule juridiction compétente pour instruire les crimes et délits commis par des ministres, walis et hauts magistrats (photo : Cour Suprême)
ALGÉRIE. Entamée à la suite de la démission du président Abdelaziz Bouteflika, mardi 2 avril 2019, la lutte anti-corruption menée par les magistrats algériens se poursuit à un rythme effréné et provoque d’importants dégâts dans le monde politique et celui des affaires.

Le 12 juin 2019, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, également secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), principale formation avec le Front de libération nationale (FLN) de la défunte "coalition présidentielle" de Bouteflika, se trouvait convoqué par le juge d’instruction de la Cour suprême pour répondre d’accusations de crimes et délits commis durant l’exercice de leurs fonctions dans le cadre d’enquêtes visant, entre autres, Ali Haddad, l’ancien "patron des patrons" algériens.
Le 13 juin c’était au tour d’Abdelmalek Sellal, également ancien Premier ministre, d’être convoqué au niveau de la même juridiction. A la suite de leurs interrogatoires, ces deux anciens responsables ont été placés en détention provisoire à la prison d’El Harrach (Alger).

Rappelons que la lutte contre la corruption a débuté, de façon tout à fait symbolique, par l’arrestation le 3 avril 2019 du président du puissant Forum des chefs d’entreprises (FCE). Ayant fait fortune dans le BTP au cours des vingt dernières années et travaillant d’arrache-pied pour étendre son empire à tous les secteurs de l’économie, Ali Haddad avait été interpelé à un poste-frontière avec la Tunisie à la suite de la découverte de deux passeports et de devises non déclarées. Il a été depuis incarcéré à El Harrach et condamné, lundi 17 juin 2019, à une peine de six mois de prison ferme contre dix-huit mois requis par le parquet. Proche du cercle présidentiel et contesté à ce titre par tous ses anciens ennemis, mais aussi abandonné par certains de ses amis, l’homme avait démissionné fin mars 2019 de son poste de président du FCE.  

Ex-ministres et Premiers ministres sous les barreaux en attendant d’autres responsables

Ahmed Ouyahia a été rejoint, le 13 juin 2019, par Abdelmalek Sellal et Amara Benyounes, ancien ministre et président du Mouvement populaire algérien (MPA), troisième formation de la coalition présidentielle, mis en cause pour les mêmes faits.
Un autre ancien ministre, Abdelghani Zaalane, qui avait succédé le 2 mars 2019 à Abdelmalek Sellal au poste de directeur de campagne du président Bouteflika, a été placé sous contrôle judiciaire avec retrait de ses passeports ordinaire et diplomatique. Le parquet général près la Cour suprême a cependant décidé de faire appel de cette décision afin de placer cet ancien responsable en détention.

D’autres responsables ont également été convoqués au niveau de la Cour suprême, la seule juridiction compétente pour instruire les crimes et délits commis par des ministres, walis et hauts magistrats. Douze anciens ministres et préfets ont ainsi vu le Parquet d'Alger transmettre fin mai 2019 leurs dossiers à la Cour suprême.
Les anciens ministres Amar Tou et Karim Djoudi ont été placés sous contrôle judiciaire le 16 juin 2019. L’ancien wali (Préfet) d’Alger Abdelkader Zoukh et l’actuel wali d’El Bayadh (541km au Sud-Ouest d’Alger) Mohamed Djamel Khenfar sont entendus à leur tour ce 17 juin. Abdelkader Zoukh a été placé sous contrôle judiciaire le 17 juin 2019.
Egalement convoqué, l’ancien ministre Abdeslam Bouchouareb se trouve à l’étranger depuis plusieurs mois. En Belgique selon certaines sources, au Liban pour d’autres… Un mandat d’arrêt international devrait être lancé à son encontre.

La liste n’est pas close puisque deux ex-ministres de la Solidarité nationale, Saïd Barkat et Djamel Ould Abbes, qui était secrétaire général du FLN jusqu’en novembre 2018, ont volontairement renoncé à leur immunité parlementaire pour faire face à des accusations de dilapidation de deniers publics.
L’un des fils de Djamel Ould Abbes a été placé le 13 juin 2019 en détention provisoire par le tribunal de Chéraga alors qu’un second se trouve en fuite et fait l’objet d’un mandat d’arrêt.
L’ancien chef de la police, Direction générale de la Sureté nationale (DGSN), le général Abdelghani Hamel, destitué en juin 2018 par le Président Bouteflika, dans l’affaire non encore jugée de l’importation en mai 2018 de 701 kg de cocaïne par un homme d’affaires incarcéré depuis, Kamel Chikhi, s’est vu retirer son passeport diplomatique et signifier une interdiction de sortie du territoire le 16 juin 2019 au tribunal de Blida (50 km au Sud d’Alger) en tant que témoin dans le cadre de cette affaire qui a vu le placement sous mandat de dépôt de l’ancien chef de la sûreté de la wilaya d’Alger Nourredine Berrachedi.

Les principaux hommes d’affaires du pays sous les verrous

Tous les dirigeants convoqués, inculpés et incarcérés ou innocentés, représentent le versant politique de la corruption présumée dont le versant économique n’a épargné aucun des grands hommes d’affaires du pays qualifiés d'oligarques par les médias, les hommes politiques ainsi que la population. Vingt jours après l’arrestation de son adversaire Ali Haddad, le PDG du principal groupe privé algérien classé sixième fortune d’Afrique, Issad Rebrab, rejoignait Ali Haddad en prison pour "fausses déclarations" en matière de transferts de capitaux et d'importations. Le 24 avril, les frères Karim, Noah-Tarek et Reda Kouninef, hommes d’affaires proches de Bouteflika, étaient placés en détention provisoire sous l’accusation de "trafic d'influence".
Le 7 mai, c’était au tour de Hamid Melzi, gérant de la résidence d’Etat Sahel et d'une société hôtelière publique de se voir inculper et incarcéré pour "espionnage économique" et "atteinte à l'économie nationale".
Le 10 juin, Mahieddine Tahkout, patron d'une usine de montage automobile et du réseau de transport universitaire à travers le pays et réputé proche, voire prête-nom, d’Ahmed Ouyahia selon la rumeur publique, était inculpé et placé en détention préventive dans des affaires de corruption.
Enfin, le 13 juin, le patron du Groupe Sovac, concessionnaire et propriétaire d’une usine de montage automobile, Mourad Oulmi, était interrogé au Tribunal de Sidi M’hamed à Alger pour des faits de corruption.
En dépit du nombre important de personnalités visées par la Justice, rien n’indique que l’opération anticorruption va s’arrêter.

Acia Kaci, à ALGER
Lundi 17 Juin 2019

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