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Les Nouvelles routes de la Soie sinuent entre menaces et opportunités en Europe et en Afrique


Le Forum "Nouvelles routes de la Soie" organisée par les Conseillers du commerce extérieur français à Marseille a permis de faire le point sur les investissements chinois dans le monde et particulièrement en Europe et dans le continent africain.


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Alain Bentéjac a voulu recueillir la vision des CCE sur les Nouvelles routes de la Soie (photo : F.Dubessy)
Alain Bentéjac a voulu recueillir la vision des CCE sur les Nouvelles routes de la Soie (photo : F.Dubessy)
FRANCE. Même pas peur ! Enfin... un peu. Lors de leur Forum consacré aux Nouvelles routes de la Soie, jeudi 19 décembre 2019 à Marseille, les Conseillers du commerce extérieur (CCE) de la France ont voulu faire part de leur vision sur cette fameuse Belt Road Initiative (BRI). Ils étaient 296 participants venus de soixante-dix pays pour "réfléchir et alimenter le dialogue avec les pouvoirs publics, donner un certain nombre de recommandations mais aussi offrir des éléments qui puissent orienter les stratégies des entreprises françaises", commente Alain Bentéjac, président des CCE.

Annoncée en 2013 au plus haut niveau par la Chine, sur le modèle de l'ancienne route de la soie qui a permis de développer le commerce entre la Chine et l'Europe, elle intrigue autant qu'elle effraie. Certains veulent y voir une opportunité, d'autres une menace. "La BRI est perçue comme négative à tort ou à raison. Je suis personnellement optimiste. Aux entreprises française de faire des propositions", lance le président des CCE. "Ceci doit cependant se faire en respectant nos normes commerciales comme les droits de l'homme."

Les chiffres de l'incidence projetée de la BRI donnés durant ce Forum varient entre 1 000 mrds$ et 3 000 mrds$ d'investissements générables, selon les interlocuteurs. Les sommes en jeu restent donc difficilement quantifiables, mais en tous cas considérables. "Avec cette BRI, la puissance chinoise n'est plus discrète mais assumée et mise en avant. Et ceci crée beaucoup de polémiques", constate Alain Bentéjac.

"Nous voulons accueillir leur argent, pas leurs idées !"

Pour André Chieng, vice-président du Comité France-Chine des CCE, "la BRI est un contenant et pas un contenu (photo : F.Dubessy)
Pour André Chieng, vice-président du Comité France-Chine des CCE, "la BRI est un contenant et pas un contenu (photo : F.Dubessy)
Pour Thomas Gomart, directeur de l'Institut français des relations internationales (Ifri), "la BRI est d'abord terrestre et maritime. On ne connaît pas le tracé de ses routes et c'est un problème, mais il s'agit d'un projet global et évolutif en terme géographique comme sectoriel. Il concerne tous les pays, sauf les USA. Chacun doit y prendre ce qu'il souhaite." C'est bien l'avis d'André Chieng, vice-président du Comité France-Chine des CCE et implanté à Pékin, pour qui "la BRI est un contenant et pas un contenu. Les Occidentaux sont dans l'a-priori alors que l'approche chinoise est plus à postériori. On démarre et on modifie par la suite." A rebrousse-poil de la majorité des interventions lors de ce forum, il souligne que "les Chinois n'ont jamais voulu imposer leur vision du monde."

"Les ressources financières en Chine avaient besoin de trouver des investissements rentables. Il était normal que ce pays les cherchent en dehors de ses frontières", résume Paul Seabright. Economiste et professeur à TSE (Toulouse school of Economics), il insiste sur le fait que "l'Europe voit une opportunité de recevoir des investissements. Elle en a besoin !" Tout en affirmant que "l"Europe perd l'initiative et est divisée à cause de la pression américaine les poussant à ne pas utiliser la technologie chinoise." Les Européens s'enfoncent dans un paroxysme que Paul Seabright dénonce : "la Commission européenne veut préserver une vision globale concurrente à celle proposée par la Chine. Nous voulons accueillir leur argent, mais pas leurs idées !"
Seule des pays du G7 à avoir répondu à l'appel de la Chine, l'Italie.

Guillaume Bernard, Président du comité Chine des CCE, enfonce le clou, "la BRI est une initiative chinoise pour les Chinois. Ne l'oublions pas !"

"Se méfier de l'opium des partenariats"

Reste que la Chine contrôle désormais 10% des ports européens. L'Italie, l'Espagne, la Grèce ont déjà cédé aux sirènes de la BRI en "offrant" leurs terminaux aux convoitises chinoises. "C’est peut-être notre faute à tous. Quand la Grèce et l’Italie ont rencontré des difficultés, l’Europe n’a pas fait preuve de solidarité. La puissance européenne doit être en mesure de répondre aux agressions avec une politique fiscale. Par la finance, la Chine va contrôler les infrastructures", note Philippe Louis-Dreyfus, président de Louis Dreyfus Armateurs. "Il faut se méfier de l’opium des partenariats, à ce qui est donné à court terme pour ce que l’on retire à long terme", prévient-il.

Nicolas Vernicos, armateur grec de l'entreprise de remorquage Vernicos Maritime Group, lui porte la contradiction : "Les Chinois respectent les grands. Les armateurs grecs contrôlent 20% des capacités maritimes mondiales." Pour lui, "les routes de la soie représentent une opportunité pour favoriser la hausse du PIB mondial. Le port du Pirée a vu son trafic annuel bondir de 2 à 6 millions d'EVP (NDLR : conteneurs Equivalent vingt-pieds) en quatre ans. Nous sommes devenus le premier port en Méditerranée", souligne celui qui depuis 2015 occupe le poste de vice-président de la Chambre de commerce internationale de la Route de la Soie.

"La BRI a permis de rattraper les retards sur les infrastructures en Afrique"

Les ateliers ont permis de faire le point notamment sur l'expansion chinoise sur le continent africain (photo : F.Dubessy)
Les ateliers ont permis de faire le point notamment sur l'expansion chinoise sur le continent africain (photo : F.Dubessy)
"Alors que les investissements ont diminué un peu partout, ce n'est pas le cas au Proche et Moyen-Orient, notamment en Egypte, en Algérie, dans les Emirats arabes unis et en Iran", relève Le capitaine de vaisseau Hervé Hamelin de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS). Il se demande d'ailleurs si "bientôt le Canal de Suez pourrait devenir chinois ?" , tout en constatant que l'Algérie est désormais le second client de la Chine sur le continent africain.

"La Chine continuera à voir l'Afrique comme un marché qui monte en puissance", commente Georges Serre, conseiller institutionnel Afrique chez CMA CGM. Dans ses anciennes fonctions d'ambassadeur, il a pu constater une évolution. "Dans les ambassades chinoises désormais beaucoup de personnes parlent Français et disposent d'une bonne formation, une excellente culture, sur les pays où ils sont installés. Et ils font la même chose pour l'Espagnol et l'Arabe", indique-t-il. Tout en insistant sur un point : "la maîtrise de la langue chinoise est fondamentale pour commercer avec la Chine. Les Africains le font en allant étudier en Chine mais aussi en mettant le Chinois au programme dès le lycée.

"Il faut être très pragmatique et il n'y a pas plus pragmatique qu'un Africain. La BRI a permis de rattraper les retards sur leurs infrastructures assez rapidement. Mais ceci a aussi bouleversé un certain nombre de leurs habitudes comme la concurrence de leurs entreprises désormais avec des entreprises chinoises", explique Georges Serre. Les nouvelles routes de la soie et leur florilège d'investissements ont rarement profiter à la population sur le continent africain. La Chine devra s'adapter. "Pour les Chinois, ce qui est important c'est l'adéquation entre une idée et comment elle s'applique", rassure André Chieng.

La nécessité d'une Europe unie

Les ateliers, géographiques et transversaux organisés lors de ce forum ont permis de dégager deux constats.

Premièrement, le déclin de l'influence économique culturelle américaine et d'un ordre mondial régi par les règles de l'OMC (Organisation mondiale du commerce). Deuxièmement, le manque de moyens financiers et matériels de la France pour accueillir les Nouvelles routes de la Soie.

D'où deux recommandations majeures soulevées par les CCE. Une pour les pouvoirs publics, et notamment les instances européennes, d'une nécessité d'une Europe unie dans ce dossier et de la mise en place d'un cadre politique solide. L'autre pour les entreprises avec la prise en compte du facteur culturel, l'intégration des notions clefs de la culture chinoise telles que le guanxi qui vise à tisser des liens forts sur place.

Une enquête réalisée en octobre 2019 auprès des CCE, résidant hors et dans le monde chinois (Chine, Taïwan, Hong Kong) et dévoilée lors de ce forum, montrent que les répondants ont à 78% ressentis aucun changement significatif sur les marchés internationaux depuis le lancement formel de la BRI en 2013. De même, ils ne sont que 46,8% hors de Chine et 51,1% dans le monde chinois a relevé un impact peu perceptible dans les pays ciblés.

L'expansion mondiale des entreprises chinoises accélère des mutations dans l'environnement des affaires avec comme premier critère retenu (trois priorités possibles pour les répondants), les banques chinoises et leurs financements préférentiels. Viennent ensuite les transferts de technologies puis les pratiques commerciales et enfin les codes de conduites de l'OCDE et la transparence vis-à-vis des actionnaires.

Le même questionnaire permet de faire ressortir les atouts majeurs de la montée en puissance de la Chine avec comme tiercé : les infrastructures-construction-BTP, les hautes technologies (IA, IT,Télécoms,5G) et la logistique-transports.

52,5/ des CCE interrogés considèrent que l'expansion de la Chine se traduit par une forte concurrence mais gérable. "Nos entreprises sont une alternative alors que la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine n'est pas prêt de s'éteindre", indique Jacques Gravereau directeur d'HEC-Eurasia Institute et CCE.


Vendredi 20 Décembre 2019

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