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Le transport ferroviaire de passagers s'ouvre au privé en Espagne


Une quinzaine de sociétés privées sont en lice pour assurer, dès cette année, le transport ferroviaire de passagers sur le corridor du Levant, entre Madrid et Valencia. L'opérateur public Renfe abandonnera en effet son monopole avant l'été prochain. La libéralisation du secteur attire des candidats aussi divers que le groupe touristique Globalia, des constructeurs immobiliers comme Acciona, le groupe d'édition Planeta… et la compagnie française SNCF.



Le premier appel d'offre concernera le corridor du Levant, reliant Madrid à Valencia et Alicante (photo Francis Matéo)
Le premier appel d'offre concernera le corridor du Levant, reliant Madrid à Valencia et Alicante (photo Francis Matéo)
ESPAGNE. Globalia vient d'obtenir une « licence ferroviaire » pour assurer le transport de voyageurs par train en Espagne, dans l'optique de la privatisation du secteur. À travers sa nouvelle filiale spécialement créée, Iberrail Spanish Railroad, Globalia compte enrichir son offre de transport et services dans le secteur du tourisme. Le groupe est présent dans l’aérien avec Air Europa, mais aussi dans la distribution (agences de voyages Halcon et Travelplan), ainsi que l'hôtellerie (avec l'enseigne Be Live).

Mais Globalia n'est pas seul à afficher cette ambition, puisqu'il rejoint la quinzaine d'opérateurs privés qui se sont déjà positionnés comme candidats au transport ferroviaire de passagers en Espagne. Parmi eux : les promoteurs Acciona et ACS, l'autocariste Alsa, la société andalouse Eco Rail, ou encore le groupe d'édition catalan Planeta (à travers sa filiale Velo Rail). L'ouverture à la concurrence du marché ferroviaire excite par ailleurs l’appétit de la SNCF. Le groupe français a également obtenu la licence du Ministère espagnol des Transports pour entrer dans une compétition qui se jouera avant l'été 2015.

Selon le calendrier établi par le gouvernement de Mariano Rajoy, la libéralisation du transport ferroviaire de passagers se déroulera au cours de ce premier semestre 2015 avec l'ouverture au privé du « corridor du Levant », qui relie Madrid à Valencia et Alicante. L'opérateur privé désigné par l’appel d'offres disposera d'une concession octroyée pour sept ans. Avec la possibilité d'exploiter les futurs prolongements des lignes à grande vitesse jusqu'à Murcia et Carthagène, devant être mis en service en 2015.

Le plus grand réseau ferroviaire à grande vitesse d'Europe

De gauche à droite : le ministre des Affaires Étrangères José Manuel Garcia-Margallo, la ministre des transports Ana Pastor, Le roi d'Espagne Philippe VI et le président du gouvernement Mariano Rajoy ors de l’inauguration de l'AVE entre Madrid et Alicante (photo Ministerio de Fomento)
De gauche à droite : le ministre des Affaires Étrangères José Manuel Garcia-Margallo, la ministre des transports Ana Pastor, Le roi d'Espagne Philippe VI et le président du gouvernement Mariano Rajoy ors de l’inauguration de l'AVE entre Madrid et Alicante (photo Ministerio de Fomento)
La société choisie pour exploiter le corridor du Levant se trouvera en concurrence avec l'AVE (le TGV espagnol) de la compagnie nationale Renfe. D'où la mise en garde de Juan Diego Pedrero, représentant l'Association des Entreprises Ferroviaires Privées (AEFP) : « Le processus de libéralisation du transport ferroviaire de passagers est une opportunité pour les entreprises, mais il faut garantir la transparence et la symétrie pour permettre aux opérateurs ferroviaires de travailler avec des règles claires et sûres. » Notamment en ce qui concerne la redevance que le concessionnaire devra payer à ADIF, l'opérateur public en charge des infrastructures. Une taxe actuellement estimée à douze euros par kilomètre sur le corridor du Levant. « Pour un trajet de 400 kilomètres avec un train de 331 places rempli à 60 %, cela représenterait déjà plus de 60 % du coût total d'exploitation de la liaison », précise Juan Diego Pedrero. Cet exemple dit toute l’ambiguïté possible de l’ouverture à la concurrence orchestrée par l’État espagnol. Même si ce dernier a tout intérêt au succès de l'opération, pour en finir avec les difficultés financières de la Renfe, compagnie nationale de transport de voyageurs.

Car, si l'Espagne dispose du plus grand réseau ferroviaire à grande vitesse en Europe, avec 3 100 kilomètres de lignes en service, Renfe ne cesse d’accumuler les bilans négatifs. Dont 172,3 M€ de pertes en 2014 (entre janvier et novembre), soit… 39,1 % de plus que l'année précédente ! Et encore, le problème est relatif par rapport au fort endettement de la compagnie nationale, qui doit plus de 4,3 mrds € aux banques privées et institutionnelles, dont la Banque Européenne d'Investissements (BEI). Ce qui l’oblige à verser chaque année entre 500 et 600 M€ à ses créanciers, en incluant intérêts de la dette.
Un poids dont la compagnie nationale (et donc l’État) espère se défaire à la faveur de la privatisation partielle annoncée.  

« Une analyse plus fine des coûts »

La remise en question d'un modèle ferroviaire largement voué à la grande vitesse (photo Francis Matéo)
La remise en question d'un modèle ferroviaire largement voué à la grande vitesse (photo Francis Matéo)
L'un des effets attendus de cette libéralisation du secteur, c'est aussi une meilleure rentabilité de l’opérateur ferroviaire national pour faire face à la nouvelle concurrence privée. Ce qui devrait se traduire, dans un premier temps, par une baisse du prix des billets de train sur l'axe du corridor du Levant.

Voici trois ans, Renfe avait baissé de 11 % les tarifs de ses trains à grande vitesse, suscitant ainsi une augmentation de 15,9 % du nombre de passagers (soit 29,6 M€ de recettes supplémentaires). Un nouvel ajustement reste donc à prévoir, même s'il ne faut sans doute pas s’attendre à une diminution aussi sensible pour ne pas mettre en péril le fragile équilibre mentionné par l'Association des Entreprises Ferroviaires Privées.

À moins que Renfe ne décide de se mettre en retrait par rapport à la concurrence, dans une logique de réduction des effectifs, pour baisser des coûts salariaux représentant 800 M€ par an. Cette hypothèse se murmure dans les couloirs du Ministère des Transports. Où l’on réfute cependant l'idée de réduction du réseau ferroviaire… « Pour l'instant », précise un spécialiste du transport ferroviaire de l'Université Complutense de Madrid. « L'arrivée d'entreprises ferroviaires privées sur le marché du transport de voyageurs va forcément conduire à une analyse plus fine des coûts, et le plus probable, c'est à terme la suppression des trajets les moins rentables. » Dans ce cas là, ce ne seraient pas tant les liaisons à grande vitesse qui se trouveraient en péril (notamment les lignes de Madrid vers Barcelone, Alicante et Séville, qui sont parmi les plus rentables), mais les liaisons inter-régionales de courte distance. Ce qui, d'une certaine manière, marquerait aussi l’échec d'une politique d'infrastructures quasi exclusivement vouée ces dernières décennies au développement d'un réseau ferroviaire à grande vitesse.




Mardi 17 Février 2015



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