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Le secteur du textile algérien sinistré


Les autorités algériennes semblent vouloir sauver de la mort un secteur frappé de plein fouet par la levée des restrictions douanières, la fin de toute forme de protection du secteur et le développement du marché informel accompagné d’un essor sans précédent de la contrefaçon.


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Le textile algérien peut-il ressusciter? (photo DR)
Le textile algérien peut-il ressusciter? (photo DR)
ALGERIE. Le secteur du textile en Algérie peut-il ressusciter après avoir touché le fond ? Il convient de rappeler que ce secteur connut un grand essor au cours des années 1960 et 1970.

Les pouvoirs publics investiront plus de 2,5 mds $ (1,7 mds€) dans la construction d’usines et d’ateliers publics qui parsèmeront toutes les régions du pays. La fusion, en 1975, de deux entreprises publiques débouchera sur la constitution d’un grand groupe industriel, la Sonitex.

Près de 3400 industriels et artisans s’approvisionnaient alors auprès du géant étatique. Cette aventure, à laquelle le secteur privé participa, présentait plusieurs avantages. Le premier résidait dans la production locale de vêtements dont la population avait besoin, permettant par là-même de réduire les importations et, partant, les sorties de précieuses devises.

 Un second avantage résidait dans la participation du secteur à la résorption du chômage avec la création de plus de 100 000 emplois. Un troisième consistait à exporter. L’Algérie réussit ainsi à placer ses produits sur le marché international pour un montant de 42,2 M$ (28,7M €) en 1996.

La descente aux enfers

Aujourd’hui, le secteur est sinistré. La production de la confection-bonneterie a été divisée par 2,5 en 10 ans et celle du textile-confection a atteint le quart de sa valeur des années 1990. Alors que les exportations vont régresser à 2 M$ (1,4M€) en 2001.

Sur le plan social, on a assisté à une hécatombe, le secteur ayant perdu pas moins de 80000 emplois en 20 ans. Il subsiste désormais 72 entreprises publiques produisant 20 à 25 millions de mètres linéaires/an pour un marché dont la demande globale est évaluée à 100 millions de mètres linéaires/an.

La plupart des acteurs du secteur privé (industriels, artisans…) se sont reconvertis dans l’importation (sociétés d’import-export) ou le commerce, les artères des villes et villages se parant de boutiques qui distribuent essentiellement des produits étrangers.

L’Algérie importe pour 6 milliards de dinars par an (56 M€), l’Asie se taillant la part de lion en tant que région d’origine avec 74% du total des importations. Les tentatives de relance n’ont pas jusqu’ici abouti à la redynamisation du secteur.

Au cours des années 1990, le Trésor Public a injecté 88 mds DZD ( 844 M€) pour tenter de restructurer le secteur. Le processus de privatisation a quant à lui échoué, les entreprises privées qui possédaient 60% de parts de marché de la confection se retirant pour la plupart d’un secteur où les marges bénéficiaires fondaient comme neige au soleil.

Elles ne pouvaient tout simplement pas résister à la concurrence des produits chinois, turques, pakistanais, syriens, égyptiens… Aujourd’hui, la part du textile dans le PIB est inférieure à 2% alors que la part de l’investissement industriel n’atteint pas les 1%.

Pas d'investissements étrangers

L’ouverture du marché mondial du textile, à compter du 1er janvier 2005, a frappé de plein fouet des entreprises algériennes publiques et privées incapables de résister à la déferlante asiatique.

La signature de l’accord d’association entre l’Algérie et l’UE et les négociations d’adhésion à l’" ont entraîné une levée des dernières barrières sur les quotas d’exportation, désarmant ainsi des entreprises locales incapables d’abaisser leurs coûts de production au niveau de ceux des entreprises chinoises.

Les entreprises algériennes ont dû, de surcroît, faire face à la concurrence déloyale des adeptes du commerce informel et de la contrefaçon qui touche toutes les gammes de produits. Elles n’ont pas été défendues par les pouvoirs publics qui ont ainsi laissé sombrer un secteur traditionnellement pourvoyeur d’emplois.

Conséquence de cet état de fait : les riches achètent leurs vêtements à l’étranger alors que les pauvres se rabattent sur les produits asiatiques.

Dans les deux cas, les entreprises algériennes se retrouvent hors course. Elles ont donc perdu leurs parts de marché au profit de la concurrence étrangère.

Par ailleurs et contrairement à ses voisins tunisien et marocain, l’Algérie n’a pas bénéficié de l’intérêt des investisseurs étrangers.

Environ 300 unités du secteur du textile européen ont été délocalisées au Maroc et 256 en Tunisie. En Algérie, en revanche, les investissements directs étrangers (IDE) ne sont pas venus. Ni sous la forme de la sous-traitance ni sous celle de la délocalisation.

Relever la qualité tout en abaissant les coûts de production sans protectionnisme ?

Réda Hamiani, président du FCE (photo AB)
Réda Hamiani, président du FCE (photo AB)
Revenant depuis plusieurs mois sur leur volonté de privatiser l’ensemble des entreprises du secteur public, à l’exception de quelques grands groupes tel " , Sonelgaz …), le gouvernement a décidé de procéder au redressement et au développement d’au moins 16 entreprises publiques du secteur du textile, entreprises de production, de commercialisation et de distribution.

La fermeture des unités de Districh et de l’Enditex devrait être abandonnée. Selon Amar Takdjout, secrétaire général de la Fédération textile et cuirs de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) : « Si nous récupérons de nouveau 10% de parts de marché, nous récupérerons au moins 10 000 postes de travail que nous avons perdus durant les vingt dernières années ». Toutes ces mesures devraient permettre la création de quelques 10 000 emplois.

Mais quel choix stratégique feront les pouvoirs publics?

Le redressement et le développement du secteur auront-ils prioritairement pour objectif de se substituer aux importations afin de satisfaire la demande interne?

Cela supposerait d’améliorer la qualité des produits tout en abaissant leur coût de production. Une telle option est-elles possible sans recours à une politique protectionniste?

Le gouvernement algérien pourra-t-il remettre en cause les engagements pris avec l’UE dans le cadre de l’accord d’association ou avec les pays arabes dans celui de la " (ZALE)?

Le second choix consisterait à privilégier les exportations en visant, en particulier, le marché européen.

Certains spécialistes du secteur, à l’instar de l’actuel président du " (FCE), Réda Hamiani, se disent sceptiques, : « Les acteurs du secteur privé ont jeté l’éponge pour la plupart et ceux du secteur public ne peuvent y prétendre pour des raisons connues, dues à la taille des entreprises, trop grandes et donc peu flexibles, à leur organisation administrative et financière, trop bureaucratique, donc très peu réactive. Sans compter les procédures d’exportation trop lourdes et tout à fait inadaptées aux exigences actuelles de l’économie et de la concurrence. »

La botte magique résiderait-elle, une fois de plus, dans les hydrocarbures?

Le groupe public Sonatrach compte en effet développer un complexe de production de la matière première entrant dans la fabrication de fibres synthétiques.

Mais aucune indication sur les délais de construction de ce complexe n’est avancée.

A. Belkessam, à ALGER
Mardi 22 Septembre 2009

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