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Le scrutin présidentiel du 24 décembre en Libye a du plomb dans l'aile


Rédigé par , le Lundi 20 Décembre 2021 - Lu 593 fois


Les Libyens devront patienter avant d'utiliser leur carte d'électeurs (photo : HNEC)
Les Libyens devront patienter avant d'utiliser leur carte d'électeurs (photo : HNEC)
LIBYE. La méthode Coué a ses limites. Les Libyens doivent aujourd'hui méditer sur cette évidence. L'élection présidentielle du 24 décembre 2021, fruit de la résolution 2570 du Conseil de sécurité de l'Onu, ne se déroulera sans doute pas à la date prévue. Voici des semaines que les instances internationales, Nations-unies en tête, et les gouvernements occidentaux insistent sur la nécessité de tenir ce scrutin, passage essentiel pour faire un premier pas vers la démocratisation du pays, après dix ans de guerre civile.

La date retenue semblait déjà surréaliste, tant la Libye où les armes ne se sont tues que le vendredi 23 octobre 2020 ne dispose pas d'un terrain nécessaire à la tenue d'une quelconque élection, et encore moins d'une présidentielle. Les camps très divisés ont continué à se mettre des bâtons dans les roues. La loi électorale, ratifiée sans vote en septembre 2021 par le Parlement de Tobrouk, a été taillée sur mesure pour le maréchal Khalifa Haftar. Selon ce texte, l'homme fort de l'Est du pays pourra revenir à la tête de l'autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL) - qui avait combattu contre le gouvernement d'unité nationale avant d'échouer à s'emparer de Tripoli - s'il n'était pas élu. La loi vient en contradiction avec les desiderata du gouvernement provisoire basé à l'ouest (Tripoli) incarné par Abdel Hamid Dbeibah, Premier ministre par intérim depuis mars 2021. Il est lui-même candidat à la magistrature suprême, alors qu'il avait indiqué ne pas vouloir participer à cette course. Son bureau et le siège du Conseil présidentiel ont été encerclés par des milices armées dans la nuit du 15 au 16 décembre 2021 pour intimider et obliger l'exécutif provisoire à renoncer à la tenue de la présidentielle. Le domicile privé du chef du gouvernement a été protégé par une force militaire dépêchée par Mohammed el Menfi, président du Conseil présidentiel.

L'accès au tribunal de Sebha (Sud du pays) a également été bloqué par des hommes armés pour empêcher les avocats de Saïf al-Islam Kadhafi de faire appel du rejet de la candidature de leur client par la Haute Commission des élections nationales (HNEC). La justice a pu finalement se prononcer et le fils de l'ex Guide de la Révolution se trouve de nouveau sur les rangs, malgré un mandat d'arrêt à son nom pour crimes contre l'humanité délivré par la Cour pénale internationale.

Fraudes aux cartes d'électeurs

Tout ceci pose une question : quid de la protection des futurs bureaux de vote ?
Khaled Mazen, ministre de l'Intérieur, a déjà fait savoir, depuis déjà deux semaines, qu'il ne disposait pas des capacités pour assurer leur sécurité : "la perturbation continue du plan de sécurité et la recrudescence des violations et des agressions saperont les efforts déployés pour la sécurisation du processus électoral, et cela aura un impact direct sur le déroulement des élections et notre engagement à les tenir à la date prévue."

La validité du résultat des urnes ne manquera pas non plus d'être contestée. Plus de 2 300 cartes d'électeurs ont été volées dans cinq bureaux de vote par des milices et plusieurs parmi les 2,48 millions de Libyens inscrits sur les listes électorales n'ont pas pu les récupérer. Quelqu'un s'en était chargé à leur place usurpant leur identité. Divisions, intimidations, vols, fraudes... Le climat semble définitivement peu propice à un scrutin serein, en tout cas pas à aux "élections libres et équitables" souhaitée par l'Onu.

Tout le monde a fait semblant de croire au Père-Noël jusqu'à ces dernières heures. Samedi 18 décembre 2021, Stephanie Williams, conseillère spéciale du Secrétaire général de l'Onu pour la Libye, s'est rendue à Benghazi pour parler de réconciliation nationale et des élections présidentielle et parlementaires. Le lendemain, Jean-Yves Le Drian se trouvait à New-York pour discuter avec Antonio Guterres, secrétaire général de l'Onu, sur ce dossier pour "parvenir à des élections conformes au cadre légal adopté par les Libyens".
Lundi 20 décembre 2021 encore, l'ambassadeur des  États-Unis, Richard Norland visitait un bureau de vote, une école, et se disait "impressionné par les préparatifs". Dans le même temps, Washington, via son ambassade en Libye, s'est plaint auprès de l'agence de presse libyenne LANA de l'accusation dans les médias locaux et les réseaux sociaux de l'interférence des États-Unis sur la politique de ce pays. "Le destin de la Libye et de ses élections est décidé seulement par les Libyens et c'est ce que les États-Unis ont toujours souligné." 

La commission parlementaire chargée du suivi du processus électoral a pourtant annoncé, vendredi 17 décembre 2021 dans un communiqué, que "le report des élections est une question définitive et réaliste". Ses membres ont enfoncé le clou en précisant que "la Commission électorale est responsable devant les Libyens de l'annonce de la possibilité de respecter ou non l'échéance électorale fixée".

Le première présidentielle de toute l'histoire du pays

Malgré toute sa bonne volonté, la HNEC peine toujours à publier la liste définitive des candidats alors que la campagne était censé débuter le 7 décembre 2021, après la fin des recours judiciaires, pour courir jusqu'au 23 décembre 2021.
Son institution a du mal à gérer les quelque quatre-vingt candidatures et n'en finit pas, depuis quinze jours, d'étudier les verdicts concernant les contestations portant sur plusieurs candidats.
Président de la HNEC, Imad el-Shadelli al-Sayeh avait beau, dimanche 19 décembre 2021, assurer que "techniquement", il n'avait "aucun problème pour tenir des élections à la date déterminée". La suite de sa déclaration à l'agence de presse turque Anadolu reste particulièrement éclairante sur un futur abandon de la date du 24 décembre 2021. "Il n'est pas de notre compétence d'annoncer le report des élections. C'est la tâche du Parlement qui a donné l'instruction pour les tenir et donc c'est lui qui donnera l'ordre de les annuler ou de les reporter."

La présidentielle, la première de toute l'histoire du pays, pourrait donc suivre le même sort que les législatives dont le scrutin, qui devait se dérouler aussi le 24 décembre 2021, à été reporté à janvier 2022, dès début octobre 2021. Reste à savoir si les conditions seront plus propices à une, voire des, élection (s) dans quelques semaines...




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