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"Le renouvelable commence à fournir de l'électricité en continu pour les réseaux électriques"


Interrogé à Marseille à l'occasion de la conférence sur la coopération régionale en matière d'énergie et de changement climatique dans le cadre de l'Union pour la Méditerranée organisée par le Consulat général du Portugal et l'Ocemo en collaboration avec l'Avitem, Saïd Mouline, directeur général de l'Agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et de l'efficacité au Maroc (ADEREE), Saïd Mouline se confie à econostrum.info sur la transition énergétique, le programme mis en place dans son pays et la nécessaire collaboration entre les deux rives de la Méditerranée.


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econostrum.info : La Cop22 se réunira au Maroc. Qu'est ce que cela représente pour votre pays, en pointe au niveau de l'efficacité et de la transition énergétique ?

Saïd Mouline : Pour nous, il est d'abord important de montrer qu'aujourd'hui les solutions existent pour les pays du Sud. Le Maroc a été un pays volontariste. Bien sûr, les pays du Sud ne sont pas responsables du changement climatique mais ils les subissent et ont une carte à jouer très importante. Non seulement en ce qui concerne la transition énergétique mondiale mais comme opportunités d'emplois pour la jeunesse africaine, pour la jeunesse du Sud de la Méditerranée.

La stratégie du Maroc intègre le volet de production d'énergie, le volet économie d'énergie, le volet intégration industrielle, le volet recherche et développement, et le volet mobilisation des financements des énergies renouvelables. Intégrer tout cela a un sens au niveau des pays du Sud pour développer toute l'Afrique. L'énergie va être un des facteurs qui présentera la plus forte croissance, il faut donc voir quel modèle choisir et prendre, aujourd'hui, les bonnes décisions.

La centrale solaire produit aussi la nuit

econostrum.info : Vous venez d'annoncer le closing de la fameuse centrale solaire d'Ouarzazate. En quelle phase sommes nous et que représente ce montant ?

S.M. : Le plan solaire marocain c'est 2 000 mégawatts d'ici 2020 dont 500 à Ouarzazate. À la fin de cette année 2015, la première tranche sera opérationnelle, 160 mégawatts en thermo solaire avec stockage thermique. L'approche voulue par le Maroc était de pouvoir répondre aux besoins des énergéticiens. Et avec cette approche aujourd'hui, non seulement nous avons réussi au niveau technique mais aussi au niveau de la mobilisation financière. Les accompagnateurs de ce programme restent bien sûr la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la Banque européenne d'investissement, l'AFD et la KfW. Tous sont partenaires de ce projet, ont financé la première puis la deuxième et la troisième tranche.
Il existe deux technologies sur les trois premières tranches : la centrale thermosolaire parabolique et une tour à concentration avec un stockage de sept heures.

Ceci signifie qu'elle fonctionnera aussi la nuit ?

S.M. : Les deux premières continueront de produire trois heures après le coucher du soleil, la troisième sept heures après le coucher de soleil. Nous arrivons donc à des solutions qui peuvent rendre l'électricité, à partir du solaire, complètement en adéquation avec les besoins des compagnies. On parle beaucoup d'intermittence, de limites du renouvelable, et bien non, le renouvelable commence à jouer un rôle de fournisseur d'électricité en continu pour les réseaux électriques nationaux.
Il faut aussi parler d'autres grands projets en parallèle comme ceux concernant l'éolien. Ils s'avèrent aussi importants et disposent également d'une intégration industrielle et de financements liés au climat.

Ne plus gaspiller

Le volet économie d'énergie doit également être mené en parallèle ?

S.M. : Ce volet est aussi important ! Il n'est pas possible de faire de la production, parfois un peu plus chère, et d'un autre côté gaspiller de l'énergie. Donc, il faut développer cette stratégie. Nous proposons pour la Cop21 que les financements dans les cinq secteurs - énergie, transport, industrie, bâtiment, agriculture - qui consomment de l'énergie et en gaspillent, s'appuient sur l'arrêt du gaspillage et l'utilisation d'une partie de renouvelable.

Les nouvelles technologies, les nouveaux prix qui vont énormément évoluer à la baisse dans le domaine du renouvelable, conduiront à un fort impact notamment en Afrique.

Un kwh à 5 centimes d'euros

Quel est l'investissement total sur Ouarzazate et sa rentabilité?

S.M. : Il faut faire attention quand on parle d'investissements sur le solaire. Dans le renouvelable, l'investissement se trouve toujours beaucoup plus lourd que pour les énergies fossiles. Mais, après il n'y a plus de carburant à payer. Tous les investissements se font donc au début avec de grosses infrastructures. Pour le solaire, ceci peut atteindre jusqu'à 4 000 € le mégawatt donc nous comptons en milliards d'euros. Pour l'éolien, c'est pareil avec moins d'investissement mais une productivité moins importante, sauf dans certains sites exceptionnels comme au Maroc où l'éolien produit 4 000 heures par an. Mais la moyenne reste de 2 600 heures. Nous sommes dans un schéma où le potentiel solaire et éolien dispose de rentabilité.

Vous ne voulez pas donner le montant ?

S.M. Non, non, mais chaque cas est particulier.

Mais pour Ouarzazate par exemple ?

S.M. : Il existe plusieurs tranches. Quand nous sommes à 160 megawatts, nous sommes de l'ordre de 600 M€ d'investissement. L'investissement n'est pas fait par le Maroc, l'approche est privée. La part du gouvernement vient des fonds verts que nous avons réussi à mobiliser et un prix d'achat du kilowatt/heure par la compagnie électrique. C'est ce prix d'achat qui fixe la rentabilité du projet. C'est plus cela qu'il faut pointer que l'investissement. La centrale d'Abu Dhabi a par exemple été annoncée à 5 centimes d'euros le kwh, donc le solaire commence à devenir à des prix complètement économiques. Et ce ne sont que des premières étapes !

Demain l'électricité solaire du sud marocain atteindra Paris

Desertec et Medgrid ont été deux échecs. Croyez-vous toujours que la solution énergétique passe par un transfert entre le Nord et le Sud de la Méditerranée ?

S.M. : Attention, Medgrid n'est pas un échec. Le projet s'arrête car ils estiment que tous les autres projets tiennent compte du réseau électrique. Ca ne veut donc pas dire que les projets s'arrêtent. Mettre vingt six pays d'accord sur un projet comme celui là était à mon avis utopique.
Aux Etats-Unis se prépare un réseau électrique avec des Etats du sud ensoleillés qui vont produire de l'énergie pour les Etats du Nord moins ensoleillés. Ceci peut se faire au niveau d'un seul pays alors pourquoi en Méditerranée on n'y arriverait pas ? Certes c'est plus compliqué politiquement, les pays n'ont pas tous les mêmes intérêts, il existe des pays pétroliers et gaziers d'autres ne le sont pas.

Technologiquement ceci est donc réalisable, mais il manque une volonté politique et d'investissement ?

S.M. : Vous savez, aujourd'hui, on transporte de l'électricité sur 3 000 km au Brésil, en Chine, entre les Etats-Unis et le Canada. Le modèle existe déjà. Même si ceci demande beaucoup d'investissements notamment avec les câbles en continu, mais rentabilisés sur vingt à trente ans. Donc il n'y a pas de raison que ça ne marche pas.
L'Europe a ses objectifs d'émission de Co2, l'Europe a ses stratégies énergétiques, avec l'histoire du gaz en ce moment, et l'Europe développe ses propres projets en énergie renouvelable. Desertec je le rappelle c'était 15% de l'énergie européenne en 2050, ce n'est pas énorme. C'est faisable. Et peut-être que le Plan solaire méditerranéen a une approche plus intéressante dans le sens où nous sommes dans un schéma pour produire d'abord pour nous-même au Sud. Le Maroc a une croissance de consommation d'électricité de 7% par an, et nous investissons en partie en renouvelable. En espérant qu'une partie soit exportable.

Déjà le Maroc exporte de l'électricité d'Europe via l'Espagne et le souci de connexion entre l'Espagne et le reste de l'Europe a été réglé, donc nous sommes optimistes pour que demain de l'électricité solaire du Sud marocain atteigne Paris. C'est là que la solidarité, la fraternité méditerranéenne, aura tout son droit. Il existe une carte à jouer énorme, créatrice d'emplois au Nord et au Sud de la Méditerranée. C'est avec des entreprises européennes que nous avons développé des usines au Maroc et elles produisent aussi bien en Europe qu'au Maroc. Ceci devient valable pour toute la région et peut donner de l'espoir à la jeunesse méditerranéenne. Ces solutions, non seulement répondent aux problématiques liées au changement climatique, mais apportent en plus des solutions économiques, sociales.

Propos recueillis par Frédéric Dubessy

Mardi 7 Juillet 2015

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